| Le parlementaire de Crimée Vladimir Konstantinov (à gauche) avec son homologue français Thierry Mariani le 23 juillet 2015 à Simferopol |
Nous sommes en démocratie, nous dit-on; dès lors, les parlementaires sont les représentants du peuple et à ce titre, ils sont libres d'aller ou bon leur semble. Ils sont ( ou tout de moins devraient-ils l'être ) les yeux et les oreilles de ceux qui les ont élus. Ne pouvant se contenter des discours officiels et parce qu'ils bénéficient de quelques facilités dont ne disposent pas les citoyens lambda, ils se doivent d'aller sur le terrain constater de visu ce qui se passe, que ce soit en France ou à l'étranger. Aucune loi et règlement ne restreint à ce jour les déplacements de nos représentants. Ils peuvent même, à l'improviste et sans prévenir qui que ce soit, débarquer dans la plus infâme de nos prisons...
Ces droit de visites et de libre circulation semblent encore plus nécessaires lorsque à propos de telle ou telle situation, les versions des autorités en place ne semblent pas recueillir un consensus largement majoritaire dans la population.
Et c'est exactement ce qui se passe depuis quelques temps. Il y a peu, 4 parlementaires français, 3 de droite et un socialiste, faisaient le voyage à Damas pour voir ce qu'il s'y passait, de visu, et rencontrer Bachar El Assad. Cette visite, financée sur leurs fonds propres, fut sévèrement critiquée par la gauche: On ne fraye pas pas avec l'ennemi désigné par Président. Plus récemment, c'est le député Poisson (PCD) qui lui aussi rendit visite à Assad. Là aussi la visite, peut-être moins médiatique que la précédente, fut sévèrement critiquée par la gauche, le président de l'Assemblée Nationale et Fabius.
Et rebelote ces jours-ci avec la visite d'une dizaine de parlementaires français en Russie et en Crimée. Crénom, en Crimée ! En terre ukrainienne " annexée " par l'affreux Poutine ! Voilà qui devait forcément rester en travers de la gorge de tous ceux qui soutiennent l'Ukraine de Porochenko ! L'hystérique de Matignon s'insurge, Fabius monte au créneau en se disant " choqué " et invoquant une violation du droit international, Bruno Le Roux aboie et Bartolone aura tout fait pour les en dissuader; sans succès. Tout juste si ces parlementaires français ne sont pas accusés de collaboration avec l'ennemi ! Tous d'évoquer que cette visite sera inévitablement, localement, utilisée à des fins de propagande par Moscou et les séparatistes. Possible, localement... Je doute néanmoins que des gens comme Thierry Mariani ou Jacques Myard, vieux habitués de ces voyages " pouvant nuire à la diplomatie de leur propre pays " se laissent abuser par ce qu'ils verront ou ce qui leur sera donné de voir; pas des perdreaux de l'année ces deux-là !
Et oui, cela ne plait pas à Président et à sa clique de voir des parlementaires " libres " aller directement au contact, sur le terrain, se rendre compte par eux-mêmes car refusant de se satisfaire de la seule position de l’Exécutif. Tout le problème, c'est que ces visites non avalisées par la Socialie se multiplient: Pas moins de trois en moins de trois mois, deux en Syrie, une en Crimée. Le dernier précédent remontant à ... 2002 avec la visite de 3 députés français en Irak, députés qui n'étaient pas convaincus par le discours ambiant sur la détention par Saddam Hussein d'armes de destruction massive. Hollande, alors premier secrétaire du PS, jugea cette initiative " étrange et stupéfiante " !
Ces visites révèlent néanmoins deux choses choses importantes: La première, et pour reprendre ce que disait Hollande en 2002, c'est qu'elles montrent que " les parlementaires manquent d'informations sérieuses et fiables " sur la situation en Syrie ou en Ukraine, le même Hollande qui suite à cette même visite de 2002 réclamait un débat parlementaire pour éclairer la représentation nationale ! La deuxième chose importante, c'est que ces voyages non autorisés révèlent au monde que la diplomatie française, domaine bénéficiant généralement d'un consensus politique large, est de plus en plus contestée par la représentation nationale, donc par les Français. Comment pourrait-il en être autrement... quand on se souvient des déclarations fracassantes mais dénuées d'effets de Président et de Fabius sur la Syrie ou sur l'Ukraine ...
Non, non, monsieur Le Roux, contrairement à ce que vous éructez, ce n'est pas une honte que dix parlementaires se rendent en Crimée sans avoir le moindre rapport avec les autorités ukrainiennes.Ce n'est pas une soumission à la Russie de Poutine et ce n'est pas une une honte pour le Parlement français. C'est tout à l'honneur de ces députés " libres " que d'aller voir par eux-mêmes ce qui se passe ailleurs. Que cela vous plaise ou non.
Folie passagère 2856.
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