Après ces législatives, je voudrais vous parler de mon député...
Parce que " je suis " blogueur politique, parce que je suis ( pour encore combien de temps ?) membre d'un parti politique et que quitte à l'être autant jouer le jeu, parce que je voulais voir comment cela se passait, je souhaitais participer de près à cette campagne électorale.
J'avais pris part à la campagne des régionales, puis à celle de la présidentielle mais là, c'était différent, je participais à la campagne d'un bonhomme que je connais, un gars du coin, pas un mec du microcosme parisien.
Mon député est un type bien. Certes un juppéiste, mais un juppéiste bien. Il est maire de la ville depuis deux ou trois mandats et se présentait ce coup ci pour un quatrième mandat de député. Que ce soit au plan local ou national, il a fait du bon boulot. Sa ville, très agréable à vivre, est bien tenue et jouit d'une certaine notoriété. En tant que député, idem, du bon boulot, il s'est investi dans diverses commissions dont celle des affaires étrangères et fait partie des députés que l'on n'épingle pas pour leur absentéisme.
Dans sa famille, l'investissement en politique est de tradition: son père fut maire, député et ministre, son frère est aussi député, sans doute son fils prendra-t-il la suite. Localement, il jouit d'une bonne réputation, est connu et reconnu de tous et ne perd jamais l'occasion de faire le marché, période électorale ou pas. En clair, maire ou député, le gars fait le job depuis des années (un handicap ?). Une des raisons pour lesquelles j'ai bien voulu jouer le jeu.
Campagne du premier tour, j'ai tracté trois ou quatre fois à la gare de bon matin, fait les marchés et participé aux réunions politiques. Lui, mon député, n'a pas ménagé ses efforts: tractage matinal dans les gares, près de cinquante opérations de porte à porte, affichage, marchés, supermarchés, hypermarchés, supérettes, sorties d'écoles, réunions publiques; toute la circonscription fut écumée. Du bon boulot, vraiment. Un bon boulot qui n'aurait pu être fait sans une équipe aussi efficace que motivée. M. et C. si vous me lisez...
Et voilà que patatras, La République en Marche met face à mon député un candidat quasi inconnu, tout juste conseiller municipal du village voisin. Un gars qui a réussi la performance d'avoir adhéré à pas moins de 7 partis politiques en quinze ans de "carrière politique". Bref un opportuniste de première qui n'a jamais prouvé politiquement, à quelque niveau que ce soit, de quoi il était capable si ce n'est de prendre le train En Marche, il y a environ un an.
Les résultats du premier tour ne nous surprennent guère: la magie Macron a opéré. Le gars obtient 4 000 voix de plus que mon député, 10 points d'écart ! Tout était-il perdu pour autant ? Mon député nous donna l'impression que non, tout était encore possible, qu'il fallait mobiliser les abstentionnistes et les troupes; ne pas se démobiliser.
Mais c'est à cet instant que je n'ai plus rien compris...
Quand avant le premier tour, on me téléphonait pour monter d'urgence un tractage matinal, ce fut silence radio entre les deux tours. Quand nous faisions une gare, un porte à porte, un marché et une sortie d'école, le candidat d'En Marche en faisait dix fois plus ! Quand le macronien inondait les réseaux sociaux de clips vidéos, de photos et de commentaires, nous, nous en étions totalement absents. Il paraît que cela ne sert pas à grand chose les réseaux sociaux, qu'il m'a dit mon député... Quand le macronien écume la circonscription grâce à un logiciel de géolocalisation de la population, notre député demandait, seulement 6 jours avant le deuxième tour, d'aller éplucher les listes d'émargements de la présidentielle et celles du premier tour. Quand la moyenne d'âge des candidats d'en face devait être de 45 ans, la notre devait avoisiner les 55 ans, etc, etc, etc...
Et ce qui devait arriver arriva, mon député fut battu de 550 voix au deuxième tour. On se consolera avec cette belle remontada, mais on aura perdu et mon député n'est plus que mon ex-député. Et cet inconnu, cet homme dont on se sait rien, cet opportuniste dont la principale qualité fut de porter la marque " En Marche " est, depuis dimanche, mon nouveau député. La force d'En marche d'un côté sans que je sache très bien quoi mettre en face de l'autre... La macronien s'est formidablement bien battu, j'aimerai être convaincu que, de notre côté, nous avons tout fait... je n'en suis pas sûr. Pourquoi ce relâchement entre les deux tours ?
Alors pas de véritable déception de ma part; j'ai bien profité de tous ces moments de campagne, rencontré de nouvelles personnes et ne regrette rien de ces rencontres avec les électeurs, bien au contraire.
Pas de véritable déception ? Si, finalement, voir que les gens sont capables de miser sur un cheval neuf qui n'a jamais couru plutôt que sur l'expérience et la reconnaissance des résultats. Dommage... ou tant pis. Au choix. Et une certitude, Les Républicains sont très mal barrés pour les années à venir. Mais de cela nous débattrons un autre jour...
Folie passagère 3362.
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