J'avais pensé y aller. L'ambiance est bonne dans les cortèges et aux abords du défilé, " festive ". J'avais pensé participer, n'y a-t-il pas un peu de moi-même dans ce tohu-bohu ? J'aurai bien aimé aller faire le fou, à Paris, une fois dans l'année, je suis bien trop sage habituellement. Et puis, finalement, j'ai changé d'avis, je n'irai pas marcher à la
gay pride. Ça me casse les pieds.
Tout au début, il y a quelques années, c'était sympa, presque spontané, ça ne l'est plus. Comme tous les trucs qui marchent, récupération ! Les
people dans le vent, récupèrent le truc; Arielle Dombasle, boboïde de gauche s'il en est, marraine du défilé cette année. Les politiques récupèrent le truc: les uns revêtus de leur écharpe tricolores, les autres à la recherche d'un courant porteur, ils y vont tous, surtout s'ils sont de gauche, ceux de
droite ne seront pas admis en première ligne. Les associations communautaristes récupèrent le truc, visibilité garantie, subventions à suivre. Ce ne sont plus les gays qui font la fête, c'est l'inter-LGBT qui organise la fête et décide du ton à donner l'évènement: " Pour l'égalité, en 2011 je marche, en 2012, je vote ".
je n'ai pas besoin de marcher pour aller voter et encore moins que l'on me donne de consigne de vote.
Marche des fiertés, fier d'être gay, fier d'être bi, fier d'être transgenre ? Je ne suis pas fier d'être gay, pourquoi le serais-je, je suis ainsi. La donne est biaisée, c'est pour une marche de l'indifférence que j'aurais bien fait le déplacement. C'est ça en fait, voilà le truc qui me ferait bouger que l'on m'accorde le droit à l'in-différence. Je ne suis pas différent, je ne suis pas a-normal, je suis, simplement. Je sais, le propos peut paraître confus. pas si tant. Je ne veux pas revendiquer ma différence, juste revendiquer ma normalité. Un jour,
j'ai écrit que la communauté gay m'emmerdait tant par ses exubérances elle se mettait hors la norme. C'est tout à fait cela. Mon homosexualité involontaire ne fait pas de moi un être hors norme, seules les conventions m'imposent cette a-normalité obsolète. Je suis comme vous et moi, je baise différemment, c'est tout, pas de quoi fouetter un chat, pas de quoi être fier. Faudrait-il être fier d'être normal ? Absurde !
Paradoxalement, je reconnais volontiers à ce militantisme gay son utilité mais je ne veux pas en être acteur. Je reconnais que toutes ces associations ont fait beaucoup pour que les discours et les comportements évoluent positivement. Mais avec toutes leurs gesticulations et leur positionnement politique partisan, je crains qu'elles n'obtiennent l'effet inverse à celui recherché et que les différences s'en trouvent renforcées. Qu'elles mettent leur activisme au service des homosexuels opprimés, torturés et mis à mort de par le monde; oui, là je veux bien aller marcher.
Le seul combat qui vaille c'est de dire non à l'homophobie, ici ou ailleurs. Cela a autrement plus de gueule et d'utilité qu'un 2011, je marche, 2012, je vote !
Folie passagère 723.