De manière assez discrète, le gouvernement a fait validé, en première lecture à l'Assemblée, un élargissement du délit d'entrave à l'IVG, avant de se faire jeter, sur ce point précis, au Sénat. Nul doute, si le temps démocratique leur permet, que les socialistes arriveront à faire adopter cette modification.
De quoi s'agit-il ? Depuis 1993 (élargi en 2014), il existe ce que l'on appelle le délit d'entrave à l'IVG: toute personne tentant d'empêcher un avortement en exerçant des pressions physiques ou morales sur des équipes médicales ou des patientes est passible d'une amende de 30 000 euros et jusqu'à deux ans de prison ferme. Cette menace et la banalisation de l'IVG ont fait que jusqu’à aujourd'hui quasiment personne n'a été condamné.
Mais comme bien souvent, avec les socialistes, le bien n'est jamais assez, zou, une petit article de loi ( porté par la ministre DES familles, Laurence Rossignol ) qui permettra de condamner toute personne qui, sur un site internet ( blogs, sites de partis politiques, associatifs ou confessionnels ), tiendra un discours pouvant infléchir la volonté d'une femme d'avorter. Ce qui en langage gauchiste s'énonce ainsi: " Être hostile à l'IVG est une opinion que chacun peut exprimer librement et par tout moyen dans notre pays. En revanche, attirer les femmes sur des sites présentés comme des sites d'information, qui affichent un vocabulaire, une posture jeune, moderne, pour donner des informations fausses, biaisées, dans le but de dissuader des femmes de recourir à l'IVG, de les culpabiliser, ça n'est pas acceptable. C'est de la manipulation. ". Ce qui en langage législatif s'appelle Délit d'entrave numérique à l'IVG ( Ce qui à l'heure de l'internet mondialisé est tout à fait stupide ).
J'ai, ou vous, quiconque, avons donc le droit d'être hostile à l'avortement, de le dire ou de l'écrire mais à condition de le faire de manière grossière, suffisamment grossière pour que toute femme en quête d'information sur le sujet atterrissant un de ces sites hostiles comprenne immédiatement qu' elle n'est pas au bon endroit si elle cherche un point de chute qui l'aiderait à conforter son souhait d'avorter. Prière donc de ne pas avoir un site qui présente trop bien, veillez ne pas apparaître comme informatif, soignez modérément votre orthographe, n'ayez pas un graphisme trop moderne, trop trendy , assurez-vous de ne pas commettre le moindre impair qui pourrait apparaître comme une fausse information et surtout, surtout, aucun discours " moralisateur ", ne culpabilisez pas votre visiteuse, n'écrivez rien qui puisse la décourager d'y aller; bref, abstenez-vous d'écrire ce que vous pensez et fermez boutique, ce sera aussi simple,... avant qu'on vous la ferme d'office avec possibilité d'un détour par la case prison.
Consécutivement, il va de soi que seul les sites officiels ou recommandés par les instances gouvernementales ( donc politiques ) auront le droit de décider et de juger ce qui est " biaisé " ou pas, ce qui relève de la manipulation ou d'un discours militant et qui peut " informer " ou pas sur le sujet, de mettre éventuellement la Fondation Lejeune, La Manif pour Tous ou AllianceVita sur le même pied d'égalité que le plus ultra des sites effectivement manipulateurs.
Aujourd'hui un délit d'entrave renforcé à l'IVG, la censure de toutes informations qui ne seraient pas officielles; quoi demain ? Contre les Identitaires, contre tous ceux qui de près ou de très loin pourraient être assimilés à Civitas, contre les un peu trop patriotes, contre ceux qui n'ont jamais accepté l'abrogation de la peine de mort, contre ceux qui n'admettront jamais la dépénalisation des drogues douces devenues entre temps autorisées, contre les défenseurs de la légitime défense, etc... Contre ceux qui ne sauraient plier face à un ordre moral qui ne serait pas le leur ? Contre ceux qui défendraient une autre idéologie que la dominante progressiste ? Contre qui ? Contre quoi ?
Les sénateurs ne s'y sont pas trompés en rejetant cet amendement, les évêques de France non plus en montant au créneau comme on les a rarement vu faire ces derniers temps. Ce projet de loi n'est ni plus ni moins qu'un délit d'entrave à la liberté d'expression. Cocasse et scandaleux de voir ce pouvoir socialiste, au premier rang lorsqu'il s'agissait de lever au ciel des crayons de couleurs pour défendre la liberté d'expression, poser aujourd'hui la première pierre d'un édifice destiné à emmurer un peu plus cette même liberté d'expression !
Folie passagère 3374.
