Après ce qui s'avère être le pire week-end que la Socialie ait connu depuis le jour où DSK se fit poisser à New-York, je me demandais pourtant, dès hier matin, quel pourrait être l'écran de fumée que le gouvernement allait pouvoir dresser pour tenter, maladroitement, de nous faire oublier l'affaire Léonarda et les sifflets et huées des supporters de Samia Ghali.
Je n'ai pas eu à attendre longtemps. Il suffisait d'écouter nos médias dès ce matin. Grâce à une enquête incroyable de spontanéité et de sérieux - rappelons tout de même que l'affaire Snowden a éclaté il y a plus de 6 mois et que ce que révèle Le Monde était déjà connu de tout bon journaliste qui se respecte, à fortiori du gouvernement -, Le Monde dévoile que la NSA écoutait nos conversations téléphoniques, espionnait nos emails, sms et autres échanges numériques. Entre le 10 décembre et le 7 janvier, par exemple, le Grand Satan aurait procédé à l'enregistrement de 70 millions de données téléphoniques entre Français, toutes catégories de Français confondues. Crénom, les enfoirés! Heureusement, aussi vifs que l'éclair, nos dirigeants ont réagi comme nous aurions pu nous y attendre. C'est à dire stupidement.
Manuel Valls dont on sait que les service discrets n'écoutent personne déclare, coup de menton de rigueur: "Ces révélations sont évidemment choquantes et vont appeler des explications précises dans les heures qui viennent des autorités américaines.Si un pays allié espionne la France, c'est totalement inacceptable". Il se dit qu'il n'attendrait plus que le feu vert du Château pour raser l'ambassade américaine, façon nettoyage camp de Roms.
Fabius convoque illico l’ambassadeur US à Paris: "J'ai convoqué immédiatement l'ambassadeur des États-Unis, qui sera reçu ce matin même au Quai d'Orsay". Celui-ci, terrorisé à l'idée de rencontrer notre brillant diplomate en chef, se déplace aussitôt avec cortège de voitures blindées et sous protection, histoire néanmoins de bien nous montrer qu'il n'a rien à voir avec un simple diplomate kosovarien. Fabius lui passe une avoinée dont il a le secret: "Ce type de pratiques entre partenaires qui portent atteinte à la vie privée est totalement inacceptable. Il faut s'assurer, très rapidement, qu'en tout cas elles ne sont plus pratiquées"; autant dire que son Excellence en rigole encore.
L'affaire ne s'arrête pas là, Jean-Marc Ayrault, surpris par ces révélations, s'en empare en déclarant: " C'est invraisemblable qu'un pays allié comme les Etats-Unis puisse à ce point aller jusqu'à espionner autant de communications privées qui n'ont aucune justification stratégique, aucune justification de défense nationale.Nous attendons des réponses claires et justifiant les raisons pour lesquelles ces pratiques ont été utilisées et surtout en créant les conditions de la transparence pour qu'il y soit mis fin. C'est la base même de la confiance entre nous. " (Là, si vous voulez mon avis, Obama, Kerry et son Excellence se font dessus tant ils ont peur). Et alors qu'on lui demande si Obama himself sera sermonné, Ayrault, prudent et peu téméraire de déclarer: "Je laisse le soin au président de la République de prendre les dispositions qui s'imposent mais manifestement des initiatives s'imposent et elles seront prises" (Pour qui sait tendre l'oreille, on entendait à ce moment précis l’écho de nombreux fous rires venant d'outre-Atlantique).
Comprenez qu'à ce point de l'histoire et compte-tenu de cette ambiance guerre froide, il apparaissait comme logique que Notre Président intervienne sans plus tarder. Une intervention télévisée, peut-être, au cours de laquelle il déclarerait, seul mais face au monde, que: la France, 5ème puissance économique du monde, après avoir triomphé d'une jeune effrontée kosovare, ne saurait accepter que les conversations téléphoniques de ses citoyens soient écoutées par un pays étranger et qu'à cette fin il prendrait toutes les mesures nécessaires afin que cela cesse dans les plus brefs délais. Ainsi, et après qu'une grande concertation avec les partenaires sociaux et les forces encore vives de la Nation eut été organisée, une commission ad hoc sera nommée sous peu, commission dont la direction serait confiée à Jacques Attali, expert mitterrandien en écoutes téléphoniques. Notre Président, en responsabilité, attendra le rapport de la dite commission avant de prendre les dispositions qui s'imposent. La saisie du Conseil de Sécurité de l'ONU ainsi que celles du CESE, du CNH, du Comité Central LGBT et du Comité de rédaction du journal Le Monde pourraient être envisagées.
Mes chers compatriotes, vous le voyez, Notre Président et ses équipes sont aux affaires et rien, pas même une pantalonnade kosovare, un camouflet marseillais ou une popularité caverneuse, ne saurait les détourner de ce qui nous ne préoccupe absolument pas.
Dormez tranquilles, ils ne s'occupent de rien.
Folie passagère 1955.