C'est terrible ce qui se passe en Egypte. Les morts se ramassent à la pelle. Plus de 600 selon la police, plus de 2 000 selon les Frères. Mais que se passe-t-il ? Reprenons le fil de l'histoire...
Avant, il y avait le méchant dictateur Hosni Moubarack. Lui, sa famille et ses sbires, soutenus par l'armée, elle-même soutenue par les USA, avaient mis le pays en coupe réglée. Le tout avec la bénédiction de la communauté internationale. C'était pas bien, mais ça roulait.
Après, comme d'autres pays du Moyen Orient, le peuple, fatigué et excédé par des années de privation de liberté et de plein d'autres choses qui font le charme de nos contrées occidentales, s'est révolté avec les Frères musulmans à la manœuvre. Les méchants furent virés, jugés et condamnés. Le monde entier salua ce printemps égyptien. Les militaires cédèrent, un peu, mais, sans se départir de leur pouvoir exercé en coulisse, gardèrent un œil sur l'évolution des choses. Dans la joie et l'allégresse post-printanière, les Frères prennent le pouvoir dans la rue puis dans les urnes. Morsi est élu démocratiquement lors d'un scrutin absolument pas entaché du tout, du tout, de magouilles et autres manipulations. Il est élu. Le monde entier, à nouveau, se réjouissait de cette évolution. Printemps devenait été.
Aussitôt au pouvoir les Frères firent preuve des qualités unanimement reconnues: Incompétence dans le domaine économique et extraordinaires capacités à mettre le pays, en moins d'un an, sous une nouvelle coupe réglée: celle dictée par le Coran. Au final, le peuple a faim, le chômage augmente, les caisses se vident mais le peuple doit la fermer, les Frères surveillent et...l'armée veille. Cela ne pouvait pas durer, le peuple se fâche très fort, le printemps tourne à l'hiver, c'est le boxon et le soulèvement de la moitié de la population. Morsi est éjecté par une nouvelle coalition plus laïque et semble-t-il plus ouverte. Celle-ci prend le pouvoir et commence à purger le pays de l'emprise islamiste radicale. Mais, les Frères n'apprécient pas de s'être fait vidés après avoir été à peu près légitimement élus et en appellent à l'autre partie du peuple qui leur reste fidèle et soumise. L'armée, qui aime par dessus tout l'ordre, soutient la nouvelle coalition et embastille Morsi. Et tout cela sous le regard d'une communauté internationale plutôt indifférente.
Peu à peu les choses dégénèrent, les deux peuples s'affrontent de plus en plus violemment. le désordre et l'anarchie s'installent. Le nouveau pouvoir prévient à maintes reprises que si les Frères et la population manipulée par ces derniers ne rentrent pas dans le rang ça allait saigner et saigner gravement. Les Frères s'en tapent le coquillard et malgré les avertissement décident d'aller au clash.
600 morts selon la police, plus de 2 000 selon les Frères. Comme d'habitude en ce genre de situation, les manipulations médiatiques commencent. Les images circulent, chaque camp ayant de bonnes raisons de montrer que c'est l'autre camp qui a commencé. Le bain de sang, comme promis finalement par les deux parties, a bien lieu, les photos insoutenables le prouvent. Un ou deux journalistes étrangers sont tués au passage. Emotion faisant, la communauté internationale réagit et condamne fermement. L'ONU appelle, sans déconner, " à plus de retenue". Par ci, par là, on convoque les ambassadeurs, on abrège deux heures ses vacances pour faire un discours d'offusqué. Les USA condamnent mais ne sanctionnent pas, l'armée égyptienne continuera à toucher ses milliards de dollars. Fabius et Pépère ne sont pas contents et assurent, sans rire, que" la communauté internationale fait son maximum pour que l'Egypte ne s'enfonce pas plus dans la crise ". Tels de vrais bisounours, ces deux-là déclareront que: " Le gouvernement égyptien doit faire un geste mais les manifestants doivent défiler pacifiquement" expliquant que la stratégie de la communauté internationale est : "d'abord obtenir une diminution des tensions, puis rétablir le dialogue entre les partis et enfin aller vers des élections". C'est bien et cela montre qu'ils sont là, quand là-bas, au Caire et dans tous le pays, ils continuent de s'étriper consciencieusement. Au passage, une dizaine d'églises sont incendiées, quelques chrétiens zigouillés, et puis c'est tout.
Alors que penser de tout cela ? Que c'est un conflit local. Que les Frères comme le nouveau pouvoir ne font pas dans la dentelle. Que c'est ni plus ni moins qu'une guerre civile qui se met en place: les islamistes radicaux d'un côté, des laïcards et des musulmans modérés, de l'autre. Que la communauté internationale, comme en Syrie, est aussi impuissante qu'hypocrite. Que c'est l'armée égyptienne, comme d'habitude, qui décidera du sort du pays. Et que donc qu'il n'y a qu'à attendre que celle-ci pacifie, de gré ou de force, le pays. Et tant pis pour les centaines de morts, selon la police, les milliers selon les Frères.
Ce que j'en pense ? Que tous ces morts, c'est bien triste. Qu'avant, c'était bien plus calme. Qu'établir la démocratie en terre musulmane n'est pas une sinécure; à se demander d'ailleurs, non sans malice, si l'Islam est compatible avec l'idée de démocratie. Que ce ne sont pas nos oignons, au moins pour l'instant. Que c'est assez savoureux de voir les musulmans s’entre-déchirer. Que visiblement, il se passe quelque chose d'intéressant et de nouveau en Musulmanie: que ce soit en Syrie, en Tunisie ou en Egypte, chiites et sunnites, modérés et radicaux s'affrontent. Qu'il nous faut s'assurer que ce conflit reste local. Mais qu'à par tout cela, quelques islamistes de moins...
Folie passagère 1855.

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