Du temps où je travaillais avec beaucoup d'industriels de différents pays, ceux-ci me disaient souvent qu'ils se méfiaient du marché français: partenaires peu fiables, manque de rigueur, changements politiques et immixtion du politique dans le business, lourdeurs administratives, etc... Une bonne partie de mon boulot consistait à les rassurer: Dans ma boîte, on n'était pas comme ça... jusqu'au jour où un deal passé et signé avec une entreprise américaine fut annulé à cause de pressions politiques: un industriel Français (du côté de Limoges) fit pression suffisamment haut pour que l'on soit obligé de travailler avec lui quand bien même il était plus cher que celui que nous avions retenu; l'Américain évincé injustement ne manquât pas de nous rappeler qu'il avait raison de se méfier des Français... Pendant des années, sur ce marché précis, nous eûmes mauvaise réputation, grillés.
Deux événements bien distincts aujourd'hui ont fait resurgir cette anecdote.
Le premier c'est d'apprendre que Patrick Drahi, le financier français installé en Suisse qui veut s'offrir SFR malgré l'opposition de notre gouvernement montebourgeois, n'a pas annoncé depuis huit jours ses intentions qu'il se prend une enquête fiscale diligentée ouvertement par le gouvernement. Son tort ? Sans rien préjuger des résultats de cette enquête? Ne pas être le candidat souhaité par le gouvernement pour ce deal à plus de 11 milliards. Le meilleur conseil que je puisse donner à Patrick Drahi ? Qu'il plie les gaules illico, totalement, je suis sûr et certain que ses milliards trouveront ailleurs des cieux bien plus hospitaliers.
Le deuxième, c'est l'annonce stupide de Laurent Fabius. Celui-ci menace en guise de représailles dans le dossier criméen de ne pas livrer à la Russie deux frégates commandées à la France en 2011 et sur le point d'être livrées. On supposera que l'annonce de Fabius a reçu l'aval de Président. Par delà les dommages économiques et les risques sur l'emploi qu'engendreraient l'application de cette décision, voilà la France revenir, une nouvelle fois, sur la signature d'un contrat et sur ses engagements. Non seulement cette annonce est idiote, avec ses 300 navires de guerre, la Russie pourra éventuellement se passer de ces 2 frégates mais elle donne l'occasion au vice-premier ministre russe de déclarer urbi et orbi: " La France commence à trahir la confiance qu'on place en elle comme fournisseur fiable ". Et encore une fois, la politique met son nez là où elle ne devrait pas.
D'autant plus stupide l'annonce de notre Fabius qu'on apprend le jour même que la France a invité très officiellement le 6 juin prochain... Vladimir Poutine himself à l'occasion de je ne sais plus quelle commémoration.
Elle est où la cohérence ? De deux choses l'une: Ou bien nous sommes très mécontents des agissements russes en Crimée et dans ce cas, on met le paquet en annulant absolument tout ou bien on se fout de la gueule du monde en faisant des menaces à la con d'annulation de contrats tout en invitant dans le même temps le Diable à un raout de première garde !
Quelle image déplorable est ainsi donnée de notre pays, de ses politiques et de son économie sous surveillance renforcée du politique... et de Bruxelles.
Et pendant que nos dirigeants jouent les apprentis sorciers, notre économie continue de sombrer.
Pauvre France.
Folie passagère 2188.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr
