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dimanche 4 novembre 2018

Edouard Philippe s'en va à Canossa; un devoir de mémoire à 10 milliards d'euros !

Cela faisait près de trente ans qu'aucun dignitaire français ne s'était rendu à Dien Bien Phu. Notre Premier y fut ces jours-ci. A l'instar d'un Fabius qui, en son temps, rendit un vibrant hommage au Général Giap, Edouard Philippe, visitant la maison du dictateur communiste (pléonasme?), a été "heureux" de rendre hommage à Ho Chi Minh... Le blogueur Koz, avocat, lui répond...



" Pardonnez-moi d’avoir titré comme pour un mauvais, ou juste un triste film. L’un de ceux dans lesquels un ancien combattant, de retour au pays, après avoir mis sa vie en péril, perdu ses camarades, se confronte à l’oubli de l’arrière et au cynisme des politiciens.

Il y a eu bien des films sur cette ligne, il y eut aussi tout bonnement notre Histoire et, en particulier, cette cuvette de Dien Bien-Phu.

On ne refera pas l’Histoire, ni les colonies. Célébrer l’amitié franco-vietnamienne, cela se conçoit aisément – mais en glissant sur les droits de l’Homme. Pardonner, bien sûr, et être conscients que nous résistions alors au sens de l’Histoire, évidemment. Reconnaître au sacrifice du soldat vietnamien la même valeur qu’à celui du soldat français, puisque d’anciens combattants le font, nous le faisons aussi. Les soldats seront toujours la main des politiques, et leur honneur reste d’obéir.

Mais il aurait fallu garder le respect pour le sacrifice demandé, et accepté.

« Je ne suis pas sûr d’avoir très envie de répondre à ceux qui ne comprennent pas pourquoi un Premier ministre français vient à Dien-Bien Phu (…) a déclaré Edouard Philippe, interrogé sur les critiques suscitées par sa venue sur le site d’une défaite française », nous dit l’AFP. Il y a dans ces mots-là ce qu’il faut de morgue – ce refus de seulement répondre, cette façon de ranger les rétifs parmi les imbéciles et les scandaleux – pour donner envie de vous expliquer, Monsieur le Premier ministre. 

Personne ne vous reproche d’aller à Dien-Bien Phu. Rendre hommage aux soldats français qui ont subi un siège dramatique, rejoints jusqu’à la chute par des camarades qui sautaient dans cette cuvette en connaissant l’abandon programmé, cela ne heurte personne. L’hommage aux combattants vietnamiens ? Cela ne choque pas davantage, même si l’on pourrait le discuter puisqu’aussi bien les vietnamiens, eux, ont refusé la réciprocité.

Mais il y en a, oui, pour vous en vouloir d’avoir si vulgairement rapproché, dans la trivialité d’un thread, les contrats par milliards et l’abandon de la mémoire. On se demande : Canossa était-elle dans le contrat ? Et la signature avait-elle sa ligne dans le devis ? Le tweet était-il budgété ?

Fallait-il adjoindre à l’hommage aux combattants celui du chef ennemi ? Louer ses qualités, célébrer « l’austérité sereine », « le travail et le calme », « la constance et la détermination » ? Et pourquoi pas aussi, dans la moiteur vietnamienne et sur votre lancée, tant que vous y étiez, le halo de mystère et de sagesse insondable de l’homme indochinois ?

Vous n’avez probablement pas « très envie de répondre à ceux qui ne comprennent pas ». Nous ferons sans votre réponse mais nous n’oublions pas les morts d’Indochine, et les 7.000 soldats français morts en captivité de maladie, de misère, et de mauvais traitements, sur ordre de cet homme à « l’austérité sereine », dans « la constance et la détermination ». Vous signez, à l’image, sous la supervision visible des autorités vietnamiennes. Mais vous le faites aussi sous le regard indécelable de ces hommes.

Vous l’avez fait pour des contrats et, si j’ironisais, plus haut, cet hommage publicisé était peut-être bien compris dans le prix. Vous aurez jugé toutefois qu’il ne fera qu’un peu de bruit, que le pays oubliera. C’est certain. D’ailleurs, ceux qui réagissent, il suffira de les discréditer, de ne pas avoir très envie de leur répondre, de les renvoyer à l’esprit de revanche, au passé et, à la fin de l’envoi, invoquer la coutumière fachosphère. Puisque cela fonctionnera, ne vous privez donc pas. Après tout, l’Indochine, c’était déjà trop loin, à l’époque. La France pensait à la reconstruction, à la prospérité. Aujourd’hui, vous imaginez que, plombé d’économisme, sacrifiant toute valeur aux mânes du business, le pays pense contrats, il pense pouvoir d’achat. Peut-être avez-vous raison, mais méfiez-vous tout de même : les dernières élections racontent une autre Histoire.

Alors signez, donc. Certains feront mémoire en silence et gratuitement. Parce que l’Homme ne vit pas seulement de pain, de contrats."

KOZ

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Un peu plus tard, Edouard Philippe s'est rendu au mémorial des soldats français morts au combat à DBP déposer une jolie gerbe de fleurs. Lui mis à part, étaient présents 2 anciens paras en civils, 2 soldats en uniforme, un troisième en " grand Blanc ", 2 mecs en civils et une bonne cinquantaine de journalistes et photographes. Nul Marseillaise, nul hommage, Edouard Philippe n'a pas prononcé un mot...


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D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@yahoo.fr

lundi 7 mai 2018

Anniversaire(S)...

Il semble bien plus facile de célébrer le premier anniversaire de l'arrivée au pouvoir - et on sait dans quelles circonstances - du jeune Macron que de commémorer la chute de Dien Bien Phu le 7 mai 1954.

Le 7 mai 2017, un jeune trou duc devenait président de la République Française. Le soir même, on savait à qui on aurait à faire:

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Un an plus tard:

Le 7 mai 1954, la cuvette de Dien Bien Phu tombait:

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Lors de la bataille de Dien Bien Phu, 14 000 militaires français firent face à l'assaut de 80 000 Viêts. Les pertes françaises s'élevaient à 2 293 morts et 5 195 blessés. 11 721 militaires français et auxiliaires furent faits prisonniers, 7 801 trouvèrent la mort en captivité ou furent portés disparus, seuls 3 290 survécurent à l'enfer Viêt Minh et à la longue marche, dont mon père.

Image associée
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vendredi 22 septembre 2017

L'hommage au Para.

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Avant hier, j'ai emmené l'Ancien à l'enterrement d'un gars que je ne connaissais pas. L'Ancien, non plus, ne le connaissait pas mais on lui avait demandé d'aller dire quelques mots sur le défunt. Arrivés à l'église, je remarque une bonne vingtaine d'anciens combattants, à la louche entre 50 et 75 ans, en uniforme et arborant leurs placards de médailles, le béret rouge sur le crâne. Il y avait aussi quelques porte-drapeaux. Aucun d'entre eux ne connaissait l'homme qu'ils venaient honorer. Ils venaient, par leur présence, rendre hommage au soldat de 1ère classe T., chevalier de la Légion d'Honneur, croix de guerre avec palme, rendre hommage à l'un des leurs: un ancien militaire, un para, un combattant.

Le gars en question, 84 ans, était un ancien parachutiste de l'ex Bataillon des Parachutistes Coloniaux. Il s'était engagé à l'âge de 18 ans pour servir la France et, de fait, aller se battre en Indochine. Quelques jours avant la chute de Dien Bien Phu et alors que tout le monde savait que la fin était aussi inéluctable que proche, les généraux français continuaient d'ordonner des parachutages d'hommes et de matériels sur la cuvette. Les hommes qui sautèrent, tous volontaires et pour la plupart n'ayant jamais sauté plus d'une fois, savaient pertinemment qu'une fois à terre il n'y aurait qu'une alternative: la mort au combat ou être fait prisonnier par le Viet Minh. Des héros et le meilleur exemple de ce que pouvait être la bravoure militaire ainsi que l'engagement.

C'est bien évidemment ce qui arriva au 1ère classe T., 19 ans le jours du saut. Après avoir sauté de nuit et s'être battu au corps à corps, il fut fait prisonnier et comme des milliers de camarades eut à marcher des dizaines voire des centaines de kilomètres pour rejoindre les camps. Il resta prisonnier près d'une année avant d'être enfin libéré. Environ 11 000 hommes furent faits prisonniers lors de la chute de DBP, seuls 3 300 furent restitués par le Viet Minh, les 7 700 autres moururent dans des conditions souvent épouvantables: marches interminables, travaux forcés, sous-alimentation, mauvais traitements, conditions climatiques...

Cet épisode, ces largages inutiles, comme tant d'autres de cette période, ont quasiment disparu des livres d'Histoire; même l'armée d'aujourd'hui et ses plus hauts responsables ont du mal à se souvenir et font bien peu d'effort pour entretenir le devoir de mémoire. Heureusement, il y a encore des anciens combattants, des jeunes et des moins jeunes, qui sans forcément connaître personnellement ceux qui partent, pallient cette indifférence et cette absence de reconnaissance officielle en allant rendre hommage à ces frères d'armes.

Au milieu de la cérémonie fut lue la prière des paras, tous les anciens combattants se levèrent, et eux seulement, mirent leur bérets, se mirent au garde à vous et tous la récitèrent d'une seule voix. Je fus surpris de constater que l'Ancien aussi la connaissait... Je vous garantis que dans l'église, pleine à craquer, ça frissonna grave.


Je m’adresse à vous, mon Dieu
Car vous donnez
Ce qu’on ne peut obtenir que de soi.
Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste,
Donnez-moi ce qu’on ne vous demande jamais.
Je ne vous demande pas le repos
Ni la tranquillité,
Ni celle de l’âme, ni celle du corps.
Je ne vous demande pas la richesse,
Ni le succès, ni même la santé.
Tout ça, mon Dieu, on vous le demande tellement,
Que vous ne devez plus en avoir !
Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste,
Donnez-moi, ce que l’on vous refuse.
Je veux l’insécurité et l’inquiétude
Je veux la tourmente et la bagarre,
Et que vous me les donniez, mon Dieu,
Définitivement.
Que je sois sûr de les avoir toujours
Car je n’aurai pas toujours le courage
De vous les demander.
Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste,
Donnez-moi ce dont les autres ne veulent pas,
Mais donnez-moi aussi le courage,
Et la force et la foi.
Car vous êtes seul à donner
Ce qu’on ne peut obtenir que de soi


A la sortie, je ne pus m'empêcher de penser ainsi: aurais-je été capable de m'engager, de sauter en sachant pertinemment que... Et les jeunes d'aujourdhui, seraient-ils capables d'un tel sacrifice ? ...

Folie passagère 3436
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France, 2019.