On me dit que j'aurai du rédiger un billet sur Jacques Chirac. Et pourquoi donc ? Et qu'écrire qui n'ait été dit depuis jeudi dernier ?
Chirac... Le bonhomme ne m'a jamais ni intéressé ni passionné encore moins impressionné. Les seuls trucs qui me plaisaient chez lui c'était son côté gaulois-grivois, sa grande gueule et ses petites phrases à la Audiard. Mais à part ça... Qu'en retenir ? Qu'a-t-il fait en 50 ans de vie politique et 12 ans de présidence ? Un bilan somme toute assez mince qui, si j'en crois, toutes les télévisions, ne tenait qu'en 5 lignes: le non à la guerre en Irak, la reprise des essais nucléaires, la fin du service militaire (une erreur ?)... Merde, j'ai déjà oublié le reste ! Bon ok, il était sympa et proche des gens, capable d'aider discrètement certaines personnes ou associations dans la difficulté, préoccupé par le sort des handicapés ou des malades du sida ou du cancer mais à part ça... Et bien à part ça, il incarnait assez bien la fonction présidentielle, bien mieux que l'abruti d'Hollande en tout cas. Et à part ça...
Les gens l'aimaient, ils nous l'ont prouvé lors des quelques jours passés: queues interminables aux Invalides, micro-trottoirs dithyrambiques sur toutes les chaînes de télé, témoignages en veux-tu en voilà du lambda ou de l'ami de toujours, de l'opposant politique ou de ses partisans, tout le monde trouva quelque chose de bien à dire sur le grand Chirac, le "meilleur président de la République... à égalité avec de Gaulle ". Finalement les gens s'émotionnent vachement vite à l'image de notre société de l'immédiateté et de l'émotionnel à tous crins. Bah, dans quelques jours on en parlera quasiment plus et dans un mois ou deux, on effacera de nos smartphones les photos du cercueil ou du convoi funéraire. Tout juste se souviendront-ils qu'ils l'ont applaudi à l'entrée aux Invalides, à la sortie, à l'entrée de l'église Saint-Sulpice, à la sortie. C'est la mode aujourd'hui, on ne se recueille plus, on applaudit. L'émotionnel...
Le monde entier lui a rendu hommage et les Grands de ce monde ont fait le déplacement, même Giscard, un brin croulant, était sorti de sa retraite dorée à nos frais depuis bientôt trente ans... Et ces mêmes Grands ont été invités par Macron, avec vos sous, au Château pour boire un coup à la santé, pardon, à la mémoire du grand Jacques. C'est l'usage nous dit-on. Soit.
Oui, non, désolé, le grand Jacques n'a quasiment rien laissé d'impérissable dans ma mémoire.
Alors je sais bien qu'il est d'usage, là aussi, de ne dire que du bien des gens qui partent, de se souvenir que des choses cools ou grandes qu'ils ont accompli, mais là aussi, voyez-vous, je trouve que ça a été too much, trop, saoulant voire hypocrite... Il rentrera dans les livres d'Histoire nous a-t-on assuré; la seule question qui vaille: Y restera-t-il ? Comme de Gaulle ? Je n'en suis pas si sûr ! Désolé.
Lorsque l'on dresse un bilan de l'action de quelqu'un ou d'une entreprise, on ne saurait se contenter de l'Actif, ce serait trop facile et peu orthodoxe; il n'y a que le Passif qui puisse l'équilibrer. Allez donc lire le billet (sévère, j'en conviens) de Michel Onfray, ça vous changera du concert de louanges que l'on a entendu ces derniers jours.