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jeudi 16 avril 2015

Mais indignez-vous bordel, indignez-vous !

( Oles Bouzina)

Vous vous souvenez de l'assassinat de Boris Nemtsov ? Celui que l'on nous présentait comme principal opposant à Poutine même si selon Jacques Sapir il ne représentait plus grand chose. Un assassinat commis à quelques pas du Kremlin, le monde entier s'indigna: la main de Poutine avait encore frappé.

On se souvient de l'émotion internationale consécutive; tout ce que le monde comptait d'indignés et d'anti-Poutine se levèrent dans un même élan tout à fait Danette pour dire " plus jamais ça ! ". " Je suis Boris ". Les plus hautes autorités françaises furent elles aussi indignées, scandalisées. Président dénonça " l'assassinat odieux d'un défenseur courageux et inlassable de la démocratie ". Manuel Valls rendit " hommage au courageux militant de la paix lâchement assassiné. " Et je ne vous parle même pas des cris d'indignation de la gauchosphère française ! Le journal Le Monde titrait " Boris Nemtsov assassiné ! " et TF1.fr osait: " Nemtsov assassiné, peut-être avec le feu vert de Poutine ".

Le monde entier, vous dis-je. Angela, émue, se déclara " consternée par ce meurtre lâche " et Obama lui aussi qualifia ce crime de " lâche ". A Kiev, les déclarations sont du même tonneau. Tous, absolument tous, parleront de provocation et demanderont  à Vladimir de mener les investigations nécessaires, d'urgence, et de manière transparente afin d'élucider le mystère entourant cette mort ignoble.

Et bien vous allez trouver cela curieux mais voilà t-y pas que c'est à Kiev que les assassinats d'opposants au régime de Porochenko, régime soutenu par les mêmes que précités, se succèdent. En l'espace de 48 heures, deux opposants notoires au régime nationaliste installé à Kiev par les USA et l'Union Européenne issu de la révolution de Maïdan et des élections de mai 2014 sont abattus; l'un à son domicile, l'autre en pleine rue à l'entrée de son immeuble.

Le premier s'appelait Oleg Kalachnikov (sic), un soutien et un proche du président déchu Ianoukovitch, il fut un temps, avant Maïdan, président du parlement de Kiev. Le deuxième s'appelait Oles Bouzina et était journaliste, opposant au régime actuellement en place à Kiev et régulièrement intervenant à la télévision russe.

Rendez-vous compte un peu: Deux opposants au régime de Kiev abattus coup sur coup; à qui le tour ? Et personne pour s'en indigner. Personne pour exiger de Porochenko qu'il diligente une enquête "transparente ". Même pas un petit communiqué de l'Elysée, rien du côté de Matignon, Angela et Obama aux abonnés absents et toujours rien sur les blogs gauchistes ! C'est dingue, non ? Un régime épris de démocratie et de liberté, soutenu par l'Occident, se met à dézinguer ses opposants de la plus " odieuse " des manières et personne ne dit rien...  

Mais indignez-vous bordel, indignez-vous ! Non ? Ben tant pis. Je ne suis pas étonné.

Folie passagère 2740.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

dimanche 1 mars 2015

Boris Nemtsov, assassinat à Moscou...



Ce qu'en pense Jacques Sapir

" Il est aujourd’hui prématuré de vouloir désigner un coupable dans l’assassinat de Boris Nemtsov, mais au vu de l’émotion que cet acte odieux a provoqué, on peut néanmoins poser un certain nombre de questions. Ayant connu personnellement Nemtsov au début des années 1990, quand il fut élu maire de Nijni-Novgorod, puis l’ayant rencontré à plusieurs reprises jusqu’à son entrée au gouvernement, j’ai été ému, comme bien d’autres. 

Je n’oublie pas non plus que le ralliement de Nemtsov aux idées libérales qui avaient cours en Russie à cette époque en fit un des responsables de la détestable politique économique qui conduisit le pays à la ruine et sa population à la misère, jusqu’à la crise financière de 1998. A partir de 2004, et de la « révolution orange » en Ukraine, il s’était rapproché de l’équipe de Victor Ioutchenko et des « pro-occidentaux » en Ukraine, au point de devenir un éphémère conseiller du gouvernement ukrainien. Son opposition à Poutine l’avait conduit à fréquenter les milieux oligarchiques et des gens étranges à Kiev. Plus récemment, il avait pris fait et cause pour le mouvement dit « de Maïdan » et il critiquait la position du gouvernement russe à propos de la crise ukrainienne. 

Son opposition systématique à Vladimir Poutine l’avait marginalisé et il était bien moins connu que d’autres figures de l’opposition comme Zyuganov (le dirigeant du Parti Communiste de Russie ou KPRF), Alexeï Koudrine, l’ancien ministre des finances, ou même Navalny. Aux dernières élections son micro-parti avait eu moins de 1% des suffrages et, de fait, n’avait aucun poids. Il n’était donc nullement « la » principale figure de l’opposition à Vladimir Poutine comme on cherche à le présenter en France et aux Etats-Unis, mais, en dépit de son jeune âge (il avait 55 ans) il était en fait un « homme du passé ». Il faut avoir ces éléments en tête quand on réfléchit à « qui aurait eu intérêt à tuer Nemtsov »

Un meurtre mis en scène ? 

Les premières questions qui viennent à l’esprit concernent le scénario de son assassinat. On sait qu’il avait dîné avec un mannequin ukrainien au restaurant qui se trouve dans l’enceinte du GOUM, dont une des sorties donne sur la Place Rouge. A partir de là, les choses semblent avoir été les suivantes : 

- Nemtsov et son amie sont sortis à pieds du restaurant, sont passés devant l’église de Basile le Bienheureux et ont pris le grand pont qui traverse la Moskova. Vu l’heure (entre 23h et 24h) et la saison, il n’y avait pas grand monde sur le pont.
- Nemtsov a été tué par un tireur qui était dans une voiture, suivant Nemtsov vraisemblablement, et qui a tiré 8 ( ?) balles dont 4 ont fait mouche dans le dos de Nemtsov. L’arme utilisée semble avoir été un pistolet automatique de type Makarov.
- La compagne de Nemtsov n’a pas été touchée dans le tir. 

Ceci soulève plusieurs questions. Un tir depuis une voiture en mouvement implique que l’on ait parfaitement identifié la « cible » et surtout que l’on connaisse son parcours. Cela implique aussi un degré d’expertise dans le maniement des armes qui n’est compatible qu’avec le meurtre par « contrat ». Le risque de manquer la « cible » ou de ne lui infliger que des blessures non mortelles est élevé. De ce point de vue on peut se demander pourquoi ne pas attendre que Nemtsov soit rentré chez lui ? Le mode classique de l’assassinat par « contrat » se fait dans un lieu où l’on est sûr de trouver la victime, la cage d’escalier de son appartement ou quand la personne sort d’un restaurant en règle générale. Or, ce n’est pas ce qui a été fait. Le choix du lieu du crime pourrait impliquer une intention démonstrative. Comme celle d’impliquer Vladimir Poutine dans ce meurtre ? En tous les cas il est évident que les assassins ont pris des risques qui semblent indiquer une intention politique. Tout ceci fait penser à une mise en scène. (...) 

(...) La presse, en France et dans les pays occidentaux, privilégie l’hypothèse d’un meurtre soit commandité par le Kremlin, soit par des mouvements nationalistes proches du Kremlin. Disons tout de suite que la première hypothèse n’est pas cohérente avec le lieu du crime. De plus, on voit mal quel intérêt aurait le gouvernement russe à faire assassiner un opposant, certes connu, mais désormais tombé à l’arrière-plan politique. Quand Vladimir Peskov, porte-parole du Président Poutine dit que Nemtsov ne représentait aucun danger, aucune menace, pour le pouvoir, c’est parfaitement exact. Si, à travers l’assassinat de Nemtsov on cherchait à terroriser les autres opposants, il aurait été plus simple de le tuer chez lui. L’hypothèse d’une implication, directe ou indirecte, du gouvernement russe apparaît donc comme très peu probable. 

Une autre hypothèse, privilégiée par l’opposition russe, est que le crime aurait été commis par une fraction extrémiste, proche mais non directement reliée, au pouvoir russe. Effectivement, des groupes extrémistes ont menacé divers opposants, dont Nemtsov. Ces groupes reprochent d’ailleurs à Vladimir Poutine sa « tiédeur » dans le soutien aux insurgés du Donbass, et alimentent en volontaires l’insurrection. Il est parfaitement possible de trouver dans les rangs de ces mouvements des personnes capables de commettre ce meurtre. Mais alors il faut répondre à plusieurs questions :

- Comment un groupe de ce genre peut-il disposer des moyens sophistiqués qui ont été employés pour tuer Nemtsov ?
- Pourquoi ces gens, dont on peut penser qu’ils sont viscéralement anti-ukrainiens, auraient-ils épargné la jeune femme accompagnant Nemtsov ? 

Ici encore, si l’assassinat avait eu lieu à la sortie du restaurant, ou chez Nemtsov, on pourrait croire à cette hypothèse. Mais, les conditions de réalisation de l’assassinat, et la mise en scène implicite qui l’entoure, semblent difficilement compatibles avec l’acte d’un groupe extrémiste. Disons-le crument : le niveau d’organisation de cet assassinat porte probablement la trace de l’implication de « services », que ces derniers soient d’Etat ou privés (et les oligarques ont les moyens de faire appel à des services « privés »). 

Il faut le répéter, l’implication des services russes ne fait aucun sens. Du point de vue de Poutine et du gouvernement cet assassinat est une catastrophe à la fois politique mais aussi en termes de guerre de l’information. 

Une provocation ? 

L’hypothèse d’une provocation a été tout de suite avancée par Vladimir Poutine et par le gouvernement russe. Bien entendu, on peut comprendre l’intérêt pour Poutine de cette hypothèse. Mais il faut avoir l’honnêteté de dire que c’est elle qui est, en l’état de nos connaissances sur les conditions de la mort de Boris Nemtsov, la plus cohérente. Cette provocation aurait pu être organisée par beaucoup de monde, car bien des pays, et bien des gens, ont intérêt à faire un croc-en-jambe de ce type à Vladimir Poutine

Cet assassinat, à la veille d’une manifestation d’opposition, peut parfaitement déstabiliser la situation politique, non pas en Russie mais du moins sur Moscou. Il concentre l’attention sur Vladimir Poutine, qui va devoir maintenant faire la preuve de son innocence tant la suspicion dont il est l’objet est forte. L’émotion est importante à Moscou, ce que montre l’ampleur de la manifestation en hommage à la mémoire de Boris Nemtsov, qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes ce dimanche 1er mars. C’est pourquoi, il est de l’intérêt de Vladimir Poutine de faire la lumière le plus vite possible sur ce crime. "

Article publié ce jour par Jacques Sapir sur son blog, à lire en intégralité ICI

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France, 2019.