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samedi 12 mai 2012

A propos de l'abolition de l'esclavage...

L'autre jour Gare du Nord, il y avait une petite expo pour célébrer l'abolition de l'esclavage. Je m'y suis arrêté, j'ai regardé et j'ai discuté avec les exposants. L'esclavage, nous en convenons tous, était une vache de saloperie. Ça, c'est ce que j'ai dit à l'un des messieurs présents puisque je le pensais. Il était d'accord.


Et puis, je lui ai demandé pourquoi, dans ce genre d'exposition, étaient mis en avant uniquement les horreurs de la chose mais jamais on ne faisait état du contexte et des époques. En gros, j'essayai de dire au monsieur que si les noirs, entre autres, avaient été esclavagés, c'est qu'à l'époque, et depuis des lustres, ils n'étaient pas, encore, considérés comme des êtres humains. Ils n'étaient que des "objets ", des marchandises, un " outil ". Le prix de la marchandise dépendait de son état. Ainsi, par exemple, un homme fort valait plus cher qu'un malingre. Il y avait " l'homme civilisé " et le reste. Partant de là, pouvait-on reprocher aux méchants ( le colonisateur, l'exploiteur, le blanc...) ce qui à leurs yeux ( les esclaves ) n'était que business, outils de production et source d'enrichissement ?

Avec nos yeux d'aujourd'hui, nous condamnions des méchants qui, en ces temps-là, socialement, politiquement et moralement, ne l'étaient pas. Nous cultivions donc ad vitam aeternam la culpabilité de gens que l'idée de cette même culpabilité n'aurait certainement pas effleuré. La loi et la justice d'antan partageaient cet avis.

Que n'avais-je pas dit... Vous pouvez imaginer ce que le monsieur m'a dit. J'ai compris qu'il me fallait dégager non sans prendre un ou deux prospectus.

Sur l'un d'eux figuraient les photos de grandes figures de la lutte contre l'esclavage: Eboué, Monerville, Shoelcher et cie. Logique, ils se sont battus. Chose curieuse, il y avait aussi les photos d'Aimé Césaire, de Jean Marie Tjibaou et de Christiane Taubira, personnalités tout à fait estimables au demeurant, chacune pour des raisons différentes. Mais, me suis-je dit, ces gens ne se sont jamais battus contre l'esclavage puisqu'il fut aboli bien avant qu'ils ne viennent au monde: L'un, merveilleux poète et anti-colonialiste résolu, développa le concept littéraire de la négritude. Le deuxième s’illustra dans la lutte pour l'indépendance des kanaks contre l'envahisseur-colonisateur-spoliateur de métropole. La troisième, élue guyanaise et indépendantiste, ex-candidate à l'élection présidentielle, fit adopter une loi, contestée, qui reconnaît comme crimes contre l'humanité la traite négrière transatlantique et l'esclavage qui en a résulté; en gros 200 ans plus tard !

De la lutte contre l'esclavage, nous passions à l'anti-colonialisme et à l'indépendantisme. Là, je me suis dit que ces commémorations de l'abolition de l'esclavage étaient peut-être détournées, plus ou moins, de leur objectif initial. Un devoir de mémoire orienté ? De l'horreur de l'esclavage, on créait un argument de clivage gauche / droite ?  J'avais tout de même un doute.

Et puis, notre hollande, à peine élu et toutes affaires cessantes, alla lui aussi commémorer l'esclavage. Et puis j'ai lu un billet de Philippe Méoule, sympathique blogueur et élu socialiste de l'Oise. La conclusion de celui-ci m'a enlevé toute incertitude, je vous la livre: 

" La liberté, la dignité, des femmes et des hommes, de toute couleur, de tout continent, de toute obédience, politique ou religieuse, de toute condition sociale, ne se négocie pas. C'est pourquoi, les valeurs défendues par Victor Schoelcher raisonnent du même idéal que celles du 11 novembre, du 14 juillet ou du 8 mai. Elles s’appellent, dans le multiculturalisme français et républicain de ce début du XXIème siècle, à Gisors comme sur tout le territoire : Liberté, Egalité, Fraternité."

Le devoir de mémoire du à ceux que l'infortune condamna à l'esclavage est peu à peu devenu un instrument de propagande au service d'une gauche auto-proclamée humaniste.

Folie passagère 1162.
 
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

France, 2019.