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mercredi 10 juin 2015

J'ai vu la vidéo de Vincent Lambert...


J'ai plusieurs fois parlé de Vincent Lambert sur ce blog autant, en quelque sorte, pour le soutenir que pour manifester mon opposition à l'euthanasie.

Dernièrement la CEDH (des juges donc) a rendu un avis favorable autorisant de mettre fin à la vie de Vincent Lambert. Ce faisant, la CEDH est en parfaite contradiction avec les grands principes pour lesquelles elle avait été justement créée au rang desquels: garantir le droit à la vie et l'interdiction de la peine de mort.

J'ai eu maintes fois l'occasion de fréquenter - et même de travailler avec pendant quelques temps - des personnes handicapées. Certaines de ces personnes étaient très lourdement handicapées. L'une de mes sœurs, décédée depuis, étaient l'une d'entre elles. Autant dire que je connais bien la question du handicap, que je suis sensibilisé à tout ce qui touche de près ou de loin le handicap et qu'il m'est impossible de rester indifférent au cas de Vincent Lambert.

J'ai visionné cette vidéo dont on parle depuis deux ou trois jours. On sait depuis comment elle a été tournée: par un ami de Vincent et avec l'accord de ses parents et d'un de ses frères. A priori, la femme de Vincent Lambert, favorable à ce que l'on mette fin aux jours de son mari n'a pas été informée de ce "tournage". Les déclarations qu'elle a faite ne laissent aucun doute sur son désaccord, elle en a été scandalisée.

Le procédé utilisé pour cette vidéo est pour le moins douteux: on ne sait (forcément) si Vincent Lambert était d'accord pour être filmé et son épouse n'avait pas donné le sien. Je désapprouve donc.

Quasiment toutes nos chaînes de télévision l'ont diffusé. Certaines en floutant le visage de Vincent au nom du droit au respect de la dignité humaine, d'autres non. On constatera que les chaînes ayant flouté le visage de Vincent et qui n'ont quasiment rien diffusé de cette vidéo sont des chaînes que l'on dira de gauche, progressistes donc...: entre autres, France 2, France 3 et Itélé.

Je disais désapprouver cette vidéo et sa diffusion et c'est bien pour cela que je ne vous l'ai pas copié-collé ici (ceux qui veulent pourront bien la trouver par eux-mêmes)... Mais peut-on un instant penser à la souffrance que doit représenter ce combat pour que ceux qui ont fait et permis cette vidéo en viennent à utiliser pareil procédé ?

Je disais désapprouver cette vidéo... Mais après l'avoir vu et revu une deuxième fois, avec attention et avec la sensibilité que j'évoque plus haut, je me demande bien comment certaines personnes osent réclamer que l'on mette fin à la vie de Vincent Lambert.

Folie passagère 2803.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

mardi 24 juin 2014

Le Conseil d'Etat a décidé : Vincent Lambert doit mourir

(Vincent Lambert,  CHU de Reims, 2012)

Qui pouvait en douter, c'est tellement dans l'air du temps. Comme on dit... 

"Vincent Lambert ne sera pas maintenu artificiellement en vie. Le Conseil d'État l'a décidé. Après quatre jugements en faveur de son maintien en vie en un an et demi, la justice française a validé la légalité du processus de mort entrepris par deux fois par le CHU de Reims, ordonnant ainsi l'arrêt de l'alimentation de ce jeune handicapé, devenu tétraplégique après un accident de la route en 2008. Les dix-sept juges ont ainsi suivi la position du rapporteur public Rémi Keller, qui, vendredi dernier, avait préconisé l'arrêt des soins de Vincent Lambert. Le Conseil d'État a jugé que sans capacité de communication, avec un état de conscience dégradé et aucun espoir d'amélioration, le maintien de l'alimentation et de l'hydratation du jeune homme avait pour seul effet de le maintenir artificiellement en vie, ce qui constitue pour eux une «obstination déraisonnable», contraire à la loi. (...)."

Peu importe la position que l'on peut avoir vis à vis de l'euthanasie, voilà que c'est à l'Etat que l'on demande de se prononcer sur la vie ou sur la mort d'un individu. L'Etat, encore et toujours, toujours plus intrusif, toujours plus prégnant. Et ces mots qui ont quelque chose d'insupportable: Le conseil d'Etat a décidé,  la justice française validant la légalité d'un processus de mort,... Lisez ces mots à voix haute, entendez-vous ? L'Etat décide, la justice valide un processus de mort. Cette même justice, ce même Etat qui s’enorgueillissaient d'avoir aboli la peine de mort en 1981. Trente ans après, un père, une mère et une partie de la fratrie perdent leurs droits à continuer un bout de chemin avec Vincent parce que l'Etat et la justice en ont décidé ensemble. 

Vincent qui n'avait jamais exprimé par écrit quelles seraient ses volontés au cas où...

Beaucoup de dégoût et de colère à l'annonce de ce jugement. "Obstination déraisonnable" qu'ils ont dit et n'est-ce pas complètement déraisonnable que l'Etat et des juges interviennent dans une pareille histoire ? N'y-a-t-il pas une obstination totalement déplacée de la part des juges à se mêler à ce point de l'intimité d'une famille. Pouah !

Combien de temps faudra-t-il attendre avant qu'il ne s'invite plus encore, l'Etat, dans nos foyers, dans nos vies, dans nos chambres ? A quand la fin de vie décidée en haut lieu d'un enfant avec une maladie "incurable" (comme en Belgique) ? A quand la validation d'un processus de mort pour des personnes lourdement handicapées ? Quand cesserons-nous de déléguer à cette puissance supérieure les responsabilités que l'on ne veut pas prendre ?

Non, ce n'est pas juste, ce n'est pas à un Etat sans foi ni amour que l'on peut demander de valider un processus de mort sur un ami, un frère ou un compagnon.

Je ne sais plus quoi dire si ce n'est qu'avec ce genre de décision, l'avenir n'est pas serein. N'est-ce pas Mauricette ?

Folie passagère 2345.
D'accord, pas d'accord: atoillhonneur@voila.fr

mercredi 12 février 2014

Veillée funèbre avant condamnation(s) à mort


Non, ce billet ne sera pas drôle. Parce qu'il ne peut pas l'être. Parce qu'il y sera question de vie et de mort et qu'entre les deux, j'ai toujours eu une nette préférence pour la première, partant du principe que tant qu'il y a de la vie , il y a de l'espoir quand la mort rime avec le mot fin.

Demain, deux décisions importantes seront prises; l'une chez nous, l'autre, juste à côté chez nos voisins belges.

En France, demain, le Conseil d'Etat se réunira pour décider du sort de Vincent Lambert. Des juges administratifs décideront, ou non,  de condamner à mort quelqu'un qu'ils ne connaissent pas, qu'ils n'ont jamais entendu, encore moins rencontré. De Vincent Lambert, ils ne sauront que ce que les dossiers qui leur ont été transmis auront bien voulu leur apprendre: l'avis des médecins traitant et les désirs contradictoires d'une famille qui se déchire sur le sujet. Et aucun élément tangible ne permettra à ces juges d'évaluer le degré de volonté du principal intéressé d'en finir, ou pas. Vincent Lambert, d'après ce que l'on nous en dit, est en "état de conscience minimale" et rien ne permet, toujours d'après ce que l'on nous en dit, d'estimer son état de souffrance. Ce que l'on sait aussi, c'est qu'il y a toujours dans ses yeux un regard. Un regard qui ne dit pas oui et qui ne dit pas non à une fin de vie anticipée. Famille et médecins n'ayant pas réussi à se mettre d'accord, des juges, oui, des juges, décideront peut-être d'autoriser la mise à mort d'un être humain. La justice décidera... Désolé, tout cela m'insupporte.

La vie, toujours, la vie.

En Belgique, demain aussi, le parlement devrait adopter sans problème et une bonne fois pour toute la loi autorisant le recours à l'euthanasie sur les mineurs sans limite d'âge. Remplaçons le mot mineur par le mot enfant. Demain, la Belgique validera une loi autorisant l'euthanasie pour les enfants atteint de maladies incurables ou vivant des souffrances inapaisables. On nous dit que c'est une loi à portée humaniste et que cette loi prévoit que l euthanasie ne sera pratiquée qu'avec des mineurs enfants "capables de discernement" (sic) ! Est-on capable d'un réel discernement lorsque l'on est en état de souffrance inapaisable, lorsque l'on a dix ou douze ans. On nous dit que cela ne concernera, peut-être que dix ou vingt cas par an... Juste 10 ou 20, pas grave, une quantité négligeable... Ne peut-on pour 10 ou 20 cas se concentrer sur des soins palliatifs et l'accompagnement à la fin de vie ? Non, légaliser l'euthanasie pour les enfants, c'est mieux, c'est moins cher, c'est plus rapide, c'est plus humain! Fucking world ! Fut un temps où la simple évocation des pratiques eugénistes des nazis suffisait à nous horrifier; aujourd'hui, quelques 70 ans plus tard, les Belges - nous demain? - sont sur le point de les moderniser, de les "humaniser". Ne pensent-ils pas depuis quelques temps déjà à légiférer pour rendre possible l'euthanasie des personnes atteintes de maladies mentales ou de la maladie d’Alzheimer ? La Belgique demain, à quand la France ? Quoi ? Cela ne se fera jamais en France ? Vous verrez que dans cinq ou dix ans, nos progressistes diront ça se fait bien chez les Belges, c'est aussi ce qu'ils on dit pour le mariage pour tous... Demain, le parlement belge va adopter une loi à "portée limitée" qui autorisera la mise à mort médicalement assistée "d'une poignée d'enfants". Que de contradictions et d'inhumanité dans les mots choisis... Désolé à nouveau, cela m'est insupportable.

La vie, toujours la vie, avant tout.

Me faudra-t-il boire ce soir pour ne pas penser à demain ?  

Folie passagère 2136.
D'accord, pas d'accord: atoillhonneur@voila.fr

mercredi 15 janvier 2014

Peine de mort pour Vincent Lambert ?


Vous avez peut-être entendu parler de Vincent Lambert, ce jeune homme de 38 ans  qui, suite à un accident de la route, se trouve depuis 5 ans dans un état de conscience minimale. Conscience minimale ... pas mort clinique, pas mort cérébrale, pas total légume, il arrive encore à s’exprimer, nous dit-on, avec le regard. C'est important le regard, tant de choses passent au travers d'un regard... 

Selon le corps médical, " l'état de Vincent Lambert lui permet une certaine interaction avec l'environnement, par la vue notamment, sans pour autant être sûr qu'il intègre correctement les informations sensorielles".  "Sans être sûr"... ça veut dire quoi ? Que peut-être que oui, peut-être que non ? 

Selon l'avocat des parents de Vincent: "Vincent est handicapé, il n'a pas de maladie incurable, la loi Leonetti ne s'applique pas à son cas". 

"Il bouge les yeux, ressent la douleur, sans qu'il soit possible de savoir s'il comprend ce qu'on lui dit." 

Il paraît qu'avant son accident, il aurait exprimé oralement la volonté de ne pas être victime d'acharnement thérapeutique, si par malheur il devait être réduit à l'état de légume. Moi aussi, ça m'est arrivé de dire: " si jamais... " 

Son état étant considéré comme stationnaire et non évolutif - on me permettra de faire simple - les médecins ont décidé de suspendre une première fois son alimentation (mais pas son hydratation) ce qui aurait entraîné sa mort au bout de quelques semaines si une partie de sa famille, ses parents et l'une de ses sœurs, ne s'y étaient pas opposés, appuyés en cela par une décision de justice. Après plusieurs réunions de famille qui ne permirent pas de dégager un consensus, les médecins "soignants" ont décidé unilatéralement, samedi dernier, d'arrêter les traitements d’alimentation et d’hydratation de Vincent. Les parents, catholiques pratiquants, s'y sont une nouvelle fois opposés et ont du demander, et obtenu, un référé-liberté au tribunal pour stopper la procédure de mise à mort et accessoirement le transfert de Vincent dans un autre hôpital. 

Un tribunal administratif, je répète, un tribunal administratif, sera donc amené à se prononcer, en principe définitivement, demain jeudi, sur l'éventualité de donner à l'équipe médicale le "droit" d'abréger le supposé calvaire de Vincent: euthanasie passive que cela s'appelle...

Nous voici donc avec le cas tragique d'un homme qui n'est pas légume, qui perçoit "peut-être" et qui, parce que sa famille n'a pas été foutu de se mettre d'accord et parce que l’euthanasie semble être la solution "la plus facile" pour régler le problème va être éventuellement condamné à mort par la justice...

Pour une partie de la famille dont l'épouse de Vincent, il y aura peut-être soulagement, il sera en paix. L'autre partie de la famille n'aura, peut-être, selon le jugement rendu, qu'à accompagner Vincent dans ses derniers instants... dans la douleur ou la peine.

Demain, la justice, un tribunal administratif, rendra peut-être un verdict étonnant: La peine de mort pour Vincent. Sans que celui-ci ne soit coupable de rien du tout, si ce n'est de "vivre" encore.

L'histoire de Vincent a été largement médiatisée et ce billet pourrait prouver que ce n'est pas avec ce genre de médiatisation que le public est à même de se faire une opinion précise sur le sujet douloureux et émotionnellement éprouvant de l'euthanasie. Et pourtant, dès lors que c'est à la justice que l'on a demandé de statuer sur le sort de Vincent, nous ne pouvons plus laisser le débat sur l'euthanasie se régler uniquement entre spécialistes ou quelque échantillon soi disant représentatif de la population.

Nous vivons dans un monde étrange où c'est à la justice que l'on demande si un homme doit mourir. Ou pas.

Folie des hommes...

Folie passagère 2088.
VincentLambert
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

France, 2019.