C'est parce que ma déjantée prof d'allemand nous amena voir le film Querelle, réalisé par Fasbinder, qu'aussitôt sorti de la salle, je n'avais qu'une idée en tête: acheter le bouquin à l'origine du film Querelle de Brest de Jean Genet. Ce fut chose faite dès le lendemain; je lus et relus ce bouquin sans doute au moins une dizaine de fois. A l'époque, j'avais 17 ou 18 ans, ce fut une vraie révélation. Je me foutais de Jean Genet, seules les aventures homosexuelles de Jo m’intéressaient. En ce temps là, au début des années 80, les lire, c'était transgresser; un peu comme acheter, pressé, presque honteux, le Gay Pied. Querelle, c'était, en quelque sorte, le moyen d'affirmer sans en avoir l'air ni trop le courage, mon homosexualité. La transposition de mes fantasmes d'homosexuel refoulé que j'étais alors.
J'en étais resté à peu près là avec Jean Genet. Je savais que c'était un personnage important de notre culture. Point barre. Jusqu'à ce qu'hier je tombe par hasard sur cela:
Le seul film que Jean Genet ait réalisé. Alors certes, la " chose ", l'objet du délit a vieilli, presque mal vieilli, je le trouve cependant magnifique. Sans doute aujourd'hui ce film ne ferait-il plus rougir grand monde. Mais nous étions en 1950 lorsqu'il tourna ce film. De la pornographie homosexuelle, jugeait-on à l'époque. Epoque où l'homosexualité était jugée comme une perversion, une époque où les homosexuels étaient souvent envoyés en prison pour la simple raison qu'ils étaient homosexuels. Toute manifestation publique de l'homosexualité était sévèrement réprimée. C'est pour cela qu'il fallut attendre 1975 pour que ce film soit diffusé... confidentiellement. Il fallu encore près de 30 ans pour que je le découvre !
Et c'est ainsi que depuis ce matin, je fouille, je me renseigne, je surfe sur le net pour savoir qui était Jean Genet. Étonnamment, je n'en avais jamais entendu parler en mal et pourtant d'après les diverses bios que j'ai pu lire, l'homme avait tout pour être maudit. Un peu comme Céline pour son antisémitisme. Genet fut considéré par les uns ( Mauriac ) comme une espèce d'ordure charmé par les milices fascistes et la beauté aryenne et comme un moraliste hors pair par d'autres ( Cocteau, Sartre ).
Un homme de gauche dirait-on aujourd'hui, un personnage ambigu: " Finalement, sa défense de l'homosexualité, sa dénonciation des prisons,
son soutien général aux mouvements anticolonialistes, son séjour aux
États-Unis pour défendre les Black Panthers ou son double séjour en
Palestine font de Genet le saint défenseur des opprimés pour les uns, et
pour les autres un savant manipulateur de ces mêmes opprimés qu’il ne
défendrait que par détestation de leurs prétendus « oppresseurs ». Cette
ambigüité n’aurait sans doute pas déplu à Genet, qui assumait
difficilement le rôle de tribun des déshérités. "
Depuis ce matin, je découvre Genet et c'est tout simplement passionnant. Comme quoi...
Folie passagère 1543.
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