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vendredi 14 juin 2013

Lâchons les chiens


Parce que les trois lettres dont on l'a rebaptisé étaient un gage de culpabilité, DSK fut déclaré par la grâce des médias et de dossiers d'instruction fuitant à loisir coupable de proxénétisme en bande organisée dans l'affaire du Carlton. Le peuple suivit: DSK était bien coupable quand bien même il n'était mis qu'en examen. Et puis, on apprend, instruction bouclée, que le parquet de Lille requiert un non lieu total. DSK sera donc déclaré sous peu coupable de rien du tout dans cette affaire.

Parce qu'il est détesté par tout ce qui fait ou presque notre magistrature et que faute d'avoir trouvé un quelconque autre motif valable, Sarkozy a été mis en examen, excusez du peu et du ridicule,  pour abus de faiblesse sur une femme âgée dont strictement rien ne prouve (même pas les expertises bidons) qu'elle fut faible à l'époque des faits. Même pas grave, Sarkozy était, avec tout l'empressement dont les medias savent faire preuve, déclaré coupable d'abus de faiblesse. Et puis, on apprend...vous connaissez la suite.

DSK, Sarkozy, deux histoires qui en l'espèce ressemblent à s'y méprendre, hormis les motifs, à celle de Stéphane Richard mis en examen - et donc déclaré médiatiquement coupable - pour escroquerie en bande organisée. Comme Pierre Estoup et Jean-François Rocchi.  En voilà un beau trio d'escrocs. Pour un peu, Christine Lagarde aurait pu élargir le cercle des voyous, son statut de témoin assisté lui évite de justesse l’infamie.

Aujourd'hui, en principe, secret de l'instruction oblige, nul commentateur n'est censé savoir ce qui a pu amener ces juges à prendre de telles décisions. Notre justice, supposée indépendante et impartiale, garantit à tous ces messieurs la présomption d'innocence. On avait même en son temps, me semble-t-il, modifié l'appellation pour que cela soit moins violent: de inculpé ou accusé de, on serait dorénavant mis en examen. Tu parles Charles, t'es mis en examen et au diable la présomption d'innocence. Qui plus est dans le cas de Stéphane Richard lorsque ce qui nous sert de premier sinistre ose déclarer, sans que personne ne s'étonne, je cite de mémoire: Au vu des éléments qui nous ont été donné de connaître, l'Etat se doit de défendre l'Etat, nous intenterons donc un recours en révision contre l'arbitrage rendu en 2008. Cette décision - intenter un recours -  a été prise conjointement avec Pépère " à la lueur des derniers événements judiciaires ". Ont-ils eu accès au dossier ? Peu importe, Stéphane Richard est mort. On ne sait pas s'il est coupable de quoique ce soit mais d'ores et déjà se pose la question de son maintien à la tête d'Orange, l'Etat, actionnaire à hauteur de 20% exigeant la tenue d'un Conseil d'Administration de l'entreprise pour en débattre. Obtempérez, actionnaires, il est coupable ! Et voilà, comment un homme innocent, jusqu'à preuve du contraire, est mis au ban de la société et de la communauté économique; tant pis pour les dégâts collatéraux.

Plus triste encore est d'écouter tous les commentateurs, les pseudos spécialistes et autres politocards qui en chœur répètent à l'envie qu'il y a présomption d'innocence mais qui dans le même temps se régalent de tout cela en espérant en tirer quelques bénéfices.

J'ai regardé deux ou trois émissions traitant de cet arbitrage; à chaque fois les commentateurs ne remettaient pas en cause le fait que Tapie ait été dédommagé pour l'entourloupe commise par le CDR avec la revente d'Adidas. J'en ai même entendu quelques uns, dont Jean-François Kahn ou Christian Barbier, dire que le même Tapie aurait pu exiger beaucoup plus compte-tenu de la plus-value dégagée sur cette opération par le Crédit Lyonnais. L'affaire traînait en justice depuis une quinzaine d'années, l'arbitrage semblait être la bonne solution pour mettre un terme à une histoire qui aurait pu coûter beaucoup plus cher aux contribuables.

Entre temps, Sarkozy était devenu Président. Depuis, il ne l'est plus... mais il fait encore peur. Et l'on sait l'aversion profonde de hollande, de sa clique et d'une bonne partie de la magistrature vis à vis du personnage. Et voilà comment une affaire judiciaire devint, pour mon plus grand dégoût, une affaire politique.

Alors, lâchons les chiens, il y aura bien un os à ronger. Et si cet os avait le bonheur de s'appeler Sarkozy... La curée médiatique n'en serait que plus jouissive, n'est-ce pas ?

Notre histoire judiciaire est pleine de personnages que l'on a jeté aux chiens pour n'avoir pas su respecter le droit fondamental de tout un chacun à la présomption d'innocence. Mais jamais, par calcul politicien, besoin de revanche, vengeance ou simple aversion, nous ne retenons les leçons du passé. Ça suffit !

Folie passagère 1756.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

France, 2019.