Je ne pensais pas avoir le temps de venir par ici ce week-end. Surchargé. Et puis le truc m'est arrivé en pleine tronche, ce soir, vers 19h30. Rien ne se fait impunément: Une soirée totalement délire hier et le retour de bâton aujourd'hui; Jacques est parti. Mon ami Jacques s'en est allé soudainement à 65 ans. Aussi soudainement qu'il était entré dans ma vie en 1988. En Guyane. C'est internet qui m'a prévenu...
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| ( Sur le Newport Clipper en 1988 ) |
J'ai rencontré Jacques en 1988, à Kourou, il était alors barman en chef sur un bateau de croisière, le Newport Clipper. Un barman fou, un barman à cocktail... cocktails en tous genres, classiques ou inavouables. Depuis ce jour-là, kilomètres ou pas, de près ou de loin, on ne s'est jamais quittés. Plus tard, tu fus LE barman du Métro, LE bar de Cayenne: le TG²V, Téquila, Gin, Get, Vodka, j'te jette tout ça dans le même verre... Secouez-moi, secouons-nous.
Il y avait du Tati dans ce Jacques: de la folie, de la gentillesse, de la déjante, du loufoque, du très grand. On a, à cette époque, souvent pris le train ensemble, des rails et des rails. On a fait des fêtes à se mettre la tête à l'envers. Tu te souviens, mon pote, de ces petits pains en forme de bites que tu avais fait confectionner pour ce dîner d'anthologie, route des Plages. Tu te souviens, de là où tu es, de la Belle Époque, soirs de concert au Polygone: Goldman, Nougaro. P'tain de Nougaro, il l'avait mis à sac le resto, on s'était joint à lui. Jacques, un beau jour, avait décidé de " construire " sur la route de camp Caïman, une petite bicoque sympa, un carbet au bout de la piste en latérite. Elle est goudronnée maintenant. Tu t'étais fait rouler par les proprios parce que t'étais trop couillon pour faire confiance autrement qu'en se tapant la pogne, comme les maquignons. Alors, t'étais rentré sur Cayenne, reprendre le boulot et finir de dilapider ton héritage, ses merveilleux diamants.
On est parti au Vénezuela avec Jacques, mon, pardon, notre Jacquouille, c'est comme cela que quasiment tout le monde le surnommait; quelles vacances, quelle folie, quelle démesure. Buick et palace. Avec la Jacqueline et l'autre, ce fou furieux de chercheur d'or, Benoit ou Bruno, je ne sais plus.
Et la vie a suivi son cours, avec des hauts et des bas. Comme moi, t'es rentré en métropole. On a laissé la forêt, la rivière, la Guyane, on lui a tourné le dos sans jamais l'oublier. Et on a continué à refaire le monde. Tu t'es retrouvé à Accous, moi à Paris. Comment s'appelait-il ce bar de la rue Saint-Denis où tout le monde te connaissait ? Le N° 1, le Club ? Ces soirées foldingues; celle à tout casser avec un mec et sa gonzesse, peu trop connus du grand public en ce temps-là, David et Cathy Guetta... Et puis pour toi les Pyrénées, le fin fond des Pyrénées, avec ta douzaine de chats, tes fleurs, tes plantes et tes petits larcins en proche Espagne pour arrondir tes fins de mois; et moi qui continuait de voyager.
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| ( Accous, 2006 ou 2007 ) |
Par deux ou trois fois, je suis venu te voir là-bas. Ce furent toujours de bons moments, de grands et de précieux moments. Et par téléphone, par emails, par facebook interposés, on a toujours gardé le lien. Je te rappelle, mon Jacquouille, que je devais aller te voir à Toulouse puis à Accous, cet été, ce putain d'été pluvieux hollandais; on en avait parlé, il y a à peine 3 semaines. Sauf que, Jacques, t'es un putain d'enculé de ta race, t'es parti sans prévenir. En lousdé. Sans rien dire. C'est pas réglo, ça. C'est peut-être bien la seule fois en 24 ans où je t'en veux. Tu fais chier Jacquouille, c'est pas un âge pour partir. Sans crier garde ou au secours.
Tu vas me manquer Jacquouille. Vraiment.
Folie passagère 1258.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

