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jeudi 3 avril 2014

Prostitution et subventions...


"L’'Assemblée nationale a adopté, mercredi 4 décembre 2013, par 268 voix contre 138, la proposition de loi de lutte contre le système prostitutionnel, qui instaure une contravention de 1 500 euros contre les clients de prostituées, et une amende de 3 750 euros en cas de récidive. La loi abolit également le délit de racolage et instaure un “parcours de sortie de la prostitution”." (sce: Le Monde) 

A l'époque cette loi avait fait grand bruit et nombreux étaient ceux qui doutaient de sa réelle utilité. Un petit point rapide sur le sujet...

Hier, à déjeuner, j'étais avec une vieille connaissance qui, depuis une douzaine d'années, s'occupe au sein d'une association, des prostitué(e)s du bois de Boulogne; autant dire qu'il connaît le milieu. Chaque soir, souvent jusqu'à deux heures du matin, le mini-bus de l'association va de places glauques en endroits sinistres pour tenter d'apporter un peu de réconfort aux putes: café, chocolat chaud, thé, biscuits. A l'occasion, ils en profitent pour essayer de recréer un lien: faire de la prévention contre les MST, être à leur écoute, discuter, les conseiller et éventuellement les aiguiller sur des possibilités de réinsertion. L'association en question, animée et gérée par des cathos, fait un travail remarquable en toute discrétion afin d'aider, comme ils disent, ces brebis perdues.

J'en profite donc pour demander à mon ami si la loi en question a changé quelque chose et si elle est appliquée. La réponse est nette: rien n'a changé et, à sa connaissance, aucun "client" n'a été ni interpellé, ni sanctionné. D'après les échanges qu'il a eu avec les policiers, ceux-ci ne s'intéressent, à juste titre, qu'à la répression du proxénétisme. Le reste... Et précisément, au bois, toujours selon mon ami, la majorité des prostitué(e)s sont indépendant(e)s. L'abolition du délit de racolage aurait même incité plus de gens à se (re)mettre au boulot, en particulier chez de jeunes hommes, pas encore adultes pour la plupart, souvent étudiants. Mon ami me fait part aussi de l'arrivée massive de jeunes roumains mineurs et donc "insaisissables". Pour lui, cette loi a été parfaitement inutile, tout juste bonne à faire mousser ses promoteurs, l'essentiel de la prostitution organisée s'étant réfugié sur internet.

Son association, disais-je, est animée par des catholiques; mon ami est une vraie grenouille de bénitier. Comme toute association, elle a besoin pour vivre de subventions que deux mairies, l'une de gauche tenue par une dame fraîchement élue, l'autre de droite, lui accordent avec parcimonie et ce sans jamais avoir, jusque lors,  trouvé quoique ce soit à redire des accointances de l'association avec le Bon Dieu. Sauf depuis l'adoption de la loi en question. Coïncidence ou dégâts d'une laïcité "de combat", nul ne le sait, les membres de l'association et leur minibus ont été contrôlés à plusieurs reprises par des agents des deux mairies en question. Le jugement des agents en question a été sans appel et signifié uniquement par oral: Pour continuer à percevoir les dites subventions, le minibus et les membres de l'assoc' devront être débarrassés de tous signes "religieux ostentatoires" et les discussions avec les prostitué(e)s devront rester parfaitement "laïques". Pour continuer, malgré tout, leur "mission", l'association a donc du retirer du minibus un crucifix de 12 cm de haut et une affiche (21 x 29,7) représentant Sainte Thérèse; les curés se relayant durant les maraudes devant, quant à eux, planquer leur croix jusque là épinglées au revers de leurs vestons.

Étonnant, non ? Aussi, comme me l'a dit mon ami: "Ce n'est que mon témoignage, que ce soit sur l'application de cette loi ou sur la façon de préserver les subventions, peut-être que j’exagère; néanmoins, depuis 12 ans, je n'avais jamais vu autant de gens dans le bois et autant de fonctionnaires de mairies pour nous contrôler..."

Ainsi va la vie au bois...

Folie passagère 2214.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

vendredi 21 février 2014

Jean-Marc Ayrault menace le Figaro


Imaginez ne serait-ce qu'un instant François Fillon, premier ministre de Sarkozy, las des articles fustigeant la politique de son gouvernement, dire: "Le journal Le Monde n'a pas besoin des 18 millions d'euros de subventions que l'Etat lui verse chaque année" ou bien la même chose à propos des 10 millions versés à Libération. Vous imaginez le tollé et les réactions outragées de tout ce que la gaucholalie compte de supporters... On aurait crié à la censure, à l'atteinte à la liberté de la presse et à la liberté d'expression; la République et la démocratie en danger, etc...

Oui imaginez cela même si l'ancien premier ministre et l'Ex n'ont rien dit de tel alors que pourtant ils ne furent pas épargnés par la presse...

Le Figaro a le don d'énerver le nouveau pouvoir (Mais curieusement pas Libé). Celui-ci n'aime pas ses Unes, ses articles et le ton critique qu'il utilise pour qualifier depuis 20 mois l'action de nos nouveaux dirigeants. Pas une semaine sans que Matignon ou l'Elysée ne soient brocardés par le quotidien de Dassault. Ayrault et hollande ne sont pas contents et ne se privent pas de le faire savoir. Ils en ont même tellement marre que Ayrault s'est fendu d'une petite phrase qui n'a dérangé ni outragé personne: "Le Figaro, qui reçoit une aide annuelle de 18 millions d’euros, n’en a pas besoin. Et, dans le cas contraire, Dassault, qui finance ses Rafales avec l’aide de l’Etat, peut payer." Le sous-entendu est limpide et le Lab d'Europe 1 ne s'y est pas trompé en titrant:"Jean-Marc Ayrault réfléchit à revenir sur les aides accordées au Figaro". 

En Socialie, on ne saurait critiquer le pouvoir sans s'exposer à des menaces ou des représailles. En Socialie, on n'hésite pas à annuler d'un trait de plumes les 5 millions d'euros qu'un journal de gauche, L'Humanité, doit à l'Etat, on n'hésite pas à traîner des pieds pour réclamer à Médiapart le million d'euros qu'il doit au fisc; en Socialie, on n'hésite pas, à mots à peine couverts, à menacer un journal d'opposition de lui supprimer ses subventions...

C'est-y pas beau?

Le groupe Le Figaro, malgré une légère baisse de ses ventes au numéro (-1,9%) en 2013, a annoncé finir l'année 2013 avec un résultat d'exploitation de 22 millions. Preuve s'il en est qu'une bonne gestion permet à un groupe de presse de ne pas perdre d'argent. Je serai Le Figaro, je dirai "chiche" à Ayrault, "Supprimez-nous les subventions ! Mais attention au retour de bâton, en échange, nous ne nous retiendrons plus."

Maintenant, si vous voulez mon avis, nous devrions supprimer l'intégralité des subventions à la presse, y compris les aides indirectes comme la niche fiscale des journalistes, ce serait le seul moyen d'avoir la garantie d'une presse réellement indépendante.

Le saviez-vous: CFDT Magazine, Voici, Closer ou Le Journal de Mickey touchent chacun près de 500 000 euros de subventions chaque année. Nous Deux, Prions en Eglise ou Micro Hebdo perçoivent environ 350 000 euros. CGT Ensemble et Modes et Travaux, 250 000 euros.

En 2012, l'Etat français aura versé près de 2 milliards d'euros d'aides directes à la presse.

Folie passagère 2148
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

jeudi 9 août 2012

Le beurre et l'argent du beurre.


Je voudrais me faire le relai d'un documentaire vu par hasard sur Arte avant-hier soir. A voir ou à revoir ici " Les millions disparus de l'Europe ".

Un documentaire édifiant sur l'art et la manière de détourner les subventions européennes. Le premier cas est presque rigolo. Un agriculteur danois cherchant à se faire plaisir et à arrondir ses fins de mois décide de créer deux pistes de ski sur son terrain. L'Europe paiera au nom du " développement touristique local et de l'animation des campagnes pour les jeunes "... Non contente de ne financer que les travaux d'édification de ces 2 pistes, l'Europe financera aussi l'achat de canons à neige et la dameuse adéquate. Logique pour un endroit où il ne neige jamais. Le tout pour environ 150 000 euros. Les pistes sont maintenant ouvertes et ne servent... qu'à envi" ron 2 000 personnes par an.

Le deuxième cas est nettement moins drôle de par le montant des sommes ici détournées mais plus encore en terme de sécurité alimentaire.

Une entreprise française de fabrication de beurre, les établissements Fléchard, réalise qu'en exportant du beurre qu'elle fabriquerait, elle pourrait bénéficier de subventions à l'exportation. Au marché français le bon beurre made in Normandie, à l'exportation, le beurre frelaté. Pour ceci faire, Fléchard achetait  à un prix dérisoire auprès d'un mafieux sicilien, un " beurre " concentré daubé contenant jusqu'à 50% de matière grasse animale, un peu d'acide et quelques autres produits chimiques. L'entreprise importait cette merde en Normandie, la reconditionnait et l'exportait un peu partout hors-Europe. La culbute est magnifique, Fléchard se mettra plus de 23 millions d'euros de subventions dans les fouilles avant que son dirigeant ne soit arrêté et condamné à quelques mois de prison. Plus irréaliste encore, on apprend que la communauté européenne pratiquait des prélèvements de ce beurre frelaté mais que la mission de contrôle s'arrêtait aux prélèvements uniquement,  aucune analyse n'a été effectuée (  ni même prévue ). Le manège aurait pu continuer quelques années si un ex-cadre de l'entreprise n'avait jugé que trop, c'était trop ! L'entreprise existe encore et est toujours dirigée par les mêmes personnes.

La conclusion des journalistes est sans appel: 474 conseillers sont à votre disposition dans toute l'Europe pour vous aider à dénicher, sans grand effort ni maints justificatifs, une partie des milliards que Bruxelles met à votre disposition ! Suffit de demander, d'un peu de paperasse, d'un projet à peu près ficelé et à vous le pognon ! Et vive l'Europe !

Edifiant !

( NB: Pour ne point trop vous énerver, je n'ai pas relevé le cas de cette autoroute sicilienne en construction depuis plus de 10 ans et dont les subventions, sans cesse renouvelées, atteignent le milliard d'euros )

Folie passagère 1297.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

France, 2019.