Je vous ai déjà parlé de ma petite ville à une ou deux reprises, au moins. Ce sera donc la troisième fois, je crois.
Elle est sympa. Pas loin de Paris, à la campagne. C'est assez vert. Nous n'avons pas de grands ensembles tout moches comme à Sarcelles ou aux Minguettes même si la municipalité a fait en sorte d'être quasiment dans les clous question HLM. Elle a tout de même rusé: Nous n'avons que des HLM " supérieurs ". Alors ça va, la diversité n'est pas visible et même si quelques bâchées ont fait leur apparition, elles ne gênent pas encore. Pas de zones, pas de racailles juste une importante population de personnes âgées et de retraités. Le niveau de vie est plutôt élevé et l'éclair au chocolat se vend quatre euros, soit quarante fois le prix de la chocolatine version Copé. Une ville privilégiée donc où il fait bon vivre; chanceux nous sommes. La semaine, elle vit au rythme du marché le mardi, vendredi et dimanche ou bien à celui des écoles et collèges. En période de vacances, c'est calme, beaucoup de gens partent. L'été et les chaleurs venus, les Parisiens affluent le week-end pour se baigner à la plus grande plage fluviale de France; l'occasion aussi pour les centres aérés de Seine-Saint-Denis d'y amener leur clientèle...
Bref, on se sent plutôt bien dans ma petite ville avec ses étangs, son église du XVème et ses bas-reliefs coquins, ses petits vieux et ses quelques VIP du PAF.
Ce matin, alors que j'empruntais la Grand-Rue, celle où il y a tous les commerçants, le trafic était fluide jusqu'au niveau de la boulangerie-pâtisserie du milieu, celle à côté de la gendarmerie. En bon conducteur, respectueux de la signalisation, je m'arrête pour laisser deux vieilles emprunter le passage piéton. Alors que j'allais redémarrer, je vis une ombre furtive, sur mon côté droit, s'élancer pour traverser. Je pilais donc.
En fait d'ombre furtive, c'était tout un groupe de djeun's, peut-être trente ou quarante qui avançait d'un pas rapide, prêt à traverser, voiture ou pas voiture. Trente ou quarante jeunes d'un coup, ici, du jamais vu. Un instant, j'ai cru à un truc genre colonie de vacance mais n'ai point vu d'adultes accompagnateurs. Donc que des jeunes. Entre 12 et 16 ans à la louche, turbulents, agités, riant, criant mais pas trop fort et plutôt bien mis.
Le premier traverse suivi des autres en prenant tout leur temps, naturellement. Cigarette au bec, ma fenêtre étant ouverte, je les entendais. L'un, tout en délicatesse, sans vulgarité aucune, se fichait de moi en s'arrêtant devant ma voiture pour refaire son lacet, pas pressé. Les autres lui passait autour en plaisantant. Un autre me dit: " S'cusez-nous, on prend notre temps, on profite. " Un de ses potes rigolard, 14 ans au garrot, me dit: " Je peux vous prendre une cigarette, s'il vous plaît ? ". Je fis signe que non ce qui me valut un élégant doigt d'honneur. Un autre, encore, tapota mon capot, pas méchamment mais je n'aime pas qu'on touche à mon capot. Je lui criais donc " Ça va aller oui ? " et lui de me répondre: " Ça va oui, m'sieur ". Le dernier passe, lui aussi caresse mon capot et met son majeur dans la bouche en le suçant ostensiblement. Vaillamment, avant de se mettre à courir avec ses potes, il me lâchera en guise d'au revoir un non moins élégant : " Babtou tafiole ! ".
Comment ça " tafiole " ??? Non seulement, confirmerons ceux qui me connaissent, je n'ai rien d'une tafiole mais comment un tel mot avait pu atterrir dans le claquoir d'un gamin d'à peine 14 ans ? Mystère.
Comme demeure pour moi cet autre mystère: Que pouvait donc bien faire à dix heures du matin une bande d'une quarantaine de jeunes blacks dans ma petite ville ?
Quand je vous dis que ma ville change...
Folie passagère 3333.