"L'Assemblée nationale a adopté, mercredi 4 décembre 2013, par 268 voix contre 138, la proposition de loi de lutte contre le système prostitutionnel, qui instaure une contravention de 1 500 euros contre les clients de prostituées, et une amende de 3 750 euros en cas de récidive. La loi abolit également le délit de racolage et instaure un parcours de sortie de la prostitution." (sce: Le Monde)
A l'époque cette loi avait fait grand bruit et nombreux étaient ceux qui doutaient de sa réelle utilité. Un petit point rapide sur le sujet...
Hier, à déjeuner, j'étais avec une vieille connaissance qui, depuis une douzaine d'années, s'occupe au sein d'une association, des prostitué(e)s du bois de Boulogne; autant dire qu'il connaît le milieu. Chaque soir, souvent jusqu'à deux heures du matin, le mini-bus de l'association va de places glauques en endroits sinistres pour tenter d'apporter un peu de réconfort aux putes: café, chocolat chaud, thé, biscuits. A l'occasion, ils en profitent pour essayer de recréer un lien: faire de la prévention contre les MST, être à leur écoute, discuter, les conseiller et éventuellement les aiguiller sur des possibilités de réinsertion. L'association en question, animée et gérée par des cathos, fait un travail remarquable en toute discrétion afin d'aider, comme ils disent, ces brebis perdues.
J'en profite donc pour demander à mon ami si la loi en question a changé quelque chose et si elle est appliquée. La réponse est nette: rien n'a changé et, à sa connaissance, aucun "client" n'a été ni interpellé, ni sanctionné. D'après les échanges qu'il a eu avec les policiers, ceux-ci ne s'intéressent, à juste titre, qu'à la répression du proxénétisme. Le reste... Et précisément, au bois, toujours selon mon ami, la majorité des prostitué(e)s sont indépendant(e)s. L'abolition du délit de racolage aurait même incité plus de gens à se (re)mettre au boulot, en particulier chez de jeunes hommes, pas encore adultes pour la plupart, souvent étudiants. Mon ami me fait part aussi de l'arrivée massive de jeunes roumains mineurs et donc "insaisissables". Pour lui, cette loi a été parfaitement inutile, tout juste bonne à faire mousser ses promoteurs, l'essentiel de la prostitution organisée s'étant réfugié sur internet.
Son association, disais-je, est animée par des catholiques; mon ami est une vraie grenouille de bénitier. Comme toute association, elle a besoin pour vivre de subventions que deux mairies, l'une de gauche tenue par une dame fraîchement élue, l'autre de droite, lui accordent avec parcimonie et ce sans jamais avoir, jusque lors, trouvé quoique ce soit à redire des accointances de l'association avec le Bon Dieu. Sauf depuis l'adoption de la loi en question. Coïncidence ou dégâts d'une laïcité "de combat", nul ne le sait, les membres de l'association et leur minibus ont été contrôlés à plusieurs reprises par des agents des deux mairies en question. Le jugement des agents en question a été sans appel et signifié uniquement par oral: Pour continuer à percevoir les dites subventions, le minibus et les membres de l'assoc' devront être débarrassés de tous signes "religieux ostentatoires" et les discussions avec les prostitué(e)s devront rester parfaitement "laïques". Pour continuer, malgré tout, leur "mission", l'association a donc du retirer du minibus un crucifix de 12 cm de haut et une affiche (21 x 29,7) représentant Sainte Thérèse; les curés se relayant durant les maraudes devant, quant à eux, planquer leur croix jusque là épinglées au revers de leurs vestons.
Étonnant, non ? Aussi, comme me l'a dit mon ami: "Ce n'est que mon témoignage, que ce soit sur l'application de cette loi ou sur la façon de préserver les subventions, peut-être que j’exagère; néanmoins, depuis 12 ans, je n'avais jamais vu autant de gens dans le bois et autant de fonctionnaires de mairies pour nous contrôler..."
Ainsi va la vie au bois...
Folie passagère 2214.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr