Quel bilan faites-vous de la première année d'Emmanuel Macron ?
Ma crainte, c'est que le macronisme soit un aveuglement qui repose sur beaucoup d'illusions. Celles des commentateurs, celles d'Emmanuel Macron. Les faits ont la tête dure, si on prend la peine de les regarder ! Jamais la dépense publique n'a été aussi élevée, jamais les niveaux d'impôts n'ont été aussi forts. Jamais le nombre d'immigrés n'a été aussi important. Jamais la menace du communautarisme islamiste n'a été aussi grande. Sur tous ces sujets, je ne vois aucune réponse d'Emmanuel Macron. J'y lis plutôt ses faiblesses. Les portefeuilles se vident, les usines se démontent, les mosquées salafistes se construisent. Emmanuel Macron ne comprend pas l'inquiétude des retraités et des classes moyennes qui n'ont jamais payé autant d'impôts. Il ne comprend pas l'inquiétude des Français qui se demandent s'ils vont devoir ou non renoncer à la France et à son identité. Je demande aux Français, en leur âme et conscience: avez-vous le sentiment que les réponses apportées par Emmanuel Macron sont à la hauteur des enjeux ?
À vous écouter, il n'y aurait aucun résultat positif ?
Bien sûr qu'il y a des résultats positifs ! Et je n'ai aucun problème pour le dire. Tout ce qui est positif pour la France, je le soutiendrai. J'ai voulu que l'opposition ne soit ni bornée ni sectaire. Toutes les réformes qui seront faites ne seront plus à faire ; tout le chemin qui aura été parcouru rendra la tâche plus facile. C'est pour cette raison que j'ai apporté mon soutien à la réforme de la SNCF et à la réforme du Code du travail.
Une partie de l'électorat de droite semble être séduite par cette politique…
Certains électeurs de la droite et du centre ont le sentiment qu'Emmanuel Macron fait ce que la droite n'a jamais osé faire. Mais je ne redoute pas la comparaison. Regardez le bilan de Nicolas Sarkozy après une année de mandat : la défiscalisation des heures supplémentaires, la baisse des droits de succession, la baisse du nombre de fonctionnaires, l'instauration des peines planchers.
Le rythme des réformes est soutenu. Est-ce positif à vos yeux ?
C'est très révélateur. On a érigé en système une mécanique dans laquelle le bougisme sert d'écran de fumée. Avec à chaque fois une même tactique : le gouvernement annonce une très grande réforme qui va dans la bonne direction. Puis l'annonce est suivie d'un long processus technique. À l'arrivée, la montagne accouche d'une souris mais déjà on a annoncé une nouvelle montagne pour que surtout que l'on ne regarde pas la souris ! Prenez la réforme de la fonction publique. Tout devait changer. Au final, ils n'ont diminué que de 324 le nombre de fonctionnaires dans un pays qui en compte des millions ! Regardez la réforme de l'immigration. Les électeurs de droite se sont pris à rêver à un vrai sursaut. Aujourd'hui, c'est tout le contraire avec une réforme qui va sans doute dissimuler un plan de régularisation des clandestins en France. Regardez la police de proximité: on nous avait annoncé le grand soir avec le retour de l'autorité et de la fermeté. À l'arrivée, Emmanuel Macron a décidé de diviser par deux le nombre de places de prison construites. Quant à la réforme pénale, son objectif est en réalité d'avoir moins de condamnations parce qu'il n'y a plus de places de prison ! On croit rêver ! Il se joue une grande partie de carnaval consistant à faire croire que le président fait, alors qu'en réalité il esquive.
Emmanuel Macron a dit être entré à l'Élysée par «effraction». C'est aussi votre sentiment?
La formule est extraordinaire. S'il est entré par effraction, alors c'est dans un système dont il est le plus pur produit et la plus parfaite incarnation. Il ne faut pas se tromper. Contrairement à ce que beaucoup croient, Emmanuel Macron ne représente pas une rupture par rapport au politiquement correct. Il en est le point d'aboutissement : il explique que l'immigration est une chance pour la France, il ne parle jamais de la famille, il est toujours dans la culture de la repentance.
Vous parliez d'un «système», n'en êtes-vous pas issu vous-même ?
Je connais très bien le moule de pensée qui est celui de la technocratie et de la haute fonction publique. Je vois parfaitement l'entourage qu'Emmanuel Macron a constitué autour de lui, composé de personnes à son image. Tous dans le même moule. Et je connais parfaitement l'arrogance avec laquelle ces gens pensent tout savoir alors qu'ils connaissent si peu le pays. Il y a un exemple pour moi qui le décrit bien: la façon dont Emmanuel Macron traite les retraités. Au fond, pour lui, c'est un paramètre macroéconomique. Il pratique comme un jeu de clientèles électorales, l'opposition entre les générations sans comprendre que notre pays ne peut se construire que dans le lien entre les générations. Moi, j'ai décidé de me libérer de cela. Ma différence, c'est le Puy-en-Velay, c'est la région Auvergne-Rhône-Alpes. Je ne lis pas la France à travers des rapports, ce que je vois, c'est la réalité crue et directe de notre pays. Et je refuse de rester silencieux quand je vois la France se détricoter.
Comment voyez-vous ce voyage d'État du président aux États-Unis ?
Je souhaite que cette visite soit un succès. C'est important pour notre pays. Mais je ne veux pas qu'on s'aveugle. Si on regarde les résultats: sur la Syrie, Donald Trump a immédiatement démenti le président. Sur la conférence sur le climat, il n'a pas bougé d'un centimètre. Sur le nucléaire iranien, je crains que nous n'ayons aucune influence. Le sujet, ce n'est pas que l'on soit gentiment accueilli ni qu'on plante un chêne, c'est de savoir si la France pèse. Or aujourd'hui, la France ne pèse pas, ni à Washington, ni à Bruxelles, ni à Berlin. De ce point de vue, la prise de distance par rapport à la Russie était une mauvaise décision.
Le président se rendra prochainement en Nouvelle-Calédonie. Quelle est la position de LR ?
Je demande que le président prenne, avant le référendum, une position ferme pour défendre l'appartenance de la Nouvelle-Calédonie à la France. Personne ne comprendrait un silence présidentiel sur une question comme celle-là.
Vous avez signé une tribune dénonçant l'antisémitisme. Le gouvernement y répond-il ?
Nous observons l'émergence toujours plus forte d'un antisémitisme nourri par l'intégrisme islamisme. Mais j'observe qu'aucun membre du gouvernement ne s'est associé à cette démarche et qu'Emmanuel Macron est extrêmement silencieux. Je ne sais pas si c'est du déni ou du clientélisme. Dans les deux cas, c'est très inquiétant. Il ne faut pas s'y tromper : les Juifs sont ciblés et, avec eux, ce sont toutes les valeurs de la République qui sont attaquées.
Appartenez-vous à l'ancien monde et Emmanuel Macron au nouveau ?
Cette idée de nouveau monde me fait sourire. Peu importe où on va, pour peu qu'on y aille ? Peu importe ce qu'on fait, du moment que c'est nouveau, c'est bien ? Si le nouveau monde, c'est renoncer à ce que nous sommes, alors non merci. Si le nouveau monde, c'est la perte des notions de respect et d'autorité, comme on le voit à Notre-Dame-des-Landes, alors non merci. Si le nouveau monde, c'est renoncer à transmettre nos valeurs à nos enfants, si c'est perdre le sens du travail, si c'est achever de se soumettre face au communautarisme, comme le fait Christophe Castaner qui compare la mantille catholique au voile islamique, alors non merci. Si c'est ça le nouveau monde, je le combattrai. Je ne crois pas que ces valeurs soient démodées, je crois exactement l'inverse. Jamais les valeurs de la droite n'ont été aussi majoritaires dans notre pays et jamais on n'a eu autant besoin de ces valeurs. Un pays comme le nôtre a besoin du manteau des légendes de la nation. Il n'est pas uniquement une start-up nation.
Comment expliquez-vous alors d'être si bas dans les sondages ?
Ah les sondages ! L'arbitre de toutes les élégances en politique. Les sondages ont remplacé les valeurs et les convictions. Si les sondages disaient juste, Alain Juppé serait aujourd'hui président de la République et Emmanuel Macron serait retourné à l'Inspection générale des finances. Les sondages sont la maladie du politique moderne qui bouge au gré du vent qui fait tourner la girouette. C'est précisément dans ces moments-là qu'on se construit. C'est dans ces moments où les Français vous observent. Je ne vais pas changer de ligne ni de conviction. Je sais le cap qui est le mien. Et c'est sur la durée que les Français jugeront.
Vous ne regardez pas les sondages ?
Bien sûr que je les regarde, mais je ne varie pas au gré des sondages. Il y a besoin de constance.
Ne payez-vous pas aussi la forme de vos propos, comme à l'EM Lyon ?
Je préfère que les Français se disent que j'ai le courage de dire ce que beaucoup ont renoncé à voir, plutôt qu'à être comme ces politiques qui utilisent du papier de soie, qui emballent tout pour être sûr que personne ne les comprend. Ce qui prime, c'est la colonne vertébrale.
Des élus vous reprochent de tenir le discours de l'extrême droite. Même au sein de LR…
Regardez les positions d'Éric Ciotti, de Valérie Pécresse, de Bruno Retailleau sur l'asile et l'immigration. Elles sont communes, et mon devoir, c'est de les rassembler. Ce que je veux, c'est sortir la droite de cette espèce de gangue : au lieu de répondre aux problèmes des Français, notre obsession, c'était de marquer notre différence par rapport au PS, à Emmanuel Macron ou au FN. Tout comme je n'ai aucun problème à soutenir les réformes qui vont dans le bon sens, je ne vais pas cesser de dire ce que je pense sur l'immigration parce que je voudrais à tout prix marquer une différence avec le FN. Ce qui m'intéresse, c'est que face aux problèmes des Français, LR incarne une alternative. Mais il y a un point très clair : le FN est une impasse. Personne ne l'a oublié. Marine Le Pen a très clairement montré son visage lors du débat de l'entre-deux-tours.
Prônez-vous une union des droites ?
Non ! On a des valeurs et des visions de la société différentes avec Marine Le Pen. Je ne veux pas faire d'alliance avec des gens dont je ne partage pas la vision, parce que ça n'aboutira à rien. Mais vous n'entendez jamais dans ma bouche des outrances ou des caricatures par rapport à ceux qui votent pour le FN. Ce sont bien souvent des électeurs de droite que nous avons écœurés et qui se sont tournés vers le FN : ils trouvaient que la parole de la droite était chevrotante. Je veux parler à ceux qui nous ont dit : « vous nous avez trahis ».
Thierry Mariani peut-il rester membre de LR ?
Je milite pour qu'il y ait toujours un droit au débat. Il a le droit d'exprimer des idées et des convictions mais sa ligne est minoritaire au sein de LR. J'ai clairement dit qu'il n'y aurait pas d'alliance avec Marine Le Pen. S'il passe aux actes, il n'appartiendra plus à LR. Il le sait. Je lui redirai quand je le verrai.