Il y avait longtemps que je n'avais rien lu de stupide écrit par Bruno Roger Petit. Bien sûr que vous le connaissez, il est dans le système, dans vos postes, vos télévisions, il a un mot pour tout, un mot sur tout, il est partout. Il est aussi bien expert footballistique que chroniqueur politique, c'est dire si son talent est grand.
Et qui dit omni-présence et talent dit: Ma parole est vérité, je suis journaliste, je sais, tais-toi. Et gare à vos abattis si vous avez l'outrecuidance de critiquer et le sachant et la profession qu'il sait représenter et défendre avec...partialité et la pugnacité d'un coq élevé en plein air.
Dans une tribune pondue du jour, notre BRP s'en prend à NKM. Normal, me direz-vous, celle-ci a commis un crime de lèse-majesté: elle a mis en cause une journaliste; journaliste du journal Le Monde, journaliste qui ferait partie du système. NKM a dit: "Évidemment, si vous lisez toute la journée les articles de Madame Gurrey, dans Le Monde, vous vous dites : wahou, quel acharnement. Mais c'est des gens qui défendent le système et qui, quelque part, y participent. Là, c'est une journaliste qui est manifestement la 21e tête de liste de Madame Hidalgo à Paris. Bon ben ça va, on a compris, c'est tous les jours qu'on y a droit."
Crénom, que le diable nous patafiole, elle et moi, elle a prononcé le mot qui tue, le mot que seuls les fachos utiliseraient, le mot qui pue, le mot qui tue: la journaliste du Monde ferait partie d'un système, du système. Vous l'aurez compris, il y a des mots qui ne peuvent être utilisés si vous êtes républicain et d'autres que vous pouvez répéter à vomir si vous êtes fille ou fils spirituels de JM Le Pen. NKM a dit "système", elle est donc anti-républicaine, voire... frontiste, tant qu'à faire. Et ça, voyez-vous, BR Tout Petit l'écrit: " NKM commet un crime contre l'esprit. Un procédé ni digne, ni honorable, accuser une journaliste de corruption morale. C'est grave. Voire très grave." Parce que forcément dire d'une journaliste qu'elle fait partie du système, c'est mettre en doute son objectivité, c'est l'accuser de corruption morale, c'est donc un crime. Prison ou sursis? Laissez donc BRP décider, il est juge et partie et sa sentence est irrévocable !
Faut dire qu'une candidate à la mairie de Paris dont les journalistes, comme encore ce matin sur Itélé, prennent un malin plaisir à l'interroger sans arrêt sur les petites phrases et les dissidences plutôt que sur son programme, pardonnez lui, elle a le droit de temps en temps, de constater, qui sait à juste titre, qu'un système s'est mis en place à Paris (en 12 ans, le contraire serait étonnant) et que certains pisse-copies, compte tenu de leur bienveillance vis à vis de la concurrente de la dite candidate, pourraient bien en faire partie. Ça, cette bienveillance vis à vis de la dauphine de Delanoë, BRP ne la voit pas, ne peut la voir parce que lui aussi justement est dans ce système. Il est tout, il est partout...
Indigne NKM serait car non seulement elle utilise des mot qu'on ne doit pas utiliser mais pis encore, ce faisant, elle chercherait à s'attirer le vote des gens qui seraient contre le système. Tiens, il y aurait des gens contre le système... un système existerait donc. Passons.
"Taper sur les journalistes permettrait de chercher les voix "antisystème", pourquoi se priver ? Le procédé n'est guère digne, ni honorable. Il est aussi maladroit en ce qu'iI peut être aussi de nature, compte tenu de l'agression, insupportable, à délier les langues." Mignon BRP, les langues qu'ili ne faudrait surtout pas délier, n'est-ce pas. Ne pas dire quand dénoncer serait le privilège du journaliste impartial...
Et le BRP d'en rajouter une couche: "Dénoncer le "système" des supposées élites socialistes, politiques et médiatiques, y compris à travers l'exemple d'une journaliste, se poser en candidat "antisystème", c'est enfourcher un cheval de bataille jusque là réservé aux extrêmes droites françaises." Et bien justement, il serait peut-être temps de mettre fin à cette supposée appropriation frontiste. Oui, il y a des élites socialistes et politiques, elles ont même tous les pouvoirs en ce moment. Ça, mon biquet, c'est du constat, du vrai, pas une élucubration lepeniste. Et il suffit de se remémorer la dernière campagne présidentielle pour avoir une parfaite idée de ce que les élites médiatiques sont capables de faire pour se liguer contre un candidat qu'elles détestent.
Un système est un ensemble d'éléments interagissant entre eux selon certains principes ou règles, ensemble d’éléments qui se coordonnent pour concourir à un résultat. La règle et les principes sont simples à comprendre: il vous faut être du bon côté, appartenir au Camp du Bien et ne pas prononcer certains mots. Faute de quoi, vous vous exposez aux représailles des médias, des journalistes et des élites politiques en situation de responsabilité (le résultat). NKM n'a pas le droit de parler de système, c'est anti-républicain. Qu'un ministre "emmerde" un député du camp d'en face ou qu'un autre député, PS il va de soi, menace de faire descendre les cités dans la rue, ça c'est républicain et n'a pas à être dénoncé. N'est-ce pas Bruno Roger Tout Petit ?
"La mise en cause des journalistes, de leur honnêteté et de leur indépendance se répand à droite", nous dit BRP. A l'extrême gauche aussi et pas qu'un peu si j'en crois Melenchon. Dès lors qu'il est maintenant admis que la profession est majoritairement de gauche, qu'elle n'hésite plus à confondre informer et commenter, il était enfin temps effectivement de remettre en cause la pertinence de leurs jugement, de leur objectivité et de leur partialité.
Les exemples ne manquent pas pour pointer du doigt au pire la partialité et la connivence des journalistes avec l'actuel pouvoir, au mieux leur amateurisme ou leurs silences. La majorité des journaleux font bien partie d'un système: depuis des mois, ce système je l'ai baptisé Socialie.
Folie passagère 2147.