Hier, ils titraient: " Un premier SDF est mort de froid ". Aujourd'hui, de ce matin à cette fin d'après-midi, le décompte aussi morbide que médiatisé continue et une chaîne d'info de venir me le cracher aux oreilles: " Déjà 6 SDF morts de froid !" . Et l'autre journaleux d'ouvrir son édition en déclarant " Oui en 2014, on meurt encore de froid en France, notre invité, un ancien sans-abri, viendra témoigner... " Oui et alors, comme l'an dernier et comme l'année prochaine, il y en a qui meurent de froid... dans la rue. Comme en été. Comme au printemps. Comme en automne. Mais le reste de l'année, ça passe, on n'en parle pas. Là c'est différent, c'était Noël et demain c'est réveillon. Pleurez dans les chaumières, pleurez devant vos feux de cheminées qui ne seront finalement pas interdits, c'est bon, un peu de culpabilisation, vous verrez que sous peu, il y en aura un pour nous demander de nous repentir, voire de nous flageller. Et BFM de déclarer " Que peut-on faire ? que POUVEZ-VOUS faire ? ". Et puis quoi encore ?
Demain soir ou dans 15 jours, tout le monde s'en foutra de ces morts de la rue, on en reparlera peut-être si une nouvelle vague de froid arrive et puis c'est tout. Une autre actu chassera celle-là, les politocards se seront tous ou presque exprimés sur le sujet: tout est fait, les centres d'hébergements sont ouverts, des lits supplémentaires ont été installés, blablabla... Ça n'a pas loupé, voilà Marisol qui exprime sa solidarité et de nous assurer que oui, le gouvernement est mobilisé et pas que depuis hier, depuis déjà quelques semaines, on a anticipé; Solidarité ! crie-t-elle en nous assurant pour la quatrième fois en moins de deux minutes que le gouvernement est mobilisé et que des solutions d'hébergement ont été aménagées et seront pé-re-nni-sées, il y a urgence ! Oui monsieur pérennisées ! Alors, hein, vous voyez bien qu'on bosse...
Et vous savez quoi, l'année prochaine, si MST est encore là, ce qui n'est pas acquis, elle nous sortira le même discours, le même que l'on nous sort depuis des années: il y a des gens qui meurent de froid dans la rue mais le gouvernement est mo-bi-li-sé. Manquerait plus qu'il ne le soit pas !
Il y a seulement 3 ou 4 siècles, ils étaient des milliers à mourir de froid le long des chemins ou dans les forêts, aujourd'hui, ils ne sont plus "que" 400 alors hein... et demain, l'année prochaine, ils seront tout autant, un petit peu plus si la crise dure, un petit peu moins si la croissance revient, si les solutions d’hébergement dont on nous promet aujourd'hui la pérennisation auront bien été ... pérennisées..., mieux " si le lien social est renoué " qu'elle vient de dire la journaliste...
Les beaux jours reviendront, et dans la nature, sous un porche ou en rase campagne quelques autres SDF mourront de faim, de froid, d'hypothermie ou de dieu sait quoi d'autre... C'était ainsi, c'est ainsi et ce sera ainsi.
"Il n' y a pas de fatalité" a dit cet associatif au nom d'ancien premier ministre et accessoirement ancien maoïste; et bien si justement, il y a, en la matière, fatalité, il y a ceux qui accepteront qu'on les aide et ceux qui ne voudront pas. Il y a ceux que la maraude aura su convaincre de venir se mettre au chaud et ceux qu'elle n'aura pas vu.
Ce matin, j'étais coincé dans un embouteillage. Il faisait -2°. De ma voiture, j'ai vu un SDF couché par terre sur le trottoir, vaguement emmitouflé dans un duvet cradingue. J'ai eu le temps de voir des dizaines de gens passer à coté, le contourner sans le voir ou en faisant semblant de ne pas le voir, pas un n'a bronché, pas un ne lui a parlé, pas un ne s'est arrêté pour lui donner 2 euros ou un sourire.
Et moi, j'ai continué mon chemin. Nous sommes ainsi.
Folie passagère 2590.