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mardi 8 septembre 2015

Une charité si bien ordonnée...

Allez, je vous la remets cette si belle et si dramatique image qui a fait chavirer le cœur du monde:


Mais je vous mets aussi celle qui a été prise avant et qui montre qu'indubitablement le pauvre Aylan a servi à mettre en route une des plus belles opération de manipulation de l'opinion de ces dernières années. Son corps n'a pas été retrouvé tel que tous les médias l'ont montré, il fut déplacé pour devenir plus... photogénique. Plus émouvant. Et cela avec la complicité évidente des policiers turcs présents et d'une photographe qui passait par là, au bon moment, au bon endroit, un matin vers six heures...

Le petit Aylan

Alors vous me direz cela n'enlève  rien au drame: un enfant est mort.

Sauf que la publication de cette photo a généré une émotion mondiale et plus particulièrement en Europe où presque par miracle, elle a déclenché une vague de compassion qui a entraîné une " prise de conscience " de nos dirigeants et d'une bonne partie de la population: Ouvrons les frontières. Accueillons l'étranger. #JesuisAylan.  Aylan Kurdi, un effet papillon d'un nouveau genre...

Comme si d'un coup, magique, tout le monde était saisi par une espèce de folie compassionnelle, folie à laquelle nous sommes priés de succomber. L'Allemagne, pour des raisons autant humanitaires que vachement intéressée, accueille sous les vivats les " réfugiés " descendants des trains. Un peu comme à la Libération, m'a-t-on dit. Notre cher Président décide d'en prendre 24 031. Nos paroisses sont priées par le Vatican d'accueillir une famille, quelque soit sa religion ou son origine. Des artistes qu'ont ne peut soupçonner d'autisme car ayant tous les moyens de s'informer du mieux possible se mobilisent et déclarent être prêts à lâcher aux " bonnes " associations un cachet solidaire. David Cameron, du jour au lendemain, ordonne à ses avions de frapper l'EI en Syrie, bientôt imité par notre Président. Et des millions et des milliards d'euros sont tout aussi soudainement débloqués. Magique ! La folie compassionnelle, vous dis-je... Possiblement sous-tendue par des intérêts politiques, économiques et géostratégiques qui dépassent les lambdas que nous sommes.

Avec pour qui, comme moi, dépiaute ce que l'on voit ou entend dans les poste un léger changement depuis hier:  il faut accueillir tous les réfugiés... y compris les Chrétiens d'Orient. Comme si, devant les sondages montrant que majoritairement la population française est contre cet accueil massif, craignant je ne sais quoi, le fait de saupoudrer un peu de chrétiens d'Orient devrait faire passer plus facilement dans les consciences l'obligation la nécessité d'accueillir ces réfugiés majoritairement musulmans.

Sauf que tout ceci me laisse un petit gout amer dans la bouche tant je vois dans cette folie l'expression de la plus parfaite hypocrisie. Cela fait des mois que l'on sait tout des horreurs commises par l'EI, cela fait des mois que l'on sait que des " migrants " prennent tous les risques pour quitter ces contrées redevenues sauvages, cela fait des mois que nous avons découverts que certains se noient en traversant la méditerranée et il aura fallu une photo, qui plus est arrangée, pour que tous ces braves gens se réveillent.

Le pompon au JT d'Elise Lucet ce midi où l'on nous a montré de braves citoyens se bousculant pour porter au pied d'une église vivres et vêtements destinés à ces migrants réfugiés sur le point d'arriver. L'une de ces personnes déclarant un truc du genre : " Il faut aider comme on peut, même avec pas grand chose ". Combien parmi toutes ces âmes aujourd'hui généreuses se sont abstenues de " faire comme on peut, même avec pas grand chose " avec nos SDF et nos précaires ? Combien parmi toutes ces personnes n'ont pas bougé le petit doigt, avant Aylan, pour aider leur prochain, leur voisin ? Combien pour s'émouvoir de nos 470 Morts de La Rue qui meurent dans la plus parfaite indifférence. Le cadavre d'un des nôtres, sur le trottoir, n'émeut plus; celui d'un enfant inconnu, par contre... Aurions-nous honte de notre propre misère pour ne point l'aider ? Aiderions-nous ces migrants pour nous disculper d'avoir ignoré nos propres malheureux qui eux n'ont guère que la rue, les squats ou les appartements insalubres comme refuge ? Un charité sélective, en quelque sorte ?

Alors bien sûr, ne crachons pas sur cette charité si bien ordonnée, c'est beau une humanité qui se réveille mais pourquoi maintenant, seulement maintenant. Pourquoi autant de sollicitude pour eux et pas pour les nôtres ? Ah si j'étais patron du Secours Machin Français ou une voix qui compte, j'en pousserai une gueulante ! Ne crachons donc pas sur cette charité, mais attention, les p'tis gars, attention Président, attention Marc Lavoine, va vous falloir de l'endurance parce que maintenant que les vannes sont ouvertes, ça va déferler. Et tous ces gens-là auraient bien tort de s'en priver: On les aime tant ici ! Eux.

Et puis pendant qu'on les aide ici avec une ardeur que doivent jalouser tous nos pauvres, ça évite de les aider là-bas où les massacres continuent, où des femmes sont battues, réduites en esclavage ou lapidées, où des enfants sont assassinés, où des corps sont quotidiennement décapités, ou des homosexuels sont jetés des toits d'immeubles, où un archéologue de 81 ans est égorgé avant d'être pendu, où... les massacres continuent en totale impunité. 

Sauf que contrairement au siècle dernier, nous ne pourrons absolument pas dire que nous ne savions pas.

Folie passagère 2894.
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D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

vendredi 4 septembre 2015

Ça marche !

Sondages réalisés après la parution de la photo d'Aylan Kurdi:


(sondage Ifop)


Capture d’écran 2015-09-04 à 15.46.02
(sondage Odoxa)

En juin, 68% des Français étaient opposés à l'accueil des migrants, ils ne sont plus que 51%.

Allez, encore un petit effort, une petite cata ou un petit drame avec la photo qui va bien, et ça devrait le faire !

Addendum: Il ne manquait plus que les footeux pour faire la balance. C'est chose faite: Claude Askolovitch demande à ce que les footballeurs français s'engagent pour l'accueil des migrants.

Folie passagère 2890.
Résultat de recherche d'images pour "manipulation"
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

La douce tyrannie de l'émotion...

Merci à LibresEchanges qui m'a signalé cet article daté de 2009,


De l'émotion, les clichés médiatiques aiment à dire qu'elle est "intense" ou "vive", voire "énorme". Comme si l'émotion devait désormais être amplifiée, surqualifiée, tant nous y sommes habitués. Elle est devenue en ce début de xxie siècle notre lieu commun, indépassable, obsédant, obligatoire. Celle qui s'exprime après un accident d'avion (d'une compagnie nationale s'entend) ne peut être que partagée.

La compassion aussi est une figure des temps actuels que les pouvoirs aiment bien flatter et transformer en solidarité. On se sent presque un monstre si l'on n'est pas à l'unisson de l'émotion générale, nationale, celle "de tout un peuple". La communication politique et sa compagne managériale la "communication de crise" la maîtrisent au millimètre près. Numéro d'urgence, cellule psychologique, ambassadeur spécial, drapeaux en berne, minutes de silence sur les stades, services à l'église, à la mosquée, à la synagogue. On gère.

Depuis quelques années nous sommes ballottés au rythme accéléré des émotions fortes. Un assassinat ignoble, un prof molesté, un carambolage sur la route des vacances, un enfant renversé par un chauffard, un immeuble insalubre qui flambe, un SDF qui meurt de froid, une catastrophe écologique, un trader déchu qui pleure (car les marchés aussi vivent sous le règne de l'émotif, on le sait) et nous voilà condamnés à être bouleversés, indignés, tristes… La télévision nous montre abondamment, en direct et boucle, tous ces sentiments. Au JT l'émotion est visible, palpable (toujours selon les clichés médiatiques), donc montrable. C'est le fonds de commerce des écrans. Réalité et fiction confondues. L'autre jour, une proche des victimes de l'Airbus disait espérer encore "un miracle, comme dans une série télé". Il est vrai que ça se passe tellement mieux dans "Lost" où les rescapés jouent à "Koh Lanta" pour de faux. Télé-réalité, fabrique d'émotion, avant et après le "20 heures"… Tout se mêle.

Puis vient, tout de suite, à chaud, la communication politique : un projet de loi, le durcissement d'un décret, une règle à appliquer sans faiblir, une nouvelle norme pour que ce crime, cet accident, cette catastrophe, ne se reproduise plus jamais. Surtout plus jamais ça. Nous vivons ainsi entre émotion à répétition et principe de précaution. Parfois cependant, la télé se réveille. L'autre nuit, après le crash du Rio-Paris, Paul Virilio décodait justement ce qui est à l'œuvre (dans l'émission " Ce soir ou jamais " sur France 3). Il parlait de "synchronisation de l'affect", d'une société où l'on passe des communautés d'intérêts à la communauté d'émotion, où le présent est oublié au profit de l'instant et où notre rapport au réel est chamboulé par " l'accélération de la diffusion instantanée de l'émotion ". Il faut lire Virilio. Lorsqu'il glisse en passant que, enfant de la guerre, il a vu "comment le fascisme a manié les émotions", il faut l'écouter. Non qu'il y ait quelque part un tyran omnipotent décidant des axes de la propagande de masse. Nous n'en avons même plus besoin, tant nous sommes habitués à ressentir sur (télé)commande les émotions qu'on nous montre, en flux continu.

Dans nos têtes, si l'on n'y prend garde, l'histoire en train de se faire s'efface peu à peu, ou encore, pour citer Virilio, l'événement se dissout au profit de la succession des accidents. Comme il y a désormais des "accidentés de la vie", nous voilà devenus des victimes de l'émotion.

de Didier Pourquery pour Le Monde, 12 juin 2009.

A lire aussi: Comment recadrer une image pour mieux " émotionner ": Aylan Kurdi, photo recadrée


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jeudi 3 septembre 2015

Regardez bien Aylan Kurdi et pleurez sur votre incurie !


Je ne pensais pas faire de billet sur ce pauvre enfant retrouvé mort sur une plage, celui de Jacques Etienne, lu ce matin, me semblant parfaitement suffire. Et puis voilà, j'ai regardé ce qui se passait aux infos, sur tweeter et les réseaux sociaux, et j'ai choppé la colère !

Colère qui a commencé par la lecture d'un tweet de Mam' Taubira:


Puis j'ai lu Valls. Puis j 'ai entendu Douste Blazy déclarer " qu'il fallait remonter aux wagons plombés pour voir pareille atrocité " Puis j'ai vu cet abruti de Cambadélis se faire prendre en photo avec, devant lui, un panneau où il était inscrit: " L'accueil pour moi, c'est oui ! #Refugiés " . Et ça a continué comme ça avec toute une tripotée de politocards, de droite comme de gauche, qui y allant d'un tweet, qui se précipitant devant les micros, et tous pour crier leur indignation: Un bébé de trois ans est mort, sans doute noyé, son corps poussé par les vagues sur le rivage. Rivage où se trouvait, au bon moment, un photographe qui connaîtra ainsi son heure de gloire ! 

Mais le pompon, ça a été, je vous le donne en mille, Président: " Face au drame des réfugiés, nous proposons avec Angela Merkel un mécanisme d'accueil permanent et obligatoire en Europe." et aussitôt d'organiser une réunion de crise à l'Elysée où tous les ministres concernés par la question des migrants " ont été convoqués "... 

Non mais sans dec, c'est quoi  cette émotion soudaine ? Voilà t-y pas que la simple vue d'une photo d'un enfant mort les émotionne tous au plus haut point ! Mazette ! Ils étaient où tous ces cancrelats républicains au pouvoir, depuis des mois ? Z'ont rien vu de ce qui se passe en Syrie ou en Irak ? Des bébés morts, c'est tous les jours qu'il y en a, chez les muzz, chez les chrétiens d'orient ou parmi les migrants. Z'ont rien vu de ce que fait avec horreur et délectation les mecs de l'auto-proclamé Etat Islamique depuis des mois ? Non mais franchement ! Bande de branquignols ! 

Alors c'est vrai, je le reconnais, la photo est aussi belle qu'atroce. Bien prise et tout et tout, suffisamment pour que la quasi totalité des journaux français, par fausse pudeur ou curieuse déontologie, souvent à géométrie variable, refuse de la publier. Quand bien même le monde entier l'a vue. Même président l'a vu ! Elle est belle votre indignation ! Cette photo, voyez-vous, chers indignés du jour, c'est votre nez dans votre pipi. C'est votre totale incapacité, depuis des mois, à enrayer cette crise migratoire; votre totale inaction. Ça fait des mois que cela dure, et parce qu'Aylan Kurdi a hélas et malheureusement échoué sans vie sur cette plage, vous semblez d'un coup d'un seul vous réveiller ! Certains ont parlé de meurtre; et bien moi je vous accuse tous, politiciens inactifs de tous pays, de France, d'Allemagne, de Grande-Bretagne ou d'ailleurs, de complicité de meurtre. Ni plus, ni moins. Parce que lorsque l 'on est supposé être les dirigeants des pays les plus puissants et les plus riches de la planète, on n'a pas le droit, comme vous le faites depuis des mois, de vous croiser les bras et de regarder le désastre s'installer en Syrie, en Irak et ailleurs. Et ne me parlez pas de frappes aériennes, elles sont le minimum minimorum de ce que vous pouviez faire. 

Aylan Kurdi n'est que le révélateur de votre impuissance et de la folie des hommes. Allez-vous continuez à ne rien faire ? Allez-vous continuer à nous prendre pour des cons en exploitant cette photo pour manipuler les foules et ainsi leur faire accepter, de gré ou de force, l'idée de l'accueil de toute la misère du monde lorsque l'on sait que la solution à ce gigantesque bordel, c'est là-bas qu'elle se trouve. Pas ici, pas en France, pas en Allemagne, pas en Europe. " L'accueil, pour moi c'est oui ! ", my ass

On nous a dit que depuis le début de l'année, plus de 2 000 migrants s'étaient noyés en Méditerranée. C'était pas suffisant ? Il vous fallait en plus Aylan Kurdi ? Okay mais désolé, ne le pleurez pas, pleurez sur votre incurie, voilà qui sera déjà, peut-être, le premier pas qui, comme on disait élégamment autrefois, vous amènera à vous sortir les doigts du cul ! 

Aylan est mort. Il avait 3 ans. Et bien regardez et regardez encore cette photo, qu'elle vous empêche de dormir. Au moins quelques jours. Comme d'habitude, vos indignations ne dureront que le temps nécessaire à l'oublier. 3 jours ? une semaine... autant de temps nécessaire pour que d'autres se noient.


Folie passagère 2889.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

France, 2019.