C'est assez curieux, alors que le pays est dans une merde noire (désolé, je ne vois pas quelle autre expression employer) avec ses millions de chômeurs et ses déficits abyssaux, des petits malins de tous bords, profitant du retour en politique de Sarkozy, veulent faire d'une éventuelle abrogation de la loi Taubira le sujet central des combats à venir à droite: élections à la présidence de l'UMP et élection présidentielle. Il faut abroger la loi Taubira ! semble être le cri de ralliement de personnes comme Boutin, Wauquiez, Mariton et quelques ultras de la Manif Pour Tous, voire du FN. Les mêmes accusent Sarkozy d'avoir été plutôt flou sur le sujet lors de son passage chez Delahousse, d'autres prédisent la défaite électorale à celui qui ne s'engagera pas fermement sur l'abrogation de cette loi.
Ces gens-là font selon moi fausse route, prennent les gens pour des idiots et jouent avec le feu.
Fausse route et prendre les gens pour des idiots, cela commence avec ce qui semble devenir un slogan: "Il faut abroger la loi Taubira". La chose n'est pas aussi simple qu'il y paraît. D'abord parce que cette loi a été votée à la majorité des représentants élus, ensuite parce que son abrogation totale ferait apparaître une discrimination évidente entre les couples homos mariés sous le régime de la dite-loi et ceux qui souhaiteraient se marier mais qui de fait ne le pourraient plus. Et que ferait-on des "mariés" ? Les démarieraient-on ? Le problème de revenir sur cette loi famillicide ne peut donc se poser avec ce simple slogan que l'on voudrait nous faire adopter comme cri de guerre. Revenir sur cette loi implique d'avoir au préalable l'assurance que c'est bien ce que veulent aujourd'hui, ou voudront dans deux ans, une large majorité des Français.
Rappelons que la loi Taubira comporte plusieurs échelons: l'union de deux hommes ou de deux femmes qui obtiennent ainsi les mêmes droits (héritage, pension de réversion, etc...) que les couples traditionnels. Vient ensuite le niveau "adoption", celui qui menace la filiation classique: avoir le droit pour l'un des deux conjoints homos d'adopter l'enfant que l'autre conjoint aurait eu dans une autre vie et l'adoption "plénière", le couple homo qui n'a pas d'enfant en adopte un. Enfin un troisième niveau non prévu par la loi mais qui s'invite dans le débat: la PMA et la GPA ou comment au nom du droit à l'enfant, on s'apprêterait, malgré les hypocrites dénégations de Président et de sa clique, à "légaliser " la marchandisation des corps, celui des femmes mais aussi celui des enfants.
Si les deux premiers niveaux sont acquis, peut-on demain revenir dessus, les abroger ? Rien n'est moins sûr ne serait-ce qu'à cause du sacro-saint principe d'égalité. Pourquoi certains y auraient eu droit et pas d'autres ? Gageons que les défenseurs de cette "avancée sociale" auront tous les moyens nécessaires pour s'opposer à son abrogation par le biais de multiples actions juridiques que nos frontières ne sauraient hélas arrêter. Abroger cette loi devra nous amener à nous poser (et à nous positionner) une question fondamentale, celle de l'égalité de tous devant la loi ? Puisque c'est bien l'argument de l'égalité qui a prévalu à l'élaboration de cette loi, son abrogation sera combattue avec le même argument et je ne gagerais pas qu'il soit perdant...
Ce n'est donc pas l'abrogation de la loi qu'il faut viser mais bien plutôt sa réécriture, tout est dans les termes, avec pourquoi pas la création d'un contrat d'union civile. La réécrire pour autant que faire se peut interdire l'adoption aux couples homosexuels, quelque soit le type d'adoption envisagée. Parallèlement, il faudra trouver le moyen d'interdire pour de bon, définitivement, la PMA/droit à l'enfant pour les couples de lesbiennes (les dernières décisions de justice montrant que son actuelle interdiction peut être contournée) et se prémunir tout aussi définitivement contre la GPA, quitte à faire inscrire, pourquoi pas, dans la Constitution l'interdiction de la marchandisation du corps humain.
Tout ça pour dire que l'abrogation de la loi Taubira ne sera pas une mince affaire, affaire qui ne saurait être traitée de la même manière que celle utilisée par les gauchistes - j'ai particulièrement apprécié la sortie de Sarkozy sur le sujet: "Je n'utiliserai pas les familles contre les homosexuels, comme on a utilisé les homosexuels contre les familles." - ; sa réécriture devra être validée par un référendum puisque c'est ce que nous réclamions à l'époque pour la validation de la loi Taubira, référendum qui nous a été refusé.
Tout ça pour dire que pour un opposant de la (presque) première heure au mariage zinzin comme moi, si réécrire la loi Taubira me paraît indispensable et incontournable, en particulier sur le triptyque adoption-PMA-GPA, dans le programme du futur candidat de droite à l'élection présidentielle de 2017, je ne suis pas sûr de mesurer toutes les difficultés du chantier; il serait totalement illusoire de (faire) croire que cela sera simple. Une certitude cependant, le débat à venir ne devra en aucun cas donner lieu à des affrontements électoralistes à droite, affrontements qui pourraient nous être fatals face à une gauche qui sur le sujet ne se privera pas d'envoyer l'artillerie lourde.
Réécrire la loi Taubira ? Oui, trois fois oui. Que cela soit une occasion de diviser à nouveau les Français (et la droite) sur ce sujet et offrir ainsi une opportunité pour la gauche de rester au pouvoir, voilà bien tout le péril du projet. Méfi ! Attention danger !
Que tout cela ne nous empêche pas en attendant d'aller manifester en masse dimanche à Paris ou à Bordeaux, On ne lâche Rien... mais on réfléchit...
Folie passagère 2478.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr
