Une lettre de Monseigneur de Germay, évêque d'Ajaccio, fait sensation ce matin sur la toile. Mgr écrit à ses ouailles pour leur demander de s'élever contre le projet du gouvernement de légaliser le mariage homosexuel. On se demande bien pourquoi, il ne l'a pas fait plus tôt, mais passons ! Sa lettre commence par: "
Il est difficile pour l’Eglise de ne pas réagir face à l’annonce faite par le gouvernement d’un projet de loi visant à élargir le mariage aux couples homosexuels." Jusque là, rien à dire, c'est dans la logique catholique. Je comprends la démarche. Il est dans son rôle; dans l'art peut-être, certainement pas dans la manière.
En effet, cela se gâte assez vite: " Dans ce débat, les arguments de bon sens ne suffisent plus. " Ah tiens donc; Mgr pourrait-il m'expliquer quels types d'arguments peuvent être utilisés lorsque ceux de bons sens ne suffisent plus ? Le dogme, la doctrine, la " loi " divine " ou " naturelle ", la menace d’excommunication, le sectarisme ?
Mgr poursuit: " Il faut donc que nous soyons capables d’expliquer en quoi l’union durable d’un homme et d’une femme pour fonder une famille n’est pas l’invention d’un type particulier de société mais est profondément inscrit dans la nature même de l’être humain. " J'oserai dire que cela fait au moins deux mille ans que l'Eglise cherche à expliquer la chose mais que visiblement, elle n'a pas su convaincre ni imposer cette " nature même de l'être humain ". Ne dit-on pas qu'il n'y a guère de mauvais élèves mais bien souvent de mauvais maîtres ? Alors certes, il faut un monsieur et une madame pour faire un mouflet mais force aussi est de constater que l'évolution de la société ne prend pas toujours, et heureusement, le même chemin que l'évolution naturelle.
Selon Mgr, l’État a légitimité pour unir un homme et une femme mais " il n’a pas à donner un statut équivalent à un mode d’union qui est stérile par nature et relève de choix privés ". Doit-on pour autant, en ce cas, laisser en déshérence statutaire les homos qui souhaitent vivre leur amour au grand jour, légalement et avec les mêmes droits que monsieur et madame ?
Après avoir écrit qu'il n' y avait plus d'arguments de bon sens, Mgr invite les cathos à utiliser d'arguments de raison " pour pouvoir entrer en dialogue avec ceux de nos compatriotes qui ne partagent pas notre foi ". La raison s'opposerait-elle au bon sens ? Bien heureux, il met en garde de ne pas utiliser de propos homophobes dans cet éventuel dialogue. Et le simpliste couplet de suivre: les homos sont nos frères en Jésus Christ mais " leur comportement [sexuel] n'est pas admissible ". Désolé Mgr, mais dès lors que je fais l'amour, ne serais-je plus en cet instant votre " frère " ?
S' ensuit le paragraphe habituel sur, selon lui, les dérives à venir une fois que le mariage gay sera légalisé: l'adoption, l'intégration de la théorie du genre, la fin de la famille naturelle ... Et le danger ultime: " les nouvelles idéologies vont permettre la déstructuration de la personne elle-même. Dans les deux cas, c’est la société tout entière qui se délite. " Mgr impose donc l'idée qu'en dehors de la foi catholique et en frayant hors des sentiers battus des lois naturelles, point de salut pour l'Homme. Cela reste à démontrer cependant. N'y aurait-il qu'une Vérité ? Celle de l'Eglise ?
Puis vient le bouquet final qui, par les mots employés, me fait me demander si, in fine, l'ennemi de Mgr ne serait pas l'homosexuel plutôt que cette évolution sociétale que représente pour lui le mariage de deux personnes de même sexe: " affligeant, déconstruction, catastrophes, mobilisation, dénonciation... " Et le pompon, la cerise sur le gâteau: " Il y a un travail énorme à réaliser pour aider les enfants et les jeunes (...) à repérer et écarter les contrefaçons de l’amour qui leur sont si souvent proposées ".
Il me faut à ce stade apprendre quelque chose à Mgr ( et à ceux que son discours séduirait ). L'homosexualité n'est pas à la carte, elle ne se choisit pas, elle s'impose. Je ne connais pas une personne qui ne soit devenue homo par sollicitation ou pour répondre favorablement à une quelconque proposition. L'homosexualité n'est pas un choix. Elle n'est pas acquise. On ( se ) fait avec. Peut-être bien même que si elle n'avait pas été si " stigmatisée ", considérée comme honteuse, pénalement et moralement réprimée pendant si longtemps, les homosexuels auraient-ils moins abusé d'exhibitions et bravé d'interdits pour se manifester, simplement pour montrer qu'ils existent.
L'homosexualité n'est pas uniquement une histoire de deux mecs ou de deux nanas qui s'envoient physiquement en l'air, qui jouent du téton, qui ouvrent des portes interdites ou qui baisent... L'homosexualité, c'est aussi, n'en déplaise à Mgr de Germay de belles histoires d'amour avec un grand A; exactement les mêmes que chez ceux dont le comportement " naturel " ne saurait être condamné par l'Eglise.
Non, l'homosexualité n'est pas une contrefaçon de l'amour. C'est la considérer ainsi qui serait contrefaçon de l'amour que tout chrétien se doit d' accorder à ses " frères " même différents.
Folie passagère 1291.