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samedi 5 novembre 2011

Mon vieux bistrot n'est plus...


Je vous ai déjà parlé de ma petite ville de banlieue. Elle est charmante, tout y est propret. Il n'y a pas de HLM cradingues, pas de barres d'immeubles pour boucher la vue. L'église a été entièrement rénovée avec des fonds publics, la mairie aussi. Ce n'est qu'à 35 km de Paris, mais c'est la campagne. Beaucoup de verdure et l'Oise qui s'écoule, peinarde. C'est joli-Joly tout plein, un vrai bonheur écolo, ma petite ville. Question population, c'est là aussi très propret ( la vache, qu'est-ce que je vais prendre ): Il n'y a pas beaucoup de populations d'origines étrangères, quasiment pas de primo-arrivants comme on dit; la diversité, on ne connaît pas. Quand un homme de couleur se promène dans les rues, c'est forcément un parisien en goguette; quand une femme emburqanée passe, c'est obligatoirement une brebis égarée. Propret et préservée, vous dis-je, ma petite ville de banlieue. C'est simple, il ne s'y passe rien, les flics désoeuvrés, dit-on, dans leur beau commissariat, jouent à la belotte. Les commerces sont de tradition, on se les refile de père en fils depuis des générations, ou peu s'en faut...

C'est clair, ma petite ville est une ville très bourgeoise, tellement bourgeoise que même François et Valérie s'y sont installés; ils louent une belle villa, le temps que les travaux de rénovation de leur magnifique et très grande gentilhommière soient finis. Une vraie maison bourgeoise avec de jolies tourelles d'où l'on peut voir venir de loin et espérer toucher du doigt les sommets !

Et patatras, voila que la (dé) mondialisation attaque notre ilot sécurisé et franchouillard. Le Bar-café-Tabac a été racheté. Il était fermé depuis une semaine, il s'y passait surement quelque chose. C'est, c'était le troquet de ma jeunesse, mes premiers cafés sur le zinc, mes premières bières, les juke-boxes, les flippers à 1 franc la partie, les premières dragues, les clopes que l'on fumait alors en toute liberté et impunité. On y allait sécher les cours, refaire le monde et faire chier le taulier qui n'aimait pas trop les jeunes. C'était chouette, des comme on n'en fait plus. Sauf que lui, le taulier du Balto, bon an, mal an, il avait tenu le coup. L'ambiance n'avait pas changé: un bistrot, quoi, un vrai !

Sans doute sera-t-il rebaptisé, on oubliera le Balto, peut-être sera-t-il renommé Shanghai Paradise ou Tabac-La baie d'Halong, ou que sais-je encore d’exotique. Mon vieux bistrot-tabac n'est plus, il a été racheté par des chinois; personne du cru pour racheter notre vieux repaire et faire durer le plaisir. C'est certain, ce ne sera plus pareil.

Folie passagère 901.

D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

France, 2019.