Malgré les annonces gouvernementales, les éleveurs continuent de mettre un peu le bazar partout; preuve s'il en est que les réponses apportées par les autorités ne conviennent pas: normal, me direz-vous, cautère sur jambe de bois n'a jamais servi à rien. Ceci dit, il y a deux trucs qui me chiffonnent.
Le premier, c'est que j'ai beau comprendre parfaitement les éleveurs, il y a certaines méthodes que je n'apprécie pas tant elles pourraient être celles de bandits de grands chemins ou tout au moins de vandales sans scrupules. A midi, on nous montrait des éleveurs en colère arraisonner deux camions espagnols et piquer les 40 tonnes de mandarines pour aller le refourguer, nous a-t-on dit, aux restos du cœur. Personnellement, je n'ai rien vu d'autres que des gars entrain de voler un chargement, le fruit du travail d'autrui et en disposer comme bon leur semblait. Ailleurs, deux camions transportant du lait piratés, il n'y a pas d'autres mots, et la cargaison, des milliers de litres de lait, déversée sur la chaussée. Du vol, ni plus, ni moins. Les transporteur faisaient leur boulot, des gens avaient travaillé pour faire pousser ces fruits, les cueillir et les expédier et les voilà dépossédés d'une partie de leur gagne-pain. Des agriculteurs avaient élevés des vaches pour produire du lait, les voilà eux aussi volés. Qui paiera le manque à gagner ? Ailleurs encore, nous avons vu des éleveurs se permettre d'interdire l'accès à notre territoire à plus de 300 camions étrangers sans que cela ne pose de problèmes à personne. Depuis quand, jusqu'à quand, va-t-on tolérer que des gens, souvent téléguidés par des syndicats corporatistes, et au motif qu'ils sont en colère, mettent ainsi le bronx, s'érigent le droit de décider qui peut ou ne peut pas rentrer sur notre territoire et commettent en toute impunité ce qui n'est rien d'autre que du pillage, de la destruction de biens d'autrui ou du vol ?
Alors, vous me direz, s'ils en arrivent à de telles extrémités, c'est parce qu'ils n'en peuvent plus et qu'ils n'ont pas d'autres moyens pour se faire entendre. Soit. Mais en ce cas, ce n'est pas au travail et la liberté de circuler des autres qu'il faut s'en prendre, mais bien à ceux qui ne les ont pas entendu, en l'occurrence, le gouvernement. Alors, qu'ils s'en prennent au gouvernement ! Qu'ils pourchassent les ministres en déplacement ! Qu'ils sifflent et huent Président et sa clique ! Qu'ils déversent leurs tonnes de gravats ou de fumier dans les préfectures ou devant Matignon et l'Elysée. Nos z'élites auront ce qu'elles méritent... si tant est que les éleveurs aient le courage de s'en prendre à " aussi " forts qu'eux. Et que dire des autorités qui laissent faire de crainte que la situation s'envenime sur nos routes et à nos frontières. D'un côté des fouteurs de merde, avec des tonnes d'excuses, certes, de l'autre des autorités et un gouvernement qui laissent faire... Voilà qui me chiffonne...
Le deuxième truc qui me chiffonne dans cette crise agricole, c'est ce que le gouvernement prend bien soin de ne pas mettre trop en avant; et je suis même surpris que les éleveurs ne le fassent pas plus eux aussi: Il s'agit des conséquences de la crise ukrainienne... Pour punir Poutine, l'UE, et donc le gouvernement français, a décidé de sanctionner la Russie. En réaction, et bien naturellement, Poutine a décidé de mettre en place un embargo sur bon nombre de produits agricoles. Dont, par exemple, le porc. Selon le ministère français des Affaires étrangères: " En 2014, les mesures de rétorsion russe ont provoqué une diminution de 23 % des exportations françaises de produits agricoles et agroalimentaires qui s’établissent à 586 millions d’euros contre 760 millions en 2013 ". Selon NOS douanes, pour les 5 premiers mois de 2015, les ventes françaises de produits transformés à base de viande ont reculé de 73 %, passant de 20 à 5 millions d’euros, et celles de produits laitiers de 78 %, de 37 à 8 millions. Non seulement cet embargo russe pénalise nos exportations mais compte-tenu qu'il s'applique à toute l'Union, il a stimulé la concurrence entre pays européens: chacun cherchant à écouler ses productions en pratiquant, si nécessaire, dumping et versements d'aides à ses agricultures nationales. C'est donc la double peine pour les filières d'élevage françaises: les voici confrontés à une réduction de leurs débouchés à l'exportation vers la Russie et à une concurrence accrue, voire sauvage, de nos propres partenaires européens !
Qui sait par exemple que pour le porc, l’embargo coûte 20 centimes du kilo aux éleveurs français. Or, le débouché russe était d’autant plus intéressant qu’il permettait de vendre des abats et autres pièces grasses qui n’intéressent pas forcément les autres marchés internationaux. Et nos éleveurs de porc de se battre et bloquer les routes pour obtenir 5 à 6 centimes de hausse ! Qui sait que cet embargo a provoqué un report des exportations des autres gros producteurs laitiers comme l’Allemagne, la Hollande ou la Finlande et a fait plonger le cours du beurre et du lait en poudre de 30 % au niveau européen ?
Et nous de nous poser la question de savoir si le gouvernement français (et l'UE), lorsqu'il a approuvé les sanctions contre la Russie, a bien mesuré l'ampleur des répercussions de celles-ci. Parce que oui, il y a bien une crise énorme dans les filières françaises d'élevage, une crise structurelle qui mériterait bien des Etats Généraux de la profession, mais cette crise structurelle s'est doublée et aggravée soudainement, par la simple volonté de nos dirigeants, d'une crise conjoncturelle directement liée à ces fumeuses sanctions, crise pour laquelle nos éleveurs, pour le coup, n'ont aucune responsabilité ! N'est-ce pas là une raison de plus, voire suffisante, pour que nos éleveurs, au lieu d'emmerder ou de dévaliser les lambdas qui passent, s'en prennent avec force à ceux qui ont une large responsabilité dans leurs malheurs à savoir Président et son gouvernement ?
Il est temps que les agriculteurs tapent au bon endroit !
(NB: Pour les chiffres annoncés, sources: Association française de la transformation laitière (Atla), Fédération nationale porcine (FNP), La Croix, Ministère des Affaires Etrangères )
Folie passagère 2859.
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