mercredi 29 février 2012

Allo ? Vous êtes le12ème Monsieur X


Pour faire un bon billet ( sous-entendu qui soit énormément lu, relayé et agréable à lire ) aujourd'hui, il fallait parler de l'agression dont ont été victimes Pulvar et Montebourg par de supposés militants du FN. Cette agression est dégueulasse, certes, mais lorsque Dupont et Martin se font agresser, on en fait pas tout un plat. Donc, je vais vous parler d'autre chose; par exemple,de ce curieux coup de fil reçu à midi. Succès nettement moins garanti.

Nous sommes donc à table avec père et mère lorsque le téléphone sonne. Je décroche et une voix me dit:

- Bonjour, mon nom ne vous dira rien, je cherche à joindre M. X. Vous êtes le 12ème que je fais. M. X. était en 1964 à Mont de Marsan, il était commandant; en fait mon supérieur hiérarchique d'alors et je cherche à le joindre depuis un moment.

Assez surpris, je lui dis qu'il est au bon endroit et lui passe donc mon père, le M. X. en question. ( non sans brancher le haut-parleur ).

Mon père, tout aussi surpris par l'époque citée, 1964, prend donc l'appel et confirme être bien le M. X. recherché. Le monsieur explique donc que depuis quelques mois, il cherche à entrer en contact et qu'à l'âge qu'il a, 67 ans, il était temps que sa quête aboutisse. Visiblement, il semble content et nous tout étonnés. Mon père, après les politesses d'usage, demande tout de même les raisons et de cette recherche et de cet appel. Le monsieur répond:

- Vous ne pouvez pas vous souvenir de moi. je n'étais qu'un parmi les quelques centaines de vos subordonnés. Un simple sous-officier mécanicien. Vous étiez en ces lieux, place et époque, l'Autorité. Mais j'avais un truc important à vous dire qui me tenait à cœur...

( Nous nous regardons, un brin amusés, un brin médusés. Père n'a effectivement aucun souvenir de ce monsieur; un parmi 6 ou 700 gugusses qu'il avait sous ses ordres. Le monsieur est-il sérieux ? )

- Oui, Monsieur X., Je voulais vous dire qu'à l'époque, simple sergent, j'avais été fort impressionné par votre personne, votre comportement, votre façon de commander et de faire partager votre passion pour votre métier. Vous fûtes pour le reste de ma vie, un modèle, un exemple à suivre. Exemple que j'ai suivi puisque par la suite je suis devenu officier puis pilote d'avion, d'abord dans l'armée, puis dans le civil...

( Lorsque l'on sait la difficulté qu'il y a pour un sous-officier à devenir officier, pour un mécanicien à devenir pilote, la performance est louable. Mon père lui demande tout de même de clarifier - militaire un jour, militaire toujours -  les motifs de son appel. Le monsieur poursuit donc... )

- Au fait donc. Oui, M. X., mon appel n'a d'autre but que de vous remercier pour l'exemple que vous fûtes. J'ai toujours eu tout au long de ma carrière le souvenir de l'homme que vous étiez, de l'officier juste et compétent auquel il nous fallait obéir et faire confiance. Vous l'aurez compris, à l'heure de mettre mes affaires en ordre ( il nous glisse au passage qu'il est maintenant à la retraite et atteint d'un cancer ), il me fallait vous joindre, juste pour vous remercier pour le modèle que vous avez été. Merci donc...

Les politesses d'usage. Bis. La conversation s'achève et ni mon père, ni moi, avons eu le temps de noter le nom du monsieur; un monsieur qui aura attendu 48 ans pour dire merci.

Il fallait que la chose soit faite.

Rarement j'ai vu mon père aussi ému qu'aujourd'hui. A l'heure qu'il est, il se demande encore qui est exemplaire: lui pour le modèle qu'il aurait été ou ce monsieur qui, sans jamais oublier, attendit 48 ans pour dire merci.

Folie passagère 1071.
 
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L’église byzantine Saint-Louis de Paimbœuf, en Loire-Atlantique