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samedi 13 juillet 2013

Ils sont venus, ils étaient tous là... à Brétigny.


Je devais avoir 15 ou 16 ans et j'étais en camping scout pas très loin de chez moi. Nous étions une vingtaine accompagnés de 3 chefs. On se marrait bien autour du feu de camp. Nous préparions la soirée lorsque nous fûmes réquisitionnés par la gendarmerie du coin. Une petite fille de 5 ou 6 ans avait disparu, nous devions nous joindre aux recherches. Une heure après le début de la battue, on nous a rassemblé avec tous les gendarmes et les volontaires dans une clairière de la forêt de Carnelle. Plusieurs pontes du département et des journalistes venaient passer en revue les "troupes", la disparue était la fille d'un notable. Nous passâmes peut-être deux heures à les attendre, puis à nous faire encourager et photographier, on nous remerciait pour nos efforts à venir; le cirque médiatique, déjà à l'époque. Mais tous, je m'en souviens, nous ragions d'être rivés là au lieu de battre la forêt à essayer de retrouver la gamine... Nous devions attendre les ordres et le feu vert. La gamine fut retrouvée le surlendemain malheureusement décédée. Nous ne saurons jamais si le temps passé à faire les guignols devant les huiles fut une circonstance aggravante de ce tragique épilogue. Ce qui est sûr c'est que depuis ce jour-là, j'ai toujours trouvé nulles et non avenues les arrivées soudaines de personnalités sur le lieu d'une disparition, d'un accident ou d'une catastrophe. Les secours ont bien d'autres chats à fouetter que de faire les zozios devant les caméras.

Alors, encore une fois, quand suite au déraillement du train à Brétigny, j'ai vu ce débarquement insensé de politocards venus parader, commenter, assurer les victimes, les familles de victimes et la "communauté des cheminots" de la solidarité nationale, j'ai repensé devant mon poste à cette gamine...

Les pontes débarquent, font les beaux, expliquent, mobilisent les énergies, rivalisent de coups de coudes ou d'ingéniosité pour être devant les objectifs et le "chantier", les secours, le périmètre sont chamboulés, perturbés, voire interrompus pour donner aux politiques l'occasion de se redorer le blason, de montrer abusivement qu'ils sont là, éventuellement pour polémiquer; bref, un excellent moyen de faire de la récupération. Le phénomène n'est pas nouveau et ce genre d’événements a toujours permis aux politiques, de droite comme de gauche, de se la jouer. L'omni présence des médias, la prime d'audience au breaking news et la concurrence putride à laquelle ils se livrent ont, il me semble, décuplé le phénomène.

Hier soir cela a été le pompon ! Je ne crois pas que l'on ait assisté dans le passé à une telle ruée de nos politiciens. Ils ont accourus ventre à terre. Ils sont venus, ils étaient tous là, presque à la queue leu leu. Tous. Le simple conseiller général, le maire, son adjoint, le préfet ( tout à fait dans son rôle, lui ), le capitaine de gendarmerie... puis on a élevé le niveau: les numéros 1, 2 et 3 de la SNCF, les députés et sénateurs du coin, le président du conseil régional Jean-Paul Huchon, le président du conseil général et bien sûr, cerise sur la catastrophe, nos ministres, pas moins de 4 ont fait le déplacement, puis le premier ministre et enfin, Pépère ! Quel festival ! Même Bagnères de Luchon ou Saint Béhat n'avaient connu pareille affluence !

Et chacun ou presque, en toute ignorance de causes, d'y aller de sa supposition, d'émettre quelques hypothèses, de polémiquer et de nous assurer que tout serait fait pour que tout aille très vite bien mieux, blablabla... Les caméras au plus près de l'accident, bousculant si besoin un ou deux secouristes... Pas de grosses marres de sang à saisir, dommage. Et le festival de se poursuivre jusqu'au bout de la nuit. Caméras obscènes, journalistes radotant, politiciens pérorant, techniciens échafaudant des hypothèses, Bruce Toussaint et Jean Claude Chevalet s'usant la voie à commenter, en boucle, les mêmes images soigneusement choisies et les mêmes témoignages sélectionnés. On ne parlera pas, ou si peu, des quelques charognards qui, profitant de la confusion, sont venus détrousser quelques victimes et secouristes.

La "vedette" de la soirée, ce n'était plus le train et les victimes, c'était le cirque médiatico-politique lui-même. Je me suis gavé de ces images et de ce spectacle hallucinant, non que je sois particulièrement intéressé par ce type d'accident, malheureusement cela arrive avec son cortège de victimes, mais parce que le show qui nous a été offert tant par les médias que par nos politocards était complètement disproportionné. Un véritable cas d'école, sujet: l'outrance médiatico-politique.

Folie passagère 1801.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

mardi 24 mai 2011

Le train de banlieue


Aujourd'hui, j'ai pris le train de banlieue.

Celui qui part de la campagne verdoyante et qui gagnant la capitale nous entraîne peu à peu, malgré un soleil de plomb, vers la grisaille parisienne. C'est moche un train de banlieue, c'est sale, ça pue, il y fait chaud. Mélange d'eaux de toilette et d'odeurs de transpiration. C'est triste, personne ne rigole dans ces trains-là; les uns sont rivés sur leurs smartphones, les autres fermés au monde, écouteurs collés aux oreilles, d'autres encore déchiffrant leur quotidien gratuit. Ne pas regarder l'autre, ne pas voir l'autre, ne pas sourire.
Ca respire, transpire et soupire. Chacun redoute le passager qui viendra se coller tout près, limitant de facto l'espace vital pour étendre ses jambes. On ne sait ce qui est le mieux. Etre gros et écraser les autres, occuper 2 places à soi-tout-seul ou bien être petit et chétif, se faufiler sur la moindre petite place de libre. Peu importe, juste espérer, en pure perte, que personne ne viendra se coller à tes côtés.

Etre près de la fenêtre si possible, il fait chaud, peut-être pourra-t-on l'ouvrir, rien n'est moins sûr.

C'est sale un train de banlieue parce que les gens sont sales quand ils ne sont pas chez eux , comme si le fait de payer un billet leur donnait le droit de cracher, de laisser des détritus, de taguer, de laisser traîner les vieux journaux, de mettre les pieds sur la banquette d'en face. Normal, ici, ils n'ont pas le ménage à faire.
Et si parce que tu luttes contre l'enfermement en n'ayant rien pour t'obstruer les oreilles, tu peux encore écouter: ils causent fort dans leurs téléphones, ils toussent, ils rotent (si, si ), ils ronflent ( si, si, aussi). Je crois même, eut égard aux odeurs, que certains pètent.

Je n'aime pas la promiscuité, je n'aime pas les trains banlieues. C'était nettement mieux, avant.

Folie passagère 678.

D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

France, 2019.