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lundi 30 novembre 2015

Du rififi entre La Voix du Nord et Marine Le Pen

Tiens, on dirait qu'il y a du rififi entre La Marine et La Voix du Nord...

Le quotidien régional de Lille et de sa région a fait ce matin la Une ci-dessus. Autant dire qu'à une semaine du premier tour des élections régionales, il y a de quoi être un brin énervé. Quel candidat ne l'aurait pas été si il s'était pris une telle anti-pub: Pourquoi Une victoire du PS, ou des LR, nous inquiète... Franchement, ça fait désordre, un vrai tract politique. Parce que La Voix du Nord, c'est un tirage de 200 000 exemplaires-jour et comme tous les journaux " locaux ", il est plutôt lu et bien lu. Autant dire qu'il vaut mieux les avoir avec soi que contre soi ! 

Je comprends donc que La Marine ait chopé les boules (diantre, qu'ais-je écrit là ?) et qu'en réaction, elle ait clamé bien fort que si elle était élue, elle supprimerait les aides que le Conseil Régional accorde au journal !

Caramba  ! Que n'avait-elle pas dit là ! Et toute la gauche de crier au scandale, à une atteinte à la liberté d'expression, de la presse et de la chicoré (oui, quiconque a habité le nord sait que la chicoré a un rôle de premier plan dans la vie locale). Le ministre socialiste de la ville, lillois de souche, Patrick Kanner, exprime " son effroi vis à vis des menaces proférées par Marine Le Pen ". Même le journal de révérence au pouvoir et ses Décodeurs fait un article étonnamment peu fouillé pour dire que La Marine a abusé et que le journal en question ne touche pas de subventions directes du CR. Si donc il n'en touche pas, La Marine, en annonçant qu'elle les supprimerait, dévoilerait son vrai caractère de censeur, qu'elle raconte n'importe quoi, etc... Sur twitter, la gaucholalie s'enflamme: Marine est une salope et si la région passe FN, ce sera la dictature. J’exagère à peine.

Bien.

Ainsi donc, La Voix du Nord ne toucherait pas d'aide directe du Conseil Régional... Jouons à notre tour les Décodeurs et passons sur les 6,330 millions d'euros versés par l'Etat en aide directe au dit-journal en 2012 et 2013, 2,6 millions en 2014.

On cherche et grâce à internet, en moins de 10 minutes, on peut saisir la différence qui existe entre aide directe et aide indirecte. Le journal, à priori, ne touche pas d'aide directe du CR, si ce n'est la vente d'espaces publicitaires et les encarts d'annonces légales. Le CR finance donc bien, pour une part, le journal. Pour quel montant ? Mystère et boule de gomme. Même les Décodeurs n'ont pas cherché à savoir. Par contre, ce que tout le monde peut trouver facilement, c'est que le journal est propriétaire (35%) avec le Conseil Régional et le Crédit Agricole de la télé locale Weo. Que les locaux de celle-ci (700m² de studios) sont hébergés dans l'immeuble de la Voix du Nord et que le CR socialiste a versé à Weo, sur la mandature écoulée, 9 millions d'euros pour l'aider au financement de sa production. Son PDG, Jean-Michel Lobry, socialiste s'il en est, le reconnaît lui même au Figaro: " Sans ces aides, sans participation de la région à la production des contenus diffusés par Weo, la chaîne menace de disparaître ". En attendant, sur le bassin nordiste, Weo, c'est, selon Médiamétrie, 750 000 téléspectateurs réguliers et une chaîne TV en TNT gratuite accessible à 4,5 millions de personnes ! On notera que sur son site internet Weo donne aujourd'hui la parole au patron de la Voix du Nord pour que celui-ci puisse dénoncer les propos de Marine Le Pen. Ainsi, lecteurs du journal et auditeurs de Weo sauront à quoi s'attendre si MLP était élue...

Alors, je ne sais pas si juridiquement, La Marine, élue, a la possibilité de revenir sur les engagements du CR et cette largesse de 9 millions d'euros, mais une chose est certaine, elle pourra leur rendre la vie nettement moins facile...

Parce que jusque là, on n'a parlé que de Weo et de la Voix du Nord mais il faudrait aller fouiller dans les comptes de toute la nébuleuse du groupe La Voix du Nord pour savoir combien la région verse directement (abonnements, annonces légales et encarts publicitaires) ou indirectement à ce groupe de presse, propriété du groupe belge Rossel. Imaginez un instant, une Marine élue à la tête du Conseil régional et la rancune tenace, joignant la parole à l'action, supprimant toutes ces " aides " directes à La Voix du Nord, au Courrier Picard, à Nord Eclair, Nord Littoral ou à l'Union-L'Ardennais pour ne parler que des plus connus des journaux du groupe... On comprend, dès lors, que la presse régionale ne lui soit pas favorable et tire à boulets rouges sur celle qui dès ce matin a annoncé vouloir lui diminuer drastiquement la manne régionale. Sans compter les agences de pub qui se verraient les budgets régionaux fondre comme neige au soleil.

Alors inquiète la Voix du Nord, on le serait à moins !

Maintenant, pour tous ces indignés qui protestent, au nom de la liberté de la presse,  contre la menace proférée par Marine Le Pen ce matin suite à cette Une, j'aurais aimé qu'ils s'indignent de la même façon quand Jean-Marc Ayrault menaça de supprimer au Figaro l'intégralité de ses subventions au motif qu'il n'était pas gentil avec son gouvernement. J'aurais aimé que ces lourdingues qui pratiquent l'indignation à géométrie variable s'offusquent de ce que Fleur de Nave, ministricule de la Culture, a annoncé vouloir faire: supprimer les subventions aux journaux Valeurs Actuelles et Minute. Il est vrai que ces trois journaux VA, Minute et plus légèrement le Figaro ne sont pas tendres avec la clique au pouvoir. Ceci expliquant sans doute cela.

Ceci dit, encore et toujours, au risque de me répéter, il y aurait bien un moyen d'éviter ce genre de polémiques et d'avoir en France une presse bien plus indépendante des pouvoirs en place, localement ou nationalement: la suppression pure et simple, étalée pourquoi pas sur deux ou trois ans, de toute subvention publique. Un couillu pour oser ? Non.

Et bonne COP à tous !

Folie passagère 2993.
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D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

samedi 10 mai 2014

Aides à la presse 2013: Demandez le classement ! Qui touche plus que qui ?

Enfin, ça y est, le récapitulatif des aides à la presse est sorti pour l'année 2013. Openstanding nous en a fait une jolie présentation avec cette infographie interactive des 200 titres ayant touché le plus de pognon de la part de l'Etat, c'est à dire, le votre de pognon. Notez qu'il s'agit ici des aides directes qui ne prend donc pas en compte d'autres petits avantages ou  des subventions provenant d'ailleurs comme par exemple de syndicats professionnels ou de divers fonds. Ainsi, ne cherchez pas Mediapart, les subventions publiques qu'il touche, 240 000 euros en 2012, proviennent du "fond d'aide au développement des services de presse en ligne non liés à un titre de presse classique".



Ainsi, vous pouvez jouer et chercher quel est, parmi 200 titres celui qui a le plus touché de subventions directes. Vous pourrez comparer l'évolution entre 2012 et 2013, prendre connaissance de la diffusion annuelle et du montant de l'aide ramené à l'exemplaire.

En cliquant sur la case Figaro (vous pourrez faire de même avec CGT Ensemble ou Prions en Eglise), vous découvrirez qu'en 2013, le journal a touché l'équivalent de 5,6% de l'ensemble de ces aides directes soit 16 179 637 euros, en baisse de 11,41% par rapport à 2012, soit 16 centimes par exemplaire pour une diffusion totale de plus de 103 millions d'exemplaires (+2 millions vs 2012).

Effet crise et désir d'économiser vos sous ? Toujours est-il que de nombreux titres ont vu leur dotation baisser en 2013. La seule chose que ce classement ne vous dira pas, c'est quelle est la clé de répartition...

A vous de vous amuser, vous ne perdrez pas votre temps et ferez de drôles de découvertes !

Folie passagère 2272.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

jeudi 5 décembre 2013

Paye pas tes dettes, Coco, l'Etat t'en fait cadeau !

Depuis 2002, le journal l'Humanité doit à peu près 4 millions d'euros à l'Etat. Mais comme le journal n'a jamais pu rembourser cette dette, et bien l'Assemblée Nationale, aux ordres du gouvernement, a proposé le 3 décembre, par amendement, que cette dette soit purement et simplement annulée. C'est cool, non ?



ASSEMBLÉE NATIONALE
3 décembre 2013

PLFR 2013 - (N° 1547)
Commission
Gouvernement
AMENDEMENT N°410
présenté par
le Gouvernement
----------
ARTICLE ADDITIONNEL
APRÈS L'ARTICLE 33, insérer l'article suivant:

Les créances détenues sur la Société nouvelle du journal L’Humanité au titre du prêt accordé le 28 mars 2002, réaménagé en 2009 et imputé sur le compte de prêts du Trésor n° 903‑05, sont abandonnées à hauteur de 4 086 710,31 euros en capital. Les intérêts contractuels courus et échus sont également abandonnés.

EXPOSÉ SOMMAIRE

L’article 24 de la loi organique relative aux lois de finances précise que « toute échéance qui n’est pas honorée à la date prévue doit faire l’objet, selon la situation du débiteur :
- soit d’une décision de recouvrement immédiat, ou, à défaut de recouvrement, de poursuites effectives engagées dans un délai de six mois ;
- soit d’une décision de rééchelonnement faisant l’objet d’une publication au Journal officiel ;
- soit de la constatation d’une perte probable faisant l’objet d’une disposition particulière de loi de finances et imputée au résultat de l’exercice dans les conditions prévues à l’article 37. Les remboursements ultérieurement constatés sont portés en recettes au budget général. »
Or, la Société nouvelle du journal L’Humanité ne peut faire face au remboursement de sa dette contractée auprès de l’État (prêt du fonds de développement économique et social - FDES), sur le capital et les intérêts, parce que ses résultats financiers sont très faibles et qu’elle ne possède plus d’actifs.
Par conséquent, il est nécessaire d’abandonner cette créance détenue par l’État sur cette société.
Ce prêt a été initialement accordé à partir du compte de Trésor n°903‑05 « Prêts du fonds de développement économique et social ». Les opérations portées sur ce compte ont été reprises sur le compte de concours financiers « Prêts et avances à des particuliers ou à des organismes privés » dans le cadre de la loi de finances pour 2006.


Ah, au fait, chaque année, l'Etat, vos sous, verse au même journal près de 7 millions d'euros de subventions. Va comprendre. 

Alors toi qui me lis, suis mon conseil: Ne paye plus à l'Etat ce que tu lui dois, il viendra quand même à ton secours. 

Nan, j'déconne, ça ne marche pas pour le contribuable lambda. 

T'as raison, coco, les Français n'en peuvent plus !

Folie passagère 2031. 
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

jeudi 19 septembre 2013

De l'indépendance de Médiapart ... et subventions à la presse

Edwy Plenel est fier de diffuser sur Twitter depuis ce matin le récapitulatif des aides et subventions d'Etat à la presse. C'est le tableau ci-dessous. Je le met ici pour deux raisons: La première, c'est que je l'ai souvent cherché et que je ne le trouvai jamais, au moins, là, il sera bien au chaud et facile à retrouver. La deuxième, c'est pour donner de l'echo à Médiapart, Edwy Plenel est fier de l'annoncer: Son canard, aussi prétentieux et fumeux que parfois utile, ne touche aucune subvention. Edwy Plenel et Médiapart sont INDEPENDANTS et ne vivent que de la gentillesse de ceux qui ont bien voulu s'y abonner. Compris ?


Sauf que... en cherchant bien, on s'aperçoit que 5 000 collectivités publiques sont abonnées  à Mediapart pour un montant total proche de 450 000 euros et que au titre de 2011, Médiapart a touché 240 000 euros du fond d'aide au développement des services de presse en ligne non liés à un titre de presse classique. Au total donc, un minimum de près de 700 000 euros d'argent public a été versé à Mediapart, soit près de 10 euros par abonné ! Pas mal, non ? Je ne ferais pas l'affront à Plenel de lui signaler qu'entre autres avantages "publics", Mediapart, comme ses confrères, ne paye que 2,1% de TVA et que lui aussi ainsi que tous ses journalistes bénéficient d'un abattement fiscal automatique et non soumis à quelque justificatif que ce soit de 7 650 euros .

Alors Plenel et Médiapart, totalement indépendant... Faut voir...

La Cour des Comptes vient de publier un rapport dans lequel il émet l'idée que cet abattement ne se justifie plus. Sera-t-il supprimé ? Non.

Folie passagère 1910.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

France, 2019.