C'est en attendant un train qui n'en finissait pas de se faire attendre que mon regard fut attiré par la couverture du centième numéro du magazine GQ, je l'achetait, pour la première fois aussitôt.
" Onfray, Zemmour, Finkielkraut, le business des néo-réacs ". Crénom, me dis-je, ces gens que je lis ne seraient qu’intéressés pas le flouze, des cash-machines marketées, de redoutables business men ?
Je m'attaque à la lecture la peur au ventre à l'idée que Finkie, Zemmour, Polony, Obertone, Houellebecq ou bien encore Richard Millet puissent me décevoir... Et si Le Figaro, Valeurs Actuelles ou Causeur n'étaient que des arnaques marketing ? Et si Rioufol ou Elisabeth Lévy n'étaient que des produits d'appel pour RTL ? Y a de quoi chopper les chocottes...
Ben mazette, ça va pour eux si j'en crois mon GQ et sa " Réac Academy en chiffres ":
- Zemmour a vendu 450 000 ex. de son Suicide Français et engrangé au bas mot 1 million d'euros de droits d'auteur. Un nouvel ouvrage qui sort, c'est au minimum 100 000 euros d'à-valoir qu'il touchera. Chaque jour, ils sont 1, 8 million à l'écouter sur RTL
- Houellebecq, 600 000 exemplaires vendus pour Soumission.
- Onfray ? 201 000 exemplaires vendus avec ses 3 derniers bouquins dont 150 000 pour Cosmos.
- Finkie ? 170 000 ex. avec ses 2 bouquins La seule exactitude et L’identité malheureuse; rien qu'avec ce dernier bouquin, il s'est mis 243 700 euros dans la poche. Sa tronche en Une du Point et c'est 10% de vente en plus pour le magazine.
- Polony, Nous sommes la France, 41 000 exemplaires et 2,3 millions d'auditeurs quotidiens sur Europe1.
- Eric Brunet ? 1, 4 million d'auditeurs chaque jour sur RMC.
- Obertone ? 268 000 exemplaires vendus avec ses trois livres publiés entre 2013 et 2015.
- Ménard et son site internet Boulevard Voltaire, c'est 1,5 million de visiteurs uniques chaque mois.
- Valeurs Actuelles, un des rares hebdo a voir ses ventes progresser avec 130 000 exemplaires vendus chaque semaine (+5%).
Voilà pour les chiffres, il y en a tout plein d'autres. Passons aux explications et aux commentaires. Selon GQ.
Et bien voyez-vous, tous ces gens ont des techniques pour vendre et se vendre. Ils surfent sur le politiquement incorrect, recourent, avec le concours de leurs éditeurs, à des astuces marketing, provoquent, usent des plateaux télés alors qu'ils disent, pour certains, vomir cet instrument de bourrage de crâne et n'hésitent pas, pour d'autres, à renier leurs convictions, ... Le Portrait de tous ces auteurs-animateurs-chroniqueurs, vous vous en doutez, n'est pas reluisant. Ils génèrent du business au détriment du fond, ils sont business pour le plus grand bonheur de leur portefeuille. et de leurs éventuels employeurs. " Etre réac est devenu ultra-tendance et tous ces gens ne font qu'adapter leur cortex à cette vague intello ". Pire, " Ils fustigent la culture de masse, l'anti-racisme, le féminisme ou les droits de l'Homme. Ils font du business. "
Onfray ? " Il ne fait qu'adopter la stratégie médiatique des néo-réacs. Il se dit de gauche mais [horreur] il cite Renaud Camus ou Finkie dans ces deux plus récents livres et ne fait que s'attribuer un courant de pensée mal représenté ". Zemmour ? " Au sommet de sa gloire avec son Suicide Français ", sous entendu, il est maintenant sur la mauvaise pente, en aucun cas un écrivain, juste un " polémiste provocateur ". Natacha Polony ? " Une ex-chevènementiste, souverainiste, opposée à l'Europe telle qu'elle se construit ". Son succès ? Le petit écran " avait besoin de femmes ". Elisabeth Lévy? " Accointance avec l'extrême droite " , c'est dire ! " Quand elle nous reçoit, elle commence par crier ". Finkie académicien ? Et dire qu'il n'a été élu que " par 20 académiciens sur 28 "; rendez-vous compte, un désenchanté " qui ne fait pas l'unanimité ! Rioufol ? Lui, c'est affreux, " il a fait une OPA sur le Front National " !
Et tous nos réacs de passer sous les fourches caudines de GQ et de s'en prendre plein la tête, tête qu'ils ont d'ailleurs pas si bien faites que cela puisque, après tout, ils ne font que " révéler une vérité soit disant dissimulée ". Soi disant.. Et pour cela, ils ont été aidés par les médias qui finissent aujourd'hui, selon GQ, par le regretter. A l'image d'un Ruquier, grand squatter de France 2 devant l'éternel qui déclare, sans rire: " s'il y avait plus de pluralisme dans les médias, Zemmour ne serait pas devenu ce qu'il est ". On s'en étoufferait presque !
En résumé, tous ces néo-réacs sont là pour surfer sur les vagues de l'islamophobie, des peurs, de l'anti-racisme, de l'eurosepticisme,... mais aussi pour faire du pognon, pour eux-mêmes et pour ceux qui les emploient. Ils sont banckables et générateurs d'audience, juste " des apôtres du tout fout le camp ", au mieux des " provocateurs ".
Ben mazette, sont rhabillés avec ça mes auteurs préférés du moment !
Curieusement, il n'est pas venu un seul instant à l'esprit des rédacteurs de cette enquête que ce que ces néo-réacs avaient couché sur le papier ou diffusé à l'antenne pouvait être l'expression clarifiée, posée, écrite de ce que des millions de gens comme moi étaient jusque là incapables de formuler clairement. Ne sont-ils pas tout simplement les porte-voix de toute une partie de la population qui n'en pouvait plus de ce politiquement correct, de cet anti-racisme, de cette dilution de la Nation dans un gloubi-boulga mondialiste ? Ces néo-réacs ont du succès, ils gagnent de l'argent et en font gagner à d'autres, tant mieux pour tout ce petit monde. Ils ont répondu, plutôt bien si l'on se réfère aux chiffres, à une attente, mieux, ils ont, en quelque sorte, desserré l'étouffoir du politiquement correct, de l'anti -racisme et d'une bonne partie de la mise en application forcée des " idéaux " de 68. Ils ont, n'ayons pas peur des mots et des maux, libéré notre parole.
Et si les néo-réacs étaient tout simplement entrain de gagner la bataille des idées ?
On comprend que cela puisse tournebouler les esprits des têtes bien faites de chez GC au point d'en faire un article à charge dans leur numéro spécial. De quoi faire vendre. La preuve, j'ai acheté mais promis, je ne recommencerai pas.
NB: Pour la petite histoire, le rédacteur en chef de GQ, Emmanuel Poncet ainsi que sa rédactrice-adjointe, Séverine Pierron, sont des anciens de Libération. L'auteur(e) de l'article en question, Dominique Perrin, écrit aussi pour Le Monde et Challenges.
Folie passagère 3200.