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mercredi 22 octobre 2014

Que reste-t-il de la Bastille ?



Ah quelle était belle (poire) cette gauche le soir du 6 mai 2012. Il y avait de la joie, du bonheur, des rires, des chants, peu de drapeaux bleu-blanc-rouge, de l'espoir et des envies de maroquins, une géante communion, des pots de caviar que l'on ouvrait avec les dents, la bière qui fusait, le champagne qui coulait à flot : François Hollande avait gagné, la gauche avait gagné, la France avait vaincu le mal. Waouh, putain qu'ils avaient l'air tous heureux, les gauchistes ! Oubliées les primaires socialistes, Aubry avait fait la bise à François. Hamon, Assouline, Filippetti et Désir en faisaient dans leurs pantalons. Mélenchon avait appelé à voter sans conditions pour "une fraise des bois". Bayrou aussi demandait à embrasser "la gauche molle". Même La Marine y avait été de son soutien pour celui qui avait laissé, dit-on, "les chiottes du PS bouchées". Il n'y avait plus "de flou, plus de loup", ils étaient victorieux ! Pour un peu, nous les droitards, on les aurait envié si ce n'est cette petite dose de lucidité en plus que nous avons bien implantée, là où il faut.

Ils étaient grisés par la victoire, ivres d'un succès qui n'était pas tout à fait le leur. La petite gauche avait bu du petit lait en écoutant Hollande discourir au Bourget; les autres, les moins cons, avaient fait fi de toutes ces promesses démagos, seuls comptaient les palais nationaux dont les portes ne tarderaient à s'ouvrir en grand pour les accueillir: ministres, secrétaires d'Etat, députés, sénateurs. Ils s'y voyaient déjà; limousines, chauffeurs et petits ou gros privilèges que la République réserve aux vainqueurs. Peu importaient les trahisons, les fondamentaux, les convictions de gauche et les belles promesses: ils seraient enfin dans la place. Pour quoi faire ? On verrait "plus tard". En attendant, ils dansaient à la Bastille, chantaient et s'embrassaient sur l'estrade: Tous ensemble, tous ensemble !

Deux ans et demi plus tard que reste-t-il de cette fête ? Des serpentins jaunis dans les caniveaux, des confettis pisseux qui traînent encore ? Sans doute pas puisqu'il ne reste plus rien de ce Tous ensemble.

Il y eu Cahuzac, il y eu Morelle, il y a encore Thévenoud, Andrieux et Guérini. La "gauche morale " a explosé en vol. Président n'est plus une fraise des bois, c'est bien pire aujourd'hui: avec son Premier, et la politique conduite, "Ils menacent la République. Ils réduisent les capacités de la puissance publique et mènent le pays vers un immense désastre démocratique" (Benoit Hamon). Les rangs des Frondeurs s'épaississent à chaque nouveau vote à l'Assemblée. Filippetti "n'a de leçons à recevoir de personne" et certainement pas du premier secrétaire du parti socialiste auquel elle appartient encore. La bourgeoise de Lille, Aubry, en appelle à des changements de politique puisque depuis deux ans "on a tout faux". Montebourg est rentré à Frangy, marre qu'il en avait de "jouer la comédie" et de se faire entuber. Mélenchon et ses troupes vomissent le virage social-libéral de Président et offrent "l'asile politique" aux socialistes qui parlent trop. Cambadélis est inquiet et le dit avec toute la morgue dont il est capable: "Si le PS ne se reprend pas (...) nous serons rayés de l'histoire", il n'ose même plus mettre une majuscule à cette "histoire commune". Il en appelle à des états généraux du parti socialiste quand Manuel Valls, tout juste fait Commandeur de l'Ordre National du Mérite, annonce vouloir en finir avec l'appellation "PS", refuse de prononcer le mot "socialiste", en appelle à créer la "maison commune des progressistes" et vitupère "la gauche passéiste". La looseuse du Poitou n'en fait qu'à sa tête quand Filoche perd la sienne. Au PS, Les inimitiés resurgissent au grand jour à tel point que les heures les plus sombres du congrès de 2008 apparaissent avec le recul comme une péripétie comparées aux affres qui se dessinent pour celui de l'année prochaine. Le Président des sans-dents et des Français n'est plus que l'ombre de lui-même: Ils étaient 51% à l'avoir conduit au Château, ils sont 86% à ne plus vouloir qu'il se représente. Sur le radeau, ils ne sont plus que quelques affidés à tutoyer les méduses sans oser toutefois descendre dans le marigot d'une gauche en décomposition. Les leaders socialistes ont trahi la base et le pays, la base et le pays se pincent le nez et font la grimace. Cocus mais pas contents. La colère gronde de toutes parts. Les prochains scrutins s'annoncent comme de véritables branlées pour les socialistes. Ainsi ils récolteront ce pourquoi ils avaient labouré à l'automne 2011 et semé au printemps 2012: une incroyable escroquerie, une phénoménale entourloupe.

Et pas un pour rattraper l'autre: la base se sera fait berner, tant pis pour elle, elle n'avait qu'à pas être aussi crédule. Les caciques et autres z'élites socialistes auront entubé la base et les ralliés de la dernière heure, tant pis pour eux, on ne ment pas impunément. Oubliés les flonflons du 6 mai, fini le pain blanc, les socialistes sont au bord de l'implosion. Et c'est très bien ainsi, ras le bol des escrocs et des progressistes.

La vraie gauche s'en trouvera renforcée, l'UMP est en passe de faire peau neuve, le FN est en pleine érection et les socialistes, si tant est que cette appellation ait encore le moindre sens, en plein naufrage. Normal ! Président aura foiré sur toute la ligne.

Que reste-t-il du 6 mai 2012 ? A peu près rien.

Folie passagère 2507.
Image du Blog pauvrefrance.centerblog.net
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr
( gif animé réalisé par Pauvre France)

France, 2019.