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lundi 8 janvier 2018

A quand la fin de ces commémorations qui n'en finissent pas ?



En France, on aime bien commémorer. On aime bien " se souvenir ". Les commémos, c'est un merveilleux outil de com' pour les gens au pouvoir: Voyez, les gens, on n'oublie pas et on est avec vous, on est comme vous, le chagrin et la douleur nous rassemble ! C'est aussi simple que cela. Et ça marche, ça donne de belles images dans les JT.

Il y a bien sûr les journées du souvenir: les armistices et les fins de guerres; celles-là, je les aime bien, on ne rend jamais assez hommage à ceux qui ont donné leur vie pour la Nation quand bien même, bien souvent, ils l'ont fait contraints ou forcés. Il y a les journées mémorielles, celles-là je ne les aime pas tant elles ne servent qu'à être instrumentalisées et récupérées politiquement: la journée pour l'abolition de l'esclavage, par exemple.

Et puis, il y a celles qui ne devraient pas me déranger mais qui finissent par me gonfler un brin. Tenez, depuis deux, trois jours, elles se succèdent: les " anniversaires " des attentats contre Charlie, contre l'hyper cascher, la mort de tel policier ou de telle policière; qu'on me pardonne, malgré le battage médiatique, leur nom m'échappe. 2015, les Kouachi et Coulibaly se déchaînent et de leur islamo-folie, il ne restera que des cadavres, des blessés et des gens traumatisés. Okay, paix à leurs âmes, compassion pour toutes les victimes, les blessés et leurs familles. Mais faudra-t-il chaque année commémorer ? Faudra-t-il chaque année donner l'occasion à nos ennemis de se réjouir à la vue des mines déconfites des autorités qui, empreintes (?) de solennité, s'en vont déposer des gerbes devant une, puis deux, puis trois, puis quatre plaques, le tout au pas de course ?

Et puis, ce qui serait bien, c'est que quitte à faire, faudrait voir à n'oublier personne... Charlie, l'hyper cascher, ça va, on ne risque pas d'oublier, y a tout le lobbying derrière pour qu'on n'oublie pas. Le père Hamel, on n'oublie pas non plus: un prêtre égorgé dans une église, ça marque les esprits... Mais, tiens donc, pourquoi le pauvre Hervé Cornara, assassiné lui aussi par un muzzz en décembre 2015, n'a-t-il eu droit à rien du tout, même pas un déplacement présidentiel ? Pas rentable, pas utilisable médiatiquement ? Saint Quentin Fallavier trop loin de Paris ?

Quant à la rue des Rosiers, y a belle lurette que nos présidents n'y vont plus.

2015, 2016, 2017, 2018 et hop rebelote, le cirque médiatique recommence. Un coup avec de grands discours, un coup sans. Certes, je comprends que nos présidents, maires,  mairesses et autres préfets se sentent obligés de faire un truc tant la crainte du scandale les étreints si d'aventure ils ne faisaient rien mais tout de même... Croyez-vous que l'Hidalgo ou son Julliard de toutou en aient quelques choses à cirer de toutes ces victimes hormis le bénéfice d'une présence médiatisée ? Cheval qui vainc le dragon avait à peine déposé sa gerbe, oups, pardon, sa couronne de fleurs, que déjà il s'envolait pour la Chine déléguant à son Premier le soin d'aller fleurir Clarissa; pauvre Clarissa qui sera la seule cette année à ne pas avoir droit à Jupiter.

2019, 2020, 2021, 2022,... et combien de temps comme cela ? Surtout que ça coûte un bras toutes ces commémos: imaginez ce que peut représenter en hommes, véhicules et matériels le déplacement d'un Prez ou de son Premier, c'est faramineux ! Bon, vous me direz, c'est pas cher, c'est l'Etat qui paie mais tout de même...

2025, 2026, 2027,... On continue ? Qui en aura encore à cirer de Charlie ? Déjà que moins de trois ans après, une grande majorité de Français ne se sent plus Charlie, alors imaginez en 2028.... Et puis d'ici là, on s'en sera peut-être pris une bien plus sévère... qui faudra, elle aussi, commémorer.

Non, le truc le plus simple à faire, ce serait d'organiser une fois par an, une journée du souvenir pour toutes les victimes des attentats, un grand barnum qu'aurait de la gueule, on oublierait personne et ce serait beau. Je suis sûr que les familles y trouveraient leur compte. Il n'y a que les politiques qui sans doute s'en accommoderont moins: de la compassion, une fois par an, c'est un peu léger question cote de popularité !

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D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@yahoo.fr

mercredi 21 janvier 2015

Et tant pis si personne ne lui donna du Monsieur



Ainsi Lassana Bathily est devenu hier un Français. Président l'avait promis: " Sa naturalisation serait traitée avec le respect dû à son héroïsme ". Il était Malien sans papier, le voici Français de papiers. Grand bien lui fasse, je suis content pour lui. Cela faisait si longtemps qu'il voulait le devenir et que gouvernements de droite comme de gauche s'y étaient opposés malgré ses nombreuses demandes. Il aura fallu le massacre à l'hyper-casher et un comportement  héroïque, nous dit-on, pour que cela fut enfin fait. Soit. Une cérémonie républicaine et forcément citoyenne fut organisée pour l'occasion au ministère de l'Intérieur.

Mais autant vous dire que je n'ai pas aimé du tout, mais alors pas du tout ce que j'ai vu de cette cérémonie. Un monument de récupération nationale orchestré en grande pompe par l’exécutif. Dès le matin, le ministère l'annonçait sur twitter: Oyez, oyez, brave gens, ce soir Lassana deviendra français. Vous pourrez assister en direct aux réjouissances sur notre tweet line. La cérémonie sera aussi retransmise en direct sur le site internet du ministère. Elle sera aussi diffusée en direct et en quasi intégralité par Itélé et BFM. Françaises, Français, vous n'y échapperez pas. Alors on a réuni le ban et l'arrière ban de la République, on a demandé à des sénateurs et députés d'y assister, ils s'y sont pressés, les journalistes aussi. On a demandé aux représentants des principales religions d'être là, ils y étaient donc. Un ministre ne suffisant pas, on fit venir le premier d'entre eux, puis ceux de la Justice et de l'éducation nationale. La grande classe, les petits plats dans les grands, salon d'honneur, petits fours et grands discours convenus, le genre de truc qui fait écrire au Monde: " Mardi 20 janvier, la France a gagné un nouveau citoyen. Un chemin d'espoir pour tant d'immigrés qui rêvent un jour aussi de vivre ce moment. " Que les futurs récipiendaires ne se prennent pas à rêver, ce ne sera pas pour tout le monde dans les mêmes conditions.

Valls a parlé et a clairement dit que: " Le processus de naturalisation allait être relancé car c'est une chance pour le pays. " et que bien sûr la République savait récompenser les talents, les hommes libres et les braves ! " Vous êtes un des visages de cette France en l'honneur de laquelle ont défilé près de 4 millions de Français. " Cazeneuve y a été de son petit couplet: une petite pique au gouvernement précédent qui n'avait pas su reconnaître Lassana Bathily plus tôt, des compliments à s'en faire dessus et avant de lui remettre un passeport, une médaille et deux bouquins, un magnifique " Vous participez pleinement au projet de la France ! ". Sans honte, nous la jouant sincère, le même Cazeneuve ira de son petit couplet républicain en évoquant son père " instituteur de la République, réunissant des enfants de confessions différentes autour du savoir ", quand Valls n'hésitera pas à comparer l'aventure qui le lie à Lassana Bathily: Eux deux, des enfants d'ailleurs que la France a su accueillir... 

Lassana Bathily prit la parole sans doute très ému mais inaudible et bafouillant - preuve s'il en est que 10 ans de présence sur le territoire ne suffisent pas toujours pour apprendre la langue - ce qui nécessita en bas d''écran l'affichage d'une traduction, il était " debout à côté de l'orateur, son dos courbé comme un effet secondaire d'une haute stature, ou pour ne pas paraître plus grand que les deux ministres de la République" (Le Monde). Humilité incarnée, Lassana faisait pitié à voir, visiblement gêné par tant d'honneurs, emporté malgré lui par ce tourbillon médiatique et cette bandaison républicaine, objet contraint d'une récupération politique d’événements tragiques. Il dit, et je crois ici à sa sincérité, " Je ne suis pas un héros ", tant pis si la République en a décidé autrement. Et tant pis si personne ne lui donna du Monsieur...

Sous les applaudissements, la cérémonie s'acheva. Tout fut parfait; c'est d'ailleurs ce qu'ont du se dire nos ministres " tout s'est bien passé ". On supposera qu'une voiture républicaine aura ramené Monsieur Lassana Bathily en bas de chez lui dans ce que l'on imagine volontiers n'être rien d'autre qu'un simple gourbis que lui permettent ses maigres ressources. Dès aujourd'hui, tout le monde aura oublié Monsieur Bathily sauf ceux qui, dans les palais nationaux, feront les comptes: Combien de points de popularité gagnés ?

Folie passagère 2623.

D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

France, 2019.