Jacques Etienne ne manque pas d'air, il m'a grillé la politesse en faisant un billet sur Breivik et ses 21 ans de prison; sanction qu'il trouve somme toute et comme beaucoup d'entre nous légère au regard de l'horreur commise. Je crois même que Jacques Etienne se serait bien laissé tenté par la peine capitale. Œil pour œil ?
C'est un autre aspect du jugement qui a retenu mon attention: Breivik a été reconnu pleinement responsable de ses actes. Il n'est donc pas aux yeux de la justice norvégienne considéré comme un fou, comme un malade mental mais bien comme un terroriste. Le terroriste n'est donc pas fou. Cela ne légitime-t-il pas, d'une certaine manière, son geste ? Celui-ci, l'enquête l'a démontré, a été murement réfléchi, élaboré soigneusement et accompli avec méthode. On peut même dire, presque avec cynisme, que Breivik a accompli ce massacre en faisant preuve d'un certain sang froid. Ce geste extrême est la réponse au profond malaise qu'a, semble-t-il, ressenti Breiwik vis à vis de l'évolution de la société norvégienne: Un refus exacerbé et ressassé de longue date du multiculturalisme instauré au pays des bisounours. Le " désaveu " cinglant d'un norvégien de souche pour un pays et une société qu'il n'accepte plus, qu'il abhorre. Breiwik, par son geste, a exprimé de manière insensée le refus de l'assimilation; refus qu'il avait théorisé dans ses notes.
A la base de ce drame, il y avait donc une idéologie, une théorie, un raisonnement et donc, selon la justice norvégienne, aucune folie.
D'un fou avéré, on retient le côté prévisible, la possibilité d'un passage à l'acte, justement parce qu'il est fou; la société a plus ou moins les moyens de se protéger. Rien, si ce n'est le travail d'enquête et d'observation ( voire d'espionnage ? ), ne peut protéger la société d'un acte terroriste, qui plus est s'il est l’œuvre d'un individu isolé.
En déclarant Breivik responsable de ses actes, la justice a d'une certaine manière reconnu que le modèle de société norvégienne considéré comme idyllique par les uns, comme " modèle social " par les autres portait elle aussi une certaine responsabilité dans les massacres d'Uttoya et d'Oslo: celle d'avoir " fabriqué " un monstre.
Il est à craindre que cet acte responsable, celui d'un " souchien " vis à vis de ces " concitoyens " ne se reproduise. Cela devrait nous servir d'avertissement et de leçon.
Folie passagère 1313.
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