Il y a des casses sociales qui se voient parce que dérangeantes dans un plan de com' gouvernemental de lutte contre le chômage et d'autres qui ne se voient pas. Il y a les plans de licenciements qui font désordre et ceux dont on n'appréhende pas la réalité telles les cohortes de nouveaux chômeurs qui, seuls, s'en vont pointer chez Pôle Emploi et qui tout aussi seuls devront se démerder pour retrouver, qui sait, dans un mois ou dans douze, un emploi.
Le transporteur Mory-Ducros est à la ramasse et n'avait plus comme solution que de licencier tout son personnel soit, en gros, 5 000 personnes. On nous a dit que ce serait le plus gros plan de licenciements de ces dernières années. Alors, notre Etat, engagé à mort dans son combat pour inverser La Courbe, allait se battre: le moins de casse possible, le moins de bruit possible, le moins de laissers pour compte. Il ne faudrait pas que ce désastre industriel vienne aggraver la non inversion de la dite Courbe et puis, à quelques semaines des élections municipales, on a besoin de calme... à l'Elysée.
On a trouvé un repreneur (discours gouvernemental); un repreneur s'est présenté (la réalité), Arcole Industries, qui accepte de garder une bonne partie des futurs ex-salariés de Mory: 2 210 sur les 5 000. Et qu'est-ce qu'on fait des autres, des 2 800 restants ? On en refourgue d'office 500 à la RATP ou à La Poste, on prie quelques industriels concurrents de Mory d'en reprendre 1 000 - quand ? comment et pourquoi faire ?, on ne sait pas - et notre ministre du redressement productif annonce avoir obtenu "un engagement moral de la part d'entreprises publiques et professionnels du transports pour offrir aux salariés de Mory Ducros licenciés 1500 emplois au minimum et sans délai dans toute la France."
En attendant leur contrat de nouvelle embauche- engagement moral qu'ils ont dit - la totalité des salariés non repris par Arcole se partageront un pactole de 30 millions d'euros d'indemnités et se verront garantir au minimum, pendant un an, 97% de leur rémunération. Cela concerne-t-il ceux qui seront, en principe embauchés par La Poste, la Ratp ou les entreprises qui auront pris un engagement moral ? Et pour ceux qui au bout d'un an n'auront pas été repris, seront-ils indemnisé comme tout chômeurs lambda ? L'histoire ne le dit pas.
Je suis content pour les ceusses qui n'ont pas été repris par Arcole, ils vont pouvoir voir venir, surtout que Montebourg s'est engagé... C'est dire s'ils peuvent dormir tranquilles.
Mais je ne peux m’empêcher de penser aux centaines de milliers de chômeurs qui n'ont pas eu la chance d'être licenciés par une grosse entreprise comme Mory et qui doivent se démerder seuls avec quoi ? Allez, soyons bons, 60% de leur ancienne rémunération maximum, pendant tout juste deux ans. Ces cohortes là n'ont pas eu la chance de faire partie d'un plan de licenciements médiatisé qu'il valait mieux circonscrire rapidement. Ces cohortes ne font finalement guère de bruit.
C'est aussi cela le deux poids, deux mesures... Et oui, même face à la catastrophe que représente de manière quasi identique pour tout individu (et sa famille) un licenciement, nous ne sommes pas tous égaux. C'est dingue, non ?
Folie passagère 2126.
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