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vendredi 20 février 2015

Jours fériés: le mieux serait de ne surtout rien changer


Dans le projet de loi pour la croissance et l'activité, dite loi Macron, il y a ce fameux amendement adopté en catimini prévoyant de remplacer dans les Dom-Tom des jours fériés chrétiens par des jours fériés dédiés à d'autres religions. Ne cherchez pas le rapport entre les jours fériés confessionnels, la croissance et l'activité, il n'y en a pas. Il s'agit juste , selon le député de Guyane Gabriel Serville, d'adapter le calendrier aux pratiques culturelles et cultuelles des territoires ultramarins.

Pour les promoteurs de ce changement, il s'agit, je cite, " de concrétiser le Vivre-Ensemble, de célébrer les identités multiples mais de ne surtout pas opposer les cultures " Ben voyons ! Le tout étant de savoir si ce qui semble possible dans les DOM-TOM est possible en métropole et surtout dans le climat actuel... Voilà ce qu'en pense André Bercoff, j'aime assez, même si, enfin bref, lisez:
" Donc, à La Réunion comme en Guadeloupe, à Mayotte comme en Guyane, on remplace. Rassurons-nous: il ne s'agit pas du Grand Remplacement qui obsède l'écrivain Renaud Camus et ses partisans, mais l'introduction d'un multiculturalisme affiché dans le blason des jours fériés. 
Comme le chantait à peu près Georges Moustaki: donne du rhum à tes DOM. En l'occurrence, le rhum ne se dégustera plus si le lundi de Pentecôte est remplacé par l'Aïd El Kebir, ou l'Assomption par une grande fête dédiée à Kali, ou encore la Toussaint qui cèderait la place à Divali et l'Ascension à Vaval. C'est le triomphe du fêter-ensemble amené subrepticement mais résolument dans le train de la loi Macron. Dans ces îles et ces territoires où le soleil ne se couche pratiquement jamais, où le mille-feuilles des ethnies et des religions est institutionnalisé depuis longtemps, pourquoi ne pas faire place à la célébration d'autres divinités que celles du Nouveau Testament? 
La question a sa logique et sa légitimité. Reste que le problème est de savoir jusqu'où ira le déshabillage des rituels chrétiens au service de l'apparition de nouveaux costumes religieux ou païens, ethniques ou communautaires, et surtout sa limite géographique. Car il n'y a vraiment aucune raison pour que la «diversité» ne s'étende point à notre Hexagone national. Après tout, puisque l'on recherche ici avec assiduité, le vivre-ensemble et le multiculturalisme apaisé, les diverses composantes du pays sont en droit, même si elles sont minoritaires, de réclamer, deux ou trois jours par an, de pouvoir imposer les rites et les rythmes de leurs croyances à tout le pays. Tout cela serait bel et bon si en ce moment ne prospéraient pas ces tensions communautaires et ces dissensions culturelles, qui, tous les jours que le Bon Dieu fait, se rappellent désagréablement à notre attention. 
Les fêtes chrétiennes célébrées en France depuis plus de 1500 ans doivent-elles finir au magasin des accessoires, comme de plus en plus d'églises s'effondrant lentement mais sûrement de vieillesse et d'abandon? C'est un point de vue. Mais il faudrait pour cela que les citoyens soient autrement consultés que sous la forme d'un amendement voté à la sauvette. Ce n'est pas parce que la classe politique meurt de trouille à l'évocation même d'un referendum que les Français, là-dessus comme ailleurs, ne doivent pas exiger de faire entendre leur voix." ( André Bercoff pour le Figaro )
Dès lors qu'en France nous avons accepté de céder une partie de notre espace culturel à des populations de religions différentes, je ne vois pas effectivement pourquoi on refuserait aux autres religions d'avoir leurs jours fériés. Parce qu'il est évident, il suffit de lire la presse pour s'en rendre compte, que dès lors que cet amendement sera appliqué dans les DOM-TOM ( sous réserve d'un éventuel retoquage du Conseil Constitutionnel ), les suivez-mon-regard ne manqueront pas d'exiger la même chose. 

Reste à savoir: à quelles religions, on "donne" ces jours et combien, d'identifier les critères qui font que telle religion a droit à plus de jours fériés qu'une autre, quels jours fériés on supprime aux chrétiens, si les desouches et les défenseurs de la cause animale accepteront de ne pas travailler le jour de l'Aïd, etc, etc, etc... J'imagine d'ici le gros bordel que cela sera lorsque viendra, et il viendra, le temps d'en débattre.

Le plus simple serait de ne surtout rien changer mais ça, ce n'est pas progressiste !

Folie passagère 2667.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

mercredi 10 décembre 2014

Projet de loi Macron: Cautère sur jambe de bois


La loi Macron, vu comment on nous saoule avec c'est que cela doit être un truc vachement important. Suffisamment important pour qu'elle ait été baptisée "Loi pour la croissance et l'activité", suffisamment clivante pour qu'elle mette le bronx au sein de ce qui reste de majorité parlementaire. Ceci étant, si une simple loi permettait de retrouver de l'activité et de la croissance, ça se saurait et sans doute nos technocrates en auraient pondu des wagons. C'est d'ailleurs un peu ce qui se passe depuis deux ans et demi: on nous balance des chocs et des pactes qui tous mis bout à bout devrait permettre au pays de repartir de l'avant. Force est de constater que ce n'est pas pour l instant le cas: On continue de sombrer et seul le chômage se porte bien.

On nous dit que c'est une loi fourre-tout, une espèce de nouvelle boîte à outils qui mise à disposition des entreprises et de l'économie permettra de nous sauver et, j'en doute, de satisfaire aux desideratas de Bruxelles. Voyons donc voir ce qu'il y a dans ce fourre-tout:

- L'assouplissement du travail le dimanche et la nuit,
- La libéralisation du transport par autocars,
- Favoriser la concurrence en libéralisant l'arrivée des nouveaux entrants (les débutants dans les professions, les nouveaux diplômés, ...) au sein des professions dites réglementées (huissiers, notaires,... mais curieusement rien sur les taxis) ainsi que l'encadrement des tarifs de ces mêmes professions en particulier en abaissant les tarifs des actes du quotidien et ceux des transactions immobilières,
- Une réforme de la justice prud'hommale avec à priori un renforcement de la défense syndicale et du pouvoir des inspecteurs du travail,
- Simplification des processus d'épargne salariale et d'actionnariat des salariés devant faciliter leur généralisation aux PME. Serait par contre supprimée la « prime de partage des profits » de Nicolas Sarkozy, qui obligeait les entreprises augmentant leurs dividendes deux ans de suite à une redistribution au profit de leurs salariés,
- La vente par l'Etat de quelques bijoux de famille comme les aéroports de Nice ou de Lyon, vente qui devrait permettre de récupérer entre 5 et 10 milliards d'euros, une partie servant au désendettement de l'Etat, l'autre serait réinjectée dans l'économie. Nul ne sait pour l'instant, sauf peut-être Macron et le gouvernement, quels seront précisément les actifs cédés.
- Relancer la concurrence au sein de la grande distribution ( je me marre)
- Des mesures de simplification issues sans doute du choc de simplification, mesures dont nous n'avons pas pour le moment le détail. 

D'autres " bricoles " pourraient être ajoutées à ce projet de loi comme la renégociation des contrats autoroutiers pour faire baisser les tarifs et augmenter la rétribution de l'Etat, un assouplissement des règles pour les licenciements collectifs, la refonte du permis de conduire ou bien encore la possibilité pour le gouvernement de recourir aux ordonnances (sans passer par le Parlement) pour réformer la médecine du travail.

Ne me remerciez pas pour ces éclaircissements, c'est cadeau (source: Le Monde)

Une fois que vous avez lu tout cela, vous vous dites qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat et que ce n'est certainement pas avec ce patchwork de réforminouchettes qu'on fera baisser rapidement le chômage et que l'économie française repartira sur de bons rails. C'est suffisant néanmoins pour qu'une grosse partie de la gauche emmenée par Martine Aubry soit mécontente et qu'une partie de la droite trouve cela insuffisant. Le point d'achoppement principal semble être celui du travail le dimanche, les accessoires étant l'utilisation abusive du mot "libéralisation", le vilain gros mot qui insupporte les gauchistes qui se sont fait élire sur le programme de Hollande tel qu'énoncé lors du fameux discours du Bourget.

Personnellement, une fois n'est pas coutume, j'approuve l'ensemble de ces propositions même si je les juge largement insuffisantes. Cautère sur jambe de bois. Encore une fois, le gouvernement se contente de peu lorsqu'il s'agirait, vu l'état de nos finances et de notre économie, de faire un véritable aggiornamento économique, législatif et social: quid, par exemple, des seuils sociaux, des régimes de retraites et du report de l'age de départ à la retraite, des réelles économies promises, d'une vraie réforme du code du travail, quid des vraies réformes structurelles que tout le monde appelle de ses vœux mais que personne n'ose mettre en place...

Vent debout, la gauche passéiste (mais pas que) ne veut pas que l'on touche au travail le dimanche, la belle affaire, ils négocieront pour 6, 7 8 ou douze dimanches quand plus de 5 millions de chômeurs attendent de trouver un boulot. Les cons, se sont-ils aperçus que nous étions entrés de plein pied dans le XXIème siècle, celui de l'abolition des frontières économiques et de la libéralisation de tous les marchés? Même pas ou bien feignent-ils de ne pas le voir. Tout ce qui peut nous permettre d'améliorer notre compétitivité et de diminuer le chômage est bon à prendre; nos concurrents ne sont pas là pour nous attendre, ils se contentent de nous bouffer des parts de marché quand nous on pinaille sur quelques jours de travail supplémentaires ! Pauvres de nous !

La seule petite réjouissance dans tout ce fatras, c'est de voir la gauche de gouvernement proposer aujourd'hui ce qu'elle refusait de voter en 2008 lorsque le gouvernement Fillon proposa de réformer la législation sur le travail dominical. La gauche déposa à l'époque pas moins de 12 000 amendements pour un projet de loi qui ne comportait pourtant que 3 articles. La question est donc de savoir si les frondeurs et autres aubrystes mettront autant de cœur à l'ouvrage avec cette loi Macron dont on ne voit pas l'adoption avant au moins 6 à 8 mois ! C'est à peu près le temps nécessaire pour avoir 100 à 120 000 chômeurs de plus !

Sur ce bonne soirée, même....

Folie passagère 2564.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

France, 2019.