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mardi 26 mai 2015

Demain, je n'aurai pas aimé être Pierre Brossolette, Germaine Tillon, Geneviève de Gaulle-Anthonioz ou Jean Zay.


Pendant deux jours, nous allons vivre à l'heure de la panthéonisation de quatre grandes figures de la résistance. Le choix du Président s'est porté sur Pierre Brossolette, Jean Zay, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillon; deux hommes et, parité oblige, deux femmes, c'est bien , c'est dans l'air du temps, la parité. La vraie parité sera le jour où l'on n'aura plus besoin de dire parité oblige. Mais passons...

Difficile de critiquer le choix fait par Président de ces 4 personnalités, elles sont en effet de grandes figures de la résistance; tout juste, pourrait-on reprocher à Jean Zay d'avoir conchié notre drapeau mais comme on ne doit pas dire du mal des héros que la gauche s'est choisie comme icônes, nous ne nous permettrons pas de saloper sa mémoire.

Quatre résistants, donc, qui seront honorés par la République hollandaise... qui, soyez en assurés, va mettre les petits plats dans les grands pour que ce moment soit inoubliable. On se demande bien d'ailleurs ce qui devra être inoubliable: leurs entrées, la cérémonie et la mise en scène de celle-ci ou bien le discours de Président dont on sait qu'il veut que celui-ci soit aussi mémorable que le célèbre " Entre ici Jean Moulin... " Pauvre Jean Moulin, pauvre André Malraux...

D'après ce que nous savons, il va y avoir des symboles à la pelle, symboles imaginés-pensés-créés pour l'occasion par Président. A commencer par ces 4 figures qui chacune incarneront désormais les valeurs de la République: A Brossolette le résistant, la liberté. A Germaine Tillon la féministe, l'égalité. A Geneviève de Gaulle-Anthonioz, fondatrice d'ATD Quart Monde, la fraternité. Et à Jean Zay.... la laïcité. La classe !

Les quatre cercueils dont deux vides, ceux des deux femmes, escortés de la Garde Républicaine, emprunteront le trajet pris par la 2ème DB lors de la libération de Paris pour rejoindre le Panthéon. Là, sur le parvis, on va chanter, danser, faire venir tout plein de jeunes, discourir - un beau et grand discours que notre grand homme du moment prépare, parait-il depuis des mois - et enfin faire entrer dans le Saint des Saints de la Patrie aux grands hommes et grandes femmes reconnaissante. A ce moment précis du passage des quatre cercueils de la lumière à l'ombre du grand monument, on entonnera le Chant des Partisans ( musique d'Anna Marly, paroles de Joseph Kessel et Maurice Druon ). Normalement, c'est là que nous devrions verser tous des larmes.

La suite se fera dans la plus grande intimité: Président, entouré des familles des panthéonisés et filmé de haut, de coté, de face et de dos avec , qui sait, peut-être une rose à la main, accompagneront ces quatre grandes figures vers leur ultime demeure. Question émotion, ça devrait déchirer grave. Et dans huit jours, tout sera oublié sauf, et vous êtes priés de vous en souvenir jusqu'à très longtemps, les mots de président: Son discours mémorable...

Alors que dans une conversation j'ironisai sur cette cérémonie, une gauchiste de salon m'interpella: " allons bon, t'as un problème avec la résistance maintenant ? ". Je lui répondis que je n'avais aucun problème avec la résistance, encore moins avec le choix de ces quatre personnes ( encore que pour Jean Zay...) mais que je pensais que l'on est jamais aussi bien honoré que par ses pairs et que Président, en ayant fait ce choix, voulait en quelque sorte,  entrer dans l'Histoire par procuration, se donner une stature de résistant des temps modernes, celui qui contre vents et marées maintient son cap, droit dans le mur; posture qui me paraissait complètement stupide, surjouée, usurpée. On ne peut honorer quelqu'un qu'à la condition d'être soit même honorable et, selon moi, Président n'est pas un homme d'honneur, tout juste un politicien habile à récupérer la bravoure d'autrui.

Demain, je n'aurai pas aimé être Pierre Brossolette, Germaine Tillon, Geneviève de Gaulle-Anthonioz ou Jean Zay.

Le grand observateur indéboulonnable de la vie politique qu'est Alain Duhamel à qui on demandait à quoi servait une panthéonisation répondit: " La Panthéonisation permet d'entretenir la mémoire et la fierté nationale. Ce genre de cérémonie entretient l'unité. ". J'ai ri.

Folie passagère 2786.
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lundi 24 février 2014

Outrage au drapeau


Puisque la Nation se doit d'être reconnaissante avec les Grands Hommes, Président  a décidé de faire entrer au Panthéon 4 nouvelles personnalités, "de grandes figures qui évoquent l'esprit de résistance": Pierre BrossoletteGeneviève de Gaulle-Anthonioz , Germaine Tillion et Jean Zay. On attendait une femme, une féministe, une Olympe de Gouges, parité oblige nous eûmes la surprise d'entendre les noms de 2 hommes et de deux femmes. Président aimerait-il surprendre ?

Mais, je pose la question, peut-on considérer comme juste que la Nation honore un personnage qui considérait le drapeau national, le bleu, le blanc et le rouge, comme "un vil torche-cul", "une saloperie" ? La Nation reconnaissante peut-elle occulter le poème ci-dessous écrit par Jean Zay, grande figure socialiste et franc-maçonne de la III ème ?

"Le drapeau

Ils sont quinze cent mille qui sont morts pour cette saloperie-là… 
Quinze cent mille dans mon pays ; quinze millions dans tous les pays. 
Quinze cent mille hommes morts, mon Dieu !… 
Quinze cent mille hommes pour cette saloperie tricolore… 
Quinze cent mille hommes morts, dont chacun avait une mère, une maitresse, des enfants, une maison, une vie, un espoir, un cœur… 
Qu’est-ce que c’est que cette loque pour laquelle ils sont morts ? 
Quinze cent mille morts, mon Dieu ! quinze cent mille morts pour cette saloperie, quinze cent mille éventrés, déchiquetés, anéantis dans le fumier d’un champ de bataille ; quinze cent mille que nous n’entendrons plus jamais, que leurs amours ne reverront plus jamais. 
Quinze cent mille pourris dans quelque cimetière, sans planches et sans prières… 
Est-ce que vous ne voyez pas comme ils étaient beaux, résolus, heureux de vivre, comme leurs regards brillaient, comme leurs femmes les aimaient ? Ils ne sont plus que de la pourriture… 
Pour cette immonde petite guenille. 
Terrible morceau de drap cloué à ta hampe, je te hais férocement ; oui, je te hais dans l’âme, je te hais pour toute la misère que tu représentes, pour le sang frais, le sang humain aux odeurs âpres qui gicla sous tes plis, je te hais au nom des squelettes… 
Ils étaient quinze cent mille… 
Je te hais pour tous ceux qui te saluent, je le hais à cause des peigne-culs, des cons et des putains qui traînent dans la boue leur chapeau devant ton ombre ; je hais en toi toute la vieille oppression séculaire, le dieu bestial, le défi aux hommes que nous ne savons pas être ; je hais tes sales couleurs, le rouge de leur sang, le bleu que tu volas au ciel, le blanc livide de tes remords… 
Laisse-moi, ignoble symbole, pleurer tout seul, pleurer à grands coups, les quinze cent mille jeunes hommes qui sont morts et n’oublie pas, malgré tes généraux, ton fer doré et tes victoires, que tu es pour moi de la race vile des torche-culs".

Jean Zay - 6 mars 1924

Curieusement, après l'annonce faite au Mont Valérien par Président, aucun média n'évoqua ce poème, cet accroc de taille dans le parcours d'un homme que la Socialie d'aujourd'hui ne pouvait pas ne pas honorer.

Je doute que l'entrée au Panthéon de Jean Zay eut été acquise aussi facilement si le grand public avait eu connaissance de ce poème...

Folie passagère 2153.
Jean Zay, un juif intégriste au Panthéon | Bibliothèque de combat
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France, 2019.