J'ai voulu revenir sur cette histoire de fichiers secrets concernant les SDF de la ville de Nantes. Hier, l'histoire m'avait paru somme toute anecdotique dans cette république irréprochable mais à y regarder de plus près, elle est purement scandaleuse. De la même manière qu'il existe des scandales d'Etat, peut-il y avoir un scandale municipal dont Nantes serait le théâtre ?
Scandaleuse cette histoire à plus d'un titre: fichage illégaux d'individus, utilisation de fonds publics pour espionner des citoyens, recrutement curieux de policiers des RG, voyeurisme, mise à disposition des services de police municipale d'informations confidentielles issues du CCAS de la ville, abus de biens sociaux, contraventions aux lois Informatiques et Liberté, utilisation d'informations forcément issues des services de la Police Nationale... Bref, un assortiment écœurant de dérives diverses... autant que perverses.
Des policiers de haut rang des Renseignement Généraux " prêtés " à la ville de Nantes se sont donc mis à espionner de façon quasi permanente les SDF de la ville et ce au moins jusque fin 2009. A quelles fins ? Pourquoi ? Qui a donné l'ordre ? Qui a financé, sur budgets publics, ces enquêtes ? A qui étaient destinées ces informations ?
Il faut avoir lu les deux fiches que nous fournit le journal Le Point pour se rendre compte à quel point ce système était pervers et relevant du plus vil et du plus dégueulasse des voyeurismes. Tout y est: le nom ( biffé par Le Point ), l'âge, les habitudes, l'alcoolisme ou la toxicologie des espionnés, leurs éventuelles relations affectives ou sexuelles, leurs origines, leurs histoire de familles, leurs tenues vestimentaires ( " les pieds nus dans des baskets déchirées " ), leurs angoisses, leurs habitudes, leurs fréquentations, leurs états de " saleté " etc... Les sinistres rédacteurs de ces fiches vont même plus loin, ils font des " propositions d'analyses " pseudo-psychologiques.
Extraits:
" Questions autour de l'identité de monsieur X: identité algérienne qu'il revendique, identité française qu'il refuse.
Hypothèse 1: Son intégration n'est pas possible car ses origines arabes sont incompatibles avec la culture française.
Hypothèse 2: Momo est pris dans un double lien: être adulte devient pour lui impossible ( d'où son refus de demander des papiers ? ) etc... "
Certaines informations apparaissant dans ces fichiers proviennent forcément d'autres sources que la simple enquête de " terrain ": " Monsieur X a arrêté de boire depuis 64 jours "
D'après Le Point, et ses informations ne sont pas contestées par les autorités municipales, ces fichiers concernaient plus de 120 personnes. Aussi, lorsqu'on lit avec quelle précision et avec quelles profusions d'informations, chaque fichier a été dressé, on peut avoir une idée du temps et de l'énergie qui ont été déployées pour leur rédaction. Pourquoi ? A quel coût ? Et compte tenu de l'ampleur de ces fichiers et du système mis en place, deux autres questions me viennent à l'esprit: D'autres catégories de population ont-elles été fichées ? Les opposants à la politique municipale, par exemple. Monsieur Ayrault pouvait-il ignorer cela ? A cette dernière question, si Ayrault savait, il doit rendre des comptes et s'expliquer; s'il ignorait tout de ce système, que peut-on penser d'un maire qui, par aveuglement ou de par ses absences, a laissé se développer des pratiques d'un autre âge ? Pas grand chose de bien, assurément.
Alors, curieusement, ces découvertes du journal Le Point n'ont pas fait plus de bruit qu'un pet sur une toile cirée; serais-je le seul à m'en offusquer ? C'est vrai quoi, pourquoi être choqué après tout, pour la municipalité, ces révélations concernent " des pratiques professionnelles mal contrôlées par la ville
auxquelles il a été mis fin. Ce fichier non conforme a été détruit dès
que la ville en a eu connaissance."
" Des pratiques professionnelles mal contrôlées " qu'ils disent..., jamais sanctionnées et dont personne ne portera la responsabilité. Ainsi va la vie à Nantes. Ecoeurant.
Folie passagère 1502.

D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr