"L'avorteuse " - puisque c'est ainsi qu'elle est surnommée dans certains milieux - nous a donc quitté alors que je faisais bamboche dans l'Aveyron. C'est d'ailleurs, pour ainsi dire, la seule news qui me soit parvenue aux oreilles pendant ces 3 jours.
Simone Veil était une grande dame, une femme au destin incroyable. Un destin que tout le monde connaît plus ou moins; inutile de revenir ici sur les diverses étapes de sa vie.
Je me souviens que l'un de mes tous premiers billets de blog, en 2008, lui fût consacré. J'y racontais en quelques lignes l'admiration que j'avais pour elle.
Si mon opinion sur l'avortement a bien évolué depuis, j'y suis désormais opposé sauf pour les situations de détresse, jamais je ne me serais amusé à la traiter d'avorteuse. Dans un milieu parlementaire et gouvernemental encore hyper machiste, elle porta avec dignité et combativité la loi de 1974. Et il apparaît que près de 40 ans plus tard, certains lui en veuillent encore à mort. Les commentaires que j'ai lu depuis son décès sur les réseaux sociaux sont absolument scandaleux pour ne pas dire dégueulasses. Provenant généralement des milieux ultra-tradi-catho ou de la " sale " extrême-droite, ils transpirent la haine, le dégoût et le mépris quand ils ne sont pas, en plus, teintés fortement d'anti-sémitisme.
La loi de 1974 était dans l'air du temps. Les années 70 post soixante-huitardes. Le progressisme en marche, le féminisme en pointe, la libération sexuelle, Emmanuelle, le droit des femmes et toussa. Que ce ne fut pas en 1974, cela l'aurait été en 1977 ou une toute petites paires d'années plus tard. Ce fut Simone Veil qui la porta en 1974, c'eut été une autre en 1979.
Avant cette loi, et pour peu qu'on en ait les moyens, on " fonctionnait " à l'aiguille à tricoter ou avec d'autres techniques qui relevaient plus de la barbarie que de la chirurgie. Après, on avorta " mieux " même si sur le plan humain, les choses furent longtemps encore difficiles à digérer: le quand dira-t-on, le regard des autres, l'acceptation, etc...
Bref, l'avortement légalisé était à la fois une bonne chose et une étape inéluctable de l'émancipation des femmes. Qu'on le veuille ou non.
Alors, insulter tel que je l'ai lu Simone Veil en personne relève à mon sens d'une bêtise et d'une méchanceté incommensurables autant que gratuites, quand cela ne révèle pas l'absence évidente de recul.
Simone Veil est une figure incontournable de l'histoire française et européenne. Point barre. Qu'elle soit panthéoniser ? A vrai dire, je m'en fiche, pas sûr qu'elle l'aurait souhaitée.
Le seul truc qui me chagrine c'est que je ne saurais jamais si, quand elle fit adopter cette loi, Simone Veil croyait avec sincérité, en conscience, que la notion de détresse tiendrait éternellement la route. Pouvait-elle imaginer que l'avortement prendrait une telle ampleur - 200 000 chaque année - et qu'il deviendrait quelques années un moyen de contraception comme un autre ?
Le fait qu'à aucun moment, à ma connaissance, elle ne se soit élevée contre ce qu'était devenue " sa " loi restera la seule ombre que j'apporterai au tableau que je me fais de cette femme...
Folie passagère 3373
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