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vendredi 5 mai 2017

Lectures enfantines et formatage...

  Aucun texte alternatif disponible.

" Chaque semaine, dans la classe , il y a le moment du Pourquoi. Ce matin, Tovi demande à la maîtresse : "Maîtresse, pourquoi tu es noire?" Tovi pense qu'il est blanc parce qu'il est français. Mais Miradie est noire et elle est française ! On peut aussi avoir les yeux bridés comme Chizuka et être français, s'appeler Brahim et être français, ou avoir des tâches de rousseur comme Tovi et être français... Est-ce que la France elle-même ne viendrait pas d'ailleurs ? "

Mots de l'auteur Thierry Lenain: " Parce que si nos ancêtres sont les Gaulois, c'est donc bien un peuple immigré qui a donné son nom à notre pays... "


" Aujourd'hui la maîtresse propose à la classe de pique-niquer tous ensemble. Tom veut apporter du saucisson, mais Tovi n'a pas le droit de manger du cochon. Le saucisson de cheval fait pleurer Alima qui a peur que l'on mange son poney. De toute façon, Malwen doit manger du poisson parce que demain c'est vendredi. Quel casse-tête ! "



(pour les enfants de 6 à 8 ans, Editions Nathan, 5,90 euros)

Et bonjour chez vous !

Folie passagère 3530
Résultat de recherche d'images pour "formatage humain enfants"
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@yahoo.fr

samedi 2 août 2014

Le jour où j'ai rencontré J., hydrocéphale et trisomique



Hier, je publiais le texte adressé par Jean-Marie Le Méné au CSA, texte s'élevant contre une décision du CSA priant certaines chaînes TV d'y réfléchir à deux fois avant de diffuser une vidéo de sensibilisation aux problèmes de la trisomie. Nicolas Jegoun, gauchiard bas du front qui prend un malin plaisir à se foutre de moi en permanence sur son blog, l'a sans doute lu puisqu'il a publié le tweet ci-dessus. Pourquoi ? Allez savoir... la bière ? Corto (moi donc) est une andouille (et croyez-moi, pour une fois, il a été poli, sans doute n'était-il pas encore tout à fait  saoul) il n'a jamais eu affaire à des trisomiques et à la souffrance des parents !

En réaction à ce tweet aussi stupide que bêtement méchant, je vais vous raconter le jour où j'ai rencontré J.....

A l'époque, je devais avoir 18 ou 19 ans, j'étais, nul n'est parfait, chef scout. Il avait été décidé de passer un après-midi dans un centre de la Dass qui recueillait des enfants dont personne ne voulait; des tout petits, à peine nés, et des plus grands, 3, 4 ou 5 ans. C'était du côté de Montmorency. Nous y allions pour animer l'après-midi et mettre un peu de chaleur dans ce que nous aurions pu appeler un dépotoir à gamins, une antichambre de la mort pour gamins amochés.

Nous avions dans nos besaces des nez rouges, des guitares, des jeux tout prêts, des chansons, tout ce qu'il faut pour tirer de ces gamins un petit sourire. On a fait le job, c'était plutôt sympa, gratifiant. Et ces sourires aussi brefs que leurs handicaps étaient lourds... Un régal, pour eux comme pour nous. A la fin de l'après-midi, alors que nous partagions le goûter, l'un de ces gamins, aussi moche que pouilleux, est venu près de moi et m'a dit "papa" ! Imaginez la gêne... Rentrant chez moi, assez ému par cet après-midi, je raconte ce "papa" à mes parents et ajoute qu'une des responsables du centre m'avait dit qu'il était possible d'accueillir à domicile, pour une journée, une semaine ou des vacances, ces enfants dont personne ne voulait. 

Ne pourrait-on pas....

Ni une , ni deux, le week-end suivant, J. était à la maison. Cette "chose" - c'est ainsi qu'une voisine le décrivit - cumulait à quatre ans: il était couturé de partout, victime de l'acharnement thérapeutique des chirurgiens de l’Hôpital Necker, intestin et colon en plastique, une tige en métal de 20 cm dans le dos pour soutenir sa colonne et pour couronner le tout, incontinent, hydrocéphale et trisomique léger ! Ben oui, c'est comme ça, il y a des trisomiques plus ou moins atteints... 

J. avait, a toujours, un petit truc en plus: il faisait fondre n'importe qui avec un simple sourire ou un 'papa"!

Mes parents, grands couillons n'ayant jamais eu affaire à des trisomiques ni à la souffrance mais ayant pourtant eu une fille (ma sœur aînée) née handicapée, fondirent eux aussi. Ils ne leur fallut pas plus de quelques week-end et mon insistance pour se décider à adopter cette "chose". A peine un an plus tard, la Dass sans doute satisfaite de se débarrasser d'un pareil fardeau pour accélérer les procédures, J. était adopté. Il partagerait notre vie, notre nom, notre histoire. Et cela n'a pas été simple tous les jours...

Trente ans plus tard, ce soir, J. qui a jeté aux oubliettes ses handicaps pourtant bien présents est rentré à la maison pour les vacances; le reste de l'année, il est dans un foyer spécialisé et travaille dans un ESAT (ex-CAT). Il est salarié et bénéficie comme tout salarié des congés payés. Oui, oui, il y a des trisos qui ont un salaire et des congés payés, c'est dingue, non ? Mais il y a pire ! Quand J. arrive à la maison, ces premiers mots sont toujours les mêmes, toujours: "Je t'aime, tu m'aimes ?"; mots qu'il se plaît à répéter peut-être dix fois par jour. Et nous, à chaque fois, lui répondre: "ben oui, on t'aime, normal, non ?". Souvent, il dit aussi: " pourquoi je suis ton frère?" et moi de lui répondre: " parce que c'est comme ça, même papa, même maman!". Ça lui suffit, il est heureux et nous aussi. Bon, okay, il ne sait ni lire, ni écrire. Parfois il pète ou se marre tout seul. A d'autres moments, il se met dans un coin et bouge la tête de droite à gauche, jamais de gauche à droite. Il n'a aucune notion du temps; aujourd'hui c'est comme hier et hier, c'est comme" semaine dernière". Il connait, va savoir pourquoi, je n'y suis pour rien, les chansons de Johnny Halliday par cœur et reconnait toutes les marques de voitures. Normal, il est triso !

Le foyer dans lequel J. vit aujourd'hui est géré par une association un peu particulière: Elle refuse (en principe) d'accueillir des handicapés si les parents et la famille ne s'engagent pas à donner un peu de leur temps à la vie de l'association. Autant dire que la trisomie et le handicap, on connaît. On connait même des parents qui souffrent et que l'on essaie de soutenir et d'accompagner. Alors, plusieurs fois dans l'année, mes parents ne pouvant plus, j'y vais passer un moment, une journée ou deux. Et chaque année, au moins deux fois, nous les invitons tous à déjeuner à la maison. Prenez dix secondes pour essayer d'imaginer ce que cela peut être que de recevoir à déjeuner une douzaine de trisos et d'handicapés. C'est positivement "dantesque" !

Je vous raconte tout ça, non pas pour vous tirer quelques larmes; de vos larmes, je me fous, les trisos aussi... Non, je vous raconte tout cela pour montrer que je suis peut-être une andouille mais que la trisomie et les parents qui souffrent parce qu'ils ne savent pas comment réagir lorsque la "cata" arrive, je connais un peu, beaucoup même. Alors quand un connard comme ce jegoun vient à raconter n'importe quoi sur twitter, juste histoire d'essayer de me ridiculiser auprès d'une gauchosphère  puante de suffisance et de sectarisme, ouais, là, je sors de mes gonds et lui mettrais bien dans la gueule la merde de J. que j'aurais essuyé ce soir !

Ceci étant dit, vous seriez peut-être surpris de voir comment on "s'éveille" auprès des trisos et des handicapés, il suffit de les accueillir et de les regarder comme ils sont: des humains, légèrement différents. Ni plus, ni moins.

Les supprimer pré-nataux ? Il y a moyen - et bonheur - d'agir autrement... L'eugénisme, parce qu'il s'agit bien de cela, n'est pas la solution, y compris pour soulager la souffrance (supposée ou suscitée) des futurs parents...

Je me demande bien pourquoi je vous raconte cela, Jegoun, lui a réponse à tout. Suite à son tweet ci-dessus, je lui répondis qu'il faudrait peut-être que je lui présente J., histoire de l'amener à s'excuser, peine perdue:
Ah, j'allais oublier de vous dire un truc: les trisos, quand il vieillissent, ils sont nettement moins mignons et rigolos que sur les photos qu'on vous montre d'habitude, mais à vrai dire cela n'a guère d'importance pour ceux qui ont eu affaire à eux et appris à les aimer...

(NB: Vous pouvez allez lire ce billet de Jegoun, histoire de vous faire une idée du personnage)

Folie passagère 2405.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

jeudi 17 juillet 2014

Le jour où j'ai vu Hong-Kong


C'est décidé, lorsque la politique et ses politocards me gonfleront de trop, je me livrerai. Un peu. Le début d'une série, si la chose vous séduit, qu'on appellera: " Le jour où..."

C'est à l'époque où j'allais régulièrement en Asie acheter à bas prix aux bridés ce que je revendrais cinq ou dix fois plus cher aux bricoleurs venant dans les hypermarchés du groupe pour lequel je bossais.

En 1997, le nouvel aéroport n'était pas encore achevé, nous atterrissions sur l'ancien qui avait la particularité d'être situé en plein centre ville. Rien d'étonnant donc si, du hublot du Boeing 747 d'Air France, vous pouviez voir les gens en train de vaquer à leurs occupations dans leurs appartements. Étrange. Une fois les longues formalités de douanes effectuées, il nous fallait prendre un taxi pour rejoindre l'hôtel. Il n'y avait pas d'hôtels aux standards européens; c'était soit le boui-boui pour chinetoques, soit le palace. Nous allions donc dans des palaces. Le Royal Garden avait notre préférence. Situé sur le vieux Hong-Kong, à Tsim Tsa Tsui, il était à deux pas des quartiers commerçants où vous pouviez acheter tout et n'importe quoi, de "marque" ou de contrefaçon. Le Royal Garden était alors le seul, il me semble, à avoir sur son toit une piscine de laquelle vous pouviez à la fois faire trempette et boire un cocktail tout en contemplant la baie et le quartier des affaires qui faisaient face. Grandiose; surtout la nuit. Hong-Kong débordait d'énergie et semblait ne jamais dormir, ça grouillait en permanence avec des curieux mélanges de très grande richesses et de toute aussi grande pauvreté, de touristes et d'ouvriers, d'hommes d'affaire ou d'élèves allant à l'école en uniforme. Les embouteillages étaient permanents avec ce maelstrom infernal de taxis rouges, de petites camionnettes, de voitures particulières, de voitures de luxe, de camions, de bus à impérial, sans compter la folie de ceux qui osaient la bicyclette. Les pousse-pousses avaient depuis longtemps disparus, même dans les vieilles ex- concessions. Cette ville était une folie à elle toute seule: tout y était possible, il suffisait de demander ou de payer, l'argent y est (toujours) roi.

Je me souviens d'avoir été invité dans  un restaurant incroyable. Pendant que nous dînions, un orchestre symphonique d'une cinquantaine de musiciens en smoking accompagnait notre soirée. L'impression était que la musique jouée se calait sur le déroulement du dîner: douce pour l'apéritif, puis allant crescendo, au fur et à mesure des plats servis, d'ancienne à de plus en plus contemporaine. Mais peu à peu, alors qu'alcools et vins étaient consommés, vous remarquiez à peine que l'orchestre muait. Presque imperceptiblement, les musiciens se débarrassaient de leurs smoking pour se transformer en rockers délirants, les violons étaient remplacés par des guitares et des basses,les cymbales par une batterie;  le repas prit fin sur des airs de Deep Purple, de Queen ou des Led Zep'. De Puccini aux Rollings Stone, entre l'apéro et le digestif. Amazing !.

Visiter les usines où je faisais mes emplettes, c'étaient de grands moments. A ces gens-là, nous n'avions rien à apprendre. Il suffisait de leur demander un mouton à cinq pattes ou une perceuse copie conforme - mas pas trop - d'une grande marque pour qu'aussitôt, le temps d'échanger cérémonieusement nos cartes de visite, ils vous les amènent. Ces gens m'émerveillaient par leur créativité, leur réactivité et leur faculté à me faire croire que pour la négociation sur les prix, c'était moi qui gagnait. Ils se foutaient royalement que vous ayez dix ou trois cent magasins à approvisionner, seul le volume commandé importait. Pour cent unités commandées, vous aviez droit au taxi pour rentrer à l'hôtel; pour cinq cent mille pièces, vous aviez droit à la voiture du patron, boisson fraîche en prime. Dès mon premier voyage, en 1995, j'avais imprimé que la Chine et Hong-Kong seraient les maîtres du monde. Ne sont-ils pas aujourd'hui, selon les critères, la première ou deuxième puissance économique mondiale ? Les ouvriers et les enfants exploités, me direz-vous ? En ce temps-là, ils étaient les premiers à se satisfaire de bosser pour une grande usine à cent euros le mois, frais de dortoirs et de bouffe à déduire et encaissés par le patron.  Pauvres petits chinois exploités ? Il n'y avait que nous, occidentaux, pour le penser. Le pays bossait, les patrons bossaient, les gens bossaient, les femmes bossaient et nous, nous achetions par containers entiers. Ainsi va le commerce international. Fut un temps où the place to be était le Japon, puis Taiwan, c'était au tour de HK et de la Chine. Point barre.

En tant qu'acheteur, nous n'avions pas le droit d'accepter de pots de vins, de dessous de tables ou de cadeaux divers de la part de nos fournisseurs. Jeune dans la profession, j'acceptais, grand couillon, la règle. Mais vint un jour où j'eus un sacré problème...

A ce voyage là, le Royal était complet, un de mes fournisseurs me dégota une suite au Péninsula. Le Péninsula est à HK, ce que le Crillon peut être à Paris, le Savoy à Londres ou le Hyatt à Shanghai. Unique. Avec deux particularités, les voitures de l'hôtel étaient toutes des Rolls Royce et les toilettes du roof étaient exceptionnelles: Suspendues, vitres sans tain, vous pouviez faire petite ou grosse commission en admirant toute la baie et Wangshai.  Amazing (bis) ! Alors que je me reposai dans ma suite, la réception m'appela: J'étais attendu à l'accueil. Je descendis les quelques vingt ou trente étages et arrivait dans le lobby. Là, m'attendait un de mes fournisseurs avec sa femme, son fils, tous habillés en tenue traditionnelle. Courbettes et politesses. Le gars me remit à la vue de tous un colis énorme. Hors  de question de lui faire perdre la face, j'acceptais. Re-courbettes, re-politesses. Remonté dans ma suite, j'ouvrais le colis: une magnifique sculpture représentant une fantasia de cavaliers mongols de plus d'un mètre de long en jade d'une pureté inouïe. Le tout devant peser une bonne vingtaine de kilos. Il m'était impossible de ramener cela chez moi tant par obligation que compte tenu de l'encombrement du bazar ! Une seule solution me vint à l'esprit. J'appelais le directeur commercial de l'hôtel en lui disant que j'avais un gros problème. Cinq minutes plus tard, il toquait. Je lui fis part de mon embarras et lui expliquais que je décidais de faire don à l'hôtel de cette sculpture. Charge à lui de la mettre dans un endroit où mon chinois ne risquait pas de tomber dessus. L’œil averti du connaisseur, il accepta de suite et me demanda: "Comment la direction de l'hôtel pouvait compenser ma générosité". Je me souviens encore de ces mots-là. Mes exigences furent assez simples et certainement pas à la hauteur du cadeau que je leur faisais: une bouteille de leur meilleur Champagne et la Rolls pour m'en retourner à l'aéroport le surlendemain. Mes souhaits furent exaucés: Un cristal Roederer et une Rolls so british pour aller prendre mon avion, non sans faire un tour par The Peak.

Des aventures de ce genre, il m'en est arrivé des dizaines lors de la bonne douzaine de voyage que je fis en Chine et à Hong-Kong. Pas toutes racontables, mais à l'époque, j'avais à peine trente ans...

Une dizaine de jours plus tard, je recevais à mon domicile une lettre de mon si généreux fournisseur. Je ne sais comment il eut mon adresse; rien ne leur était impossible. Dans celle-ci, il me remerciait pour les commandes que je lui avais passé. Une photo accompagnait son courrier: On m'y voyait, content, monter dans la superbe Rolls...

Folie passagère 2380.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

France, 2019.