Ces jeunes filles ont été enlevées. Les unes après les autres, elles ont été torturées, violées, étranglées, éventrées, démembrées, lapidées, souillées... tuées.
Comment cela ne vous met pas l'eau à la bouche, l'envie d'en savoir plus, de voir des images de leur calvaire, à défaut leurs cadavres ? C'est bon pour l'audience, ça. En principe.
Et bien non, vous ne sauriez rien de tout cela, vous ne verrez rien, on ne vous montrera rien et on ne vous dira rien. On aura beau faire une émission radio-télé, en direct de Villacoublay, pour montrer que si, parfois, quelques otages qui ont le bonheur d'être Français ont été libérés grâce à la collaboration de divers services et sans deniers versés, n'est-ce pas, mais on ne vous dira rien de ces jeunes filles. Normal, elles ne sont pas françaises, ça se passe ailleurs, pas chez nous et sans doute n'y-a-t-il pas quelques points de popularité à gagner en en parlant ou en se saisissant du dossier...
Oui, on ne vous dira rien pour la simple et bonne raison que les télévisions et nos super-efficaces-réactives chaînes d'infos en continu n'ont rien à vous montrer, qu'elle n'ont pu ou voulu envoyer de grands reporters, qu'elles n'ont pas pu, pas encore, acheter d'images bien gores et puis, ... le Nigéria, c'est si loin.... Si loin qu'il n'y a pas si longtemps Président a pu y aller se faire applaudir pour je ne sais plus quelle occasion, sans doute un meeting de coopération Nord-Sud, un truc dans le genre, où tous les médias firent pour le coup le déplacement. Si loin que l'homme, ici assis devant l'avion, y est allé lui aussi faire un coucou diplomatique en compagnie, là aussi, de tous les médias. Le Nigéria, c'est loin, deux fois plus loin que l'Ukraine.
Non, ces jeunes filles n'ont pas été violées, ni torturées, ni lapidées, ni décapitées. Du moins pas encore. On en sait rien, vous dis-je. Quant à l'angoisse de leurs familles ou bien l'envoi d'une cellule d'aide psychologique, hein, on ne va pas se faire du mal pour si peu, on s'en branle. Cette centaine de jeunes filles, toutes lycéennes, ont été enlevées il y a 6 jours au Nigéria par la secte Boko Haram dont on sait à quel point elle est cruelle et sans pitié pour qui ne pense pas et ne vit pas comme elle. Mais les médias n'en pipent mots. On reçoit en grandes pompes le président de ce pays qui pourtant condamne à mort les homos mais on semble se désintéresser totalement de ce qui peut se passer là-bas.
Tenez, saviez-vous que dans ce même Nigéria, le même jour que celui où ces jeunes filles ont été rayées de la surface médiatique, un attentat fut commis par Boko Haram, attentat meurtrier qui fit d'un seul coup d'un seul 75 morts ? Non, vous ne pouvez pas savoir, ce n'était pas dans nos JT.
Ces jeunes filles enlevées sont peut-être mortes aujourd'hui et je me prends la tête avec ça ? Suis-je bête...
Tant pis si je vous le gâche un peu, mais en ce jour de Pâques (que président ne nous a pas souhaité bon, tout occupé qu'il était à accueillir "nos" otages"), j'ai eu envie de penser à ces jeunes filles dont tout le monde semble se foutre royalement.
Et puisqu'il semblerait qu'il ne faille compter que sur nous-mêmes pour s'informer, mieux et différemment, sachez que Boko Haram, en dialecte haoussa, signifie selon les versions: "L'éducation occidentale est un péché" ou bien encore: "Peuple engagé dans la propagation de l'enseignement du prophète Mahomet et du jihad". Ce qui revient à peu près au même.
Folie passagère 2241.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr
