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jeudi 3 avril 2014

Une gauche dépitée. Comprendre le désarroi des socialistes


Que la droite et les gens dits de droite soient mécontents de ce qui nous sert de président, ça se conçoit, c'est logique, c'est de bonne guerre. Là où cela devient nettement plus drôle, si l'on peut dire, c'est de voir à quel point le mécontentement gagne les degauches. A croire qu'un sale matin de remaniement ministériel, ils se sont réveillés pour réaliser tout d'un coup que Président les avait enflé dans les grandes largeurs et ce depuis au moins, soyons indulgents, le discours du Bourget. Hollande déçoit.

J’entendais hier soir sur LCP la députée (PS) Lienemann oser enfin dire que l'élection de Hollande était ambiguë,  je cite de mémoire: "On sait comment elle a été obtenue, 51%, pensez, autant là dedans d'anti-sarkozysme que de gens bernés par des promesses démagogiques. Hollande est pris au piège d'une majorité qu'il n'a jamais vraiment eu". Et toujours autant de mal pour moi à comprendre comment des gens, présentés comme intelligents, ont pu croire à toutes les sornettes du bon François... Mais revenons à cette sinistrose qui semble avoir gagné les rangs de nos degauches. Est-elle réelle cette désaffection ? Le désamour pour l'incarnation du changement qu'ils chérissaient ? Les cocus du Bourget trouveraient-ils les cornes un peu lourdes à porter; dépités de ne pouvoir les couper ? Dans les médias, on sent bien que quelque chose se passe, les langues se délient dans les couloirs feutrés de l'AN ou du Sénat; on comprend que le vote de confiance de la semaine prochaine est loin d'être acquis à Valls et Président... J'ai voulu vérifier si dans les blogs des gauchistes, il en allait de même, et en particulier chez ceux qui furent des supporters de la première heure de Hollande. C'est, comment dire...c'est... je compatis (smiley, de vrais tocards en fait). Petits florilèges et morceaux piochés dans une gauchosphère désappointée (un euphémisme): 

- "La gauche, avec une sorte de fascination morbide, est en train de se découper en morceaux par lambeaux et entreprend dans la ferveur une agonie qui va encore durer trois ans" 

- "Je serai particulièrement vigilant sur les résultats du nouveau gouvernement. En cas d’échec, ma sanction se fera par les urnes. Cette sanction sera alors contre le président Hollande. Contre mon président. Celui en qui pourtant , j’avais, plein d’espoir soutenu et contribué à mettre à cette fonction.Jamais je n’aurais imaginé devoir dire cela un jour." (Grandludo

- " Dans l'opposition désormais!" (sarkofrance). 

- "Alors que le niveau de pauvreté est à peine moins élevé que le salaire minimum,(...), nos têtes pensantes proches du pouvoir préparent gentiment l'opinion à la baisse des salaires".(SebMusset) 

- "Ex-blogueur de gouvernement, très actif dans la cellule numérique #FH2012 pour la présidentielle 2012, e-militant, désormais SDF depuis l'arrivée de la gauche décomplexée à Matignon ce 1er avril, je cherche une nouvelle domiciliation politique (...). Je suis en quête de nouveaux challenges conformes à l'esprit du Discours du Bourget de pépère (sic)".(Bembelly) 

- " Bref, une semaine après avoir contribué à faire rétrécir le Parti Socialiste, François Hollande a réussi le nouvel exploit de rétrécir la Gauche!". (L. Comparot

- "Il est notoire que le PS est lâché par sa gauche et voilà que le Président hollande, ex-chef du PS, choisit le candidat le plus à droite qu'il soit possible. Il n'y a pas de doute ! Les classes moyennes vont morfler pendant encore 3 ans au moins. (...) Je me demande si le Parti Socialiste ne devrait pas changer de nom. Parce que sinon, Jean Jaurès va se retourner dans sa tombe." ( ICI

- "Ce quinquennat tourne au burlesque.(...) Je suis comme d'autres, écoeuré. Au lendemain d'une tarte électorale pour le gouvernement la nomination de Valls à Matignon entérine que le changement ce sera ni maintenant ni jamais. On n'arrête pas une politique économique qui merde de la cave au grenier".(

- "Je suis consterné", un gauchiste commentant la débâcle du PS aux municipales. 

- "On a du mal à comprendre comment un grand espoir, un grand parti se suicident ainsi." Gérard Filoche à propos du PS. 

Vous en voulez encore ? Non, désolé, la gourmandise est un vilain défaut. sachez seulement que des comme ça se ramassent à la pelle. Au propre comme au figuré. 

Qu'espéraient-ils ? Que Président respecte au pied de la lettre toutes les conneries promesses sur lesquelles il s'était engagé ? Comment tous ces gens ont-il pu croire qu'un président sorti de nulle part pourrait jouer les cadors face à la finance, à l'Europe, à Merkel et aux salauds de patrons ? 

Comprendre le désarroi des gauchistes c'est admettre que tout ce qu'a fait Hollande depuis 22 mois était parfaitement prévisible: le matraquage fiscal, la rigueur (toute relative), les promesses non tenues, les "pactes" à gogos, les 60 000 promesses d'embauches dans l'EN; etc... Oui tout cela était prévisible (on passera sur l'amateurisme) pour la simple et bonne raison que, renonçant, et pour cause, à la renégociation du  traité européen, Hollande a par la force des choses accepté de pérenniser la mise sous contrôle de la France par l'UE et donc d'être assujetti aux règles et règlements que tous ses prédécesseurs, de droite comme de gauche, ont voulu puis entériné. La politique économique et sociale du pays ne se fait plus à Paris, elle se fait à Bruxelles. Il n'y a plus de politique économique de gauche ou de droite, il y a la politique économique décidée à Bruxelles; elle-même inspirée par tous ceux qui nous ont gouverné, de Giscard à Hollande en passant par Mitterrand et Sarkozy (pour ne parler que des dirigeants français). 

Hollande s'est présenté devant ses électeurs avec un discours socialiste périmé; lui le savait sans doute et trompait ainsi sciemment son monde, la gauche dépitée qu'il nous est donnée de voir ou de lire aura mis un peu plus de 22 mois à s'en rendre compte. 22 mois  pour comprendre des évidences, c'est dire si nous sommes mal barrés... 

Le Parti Socialiste et Président se prendront une nouvelle magistrale déculottée aux prochaines élections européennes parce que ce n'est pas en moins de deux mois que l'on peut mettre sur pied une nouvelle usine à rêves.

Folie passagère 2215.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

lundi 24 février 2014

Ukraine: Préparez la monnaie !


Il convient de se réjouir de la chute de l'infâme Ianoukovitch et de saluer le courage des insurgés de la place Maïdan et le sacrifice d'une partie d'entre eux, policiers y compris. Soit. Alors saluons avec respect même si on a du mal à savoir qui étaient réellement ces insurgés: Russophobes, pro-UE, ultra-nationalistes, nazillons en puissance...

Mais on aurait tort de se réjouir trop vite. J'ai le souvenir d'autres pays où la chute des dictateurs en place, parfois organisée par des intérêts extérieurs, a engendré un chaos indescriptible et durable.

Pour revenir à l'Ukraine, j'ai cru comprendre qu'à l'origine des émeutes, corruption endémique, népotisme et trahison de promesses électorales mis à part, c'est la décision de Ianoukovitch de suspendre les négociations avec l'UE qui a mis le feu aux poudres. L'Ukraine en situation imminente de banqueroute a besoin d'argent. Pragmatique, Ianoukowitch avait deux options: L'UE qui proposait 600 millions d'euros sous réserve de l'application quasi immédiate de toute une batterie de réformes politiques, démocratiques et économiques ou la Russie de Poutine qui mettait sur la table, tout aussi immédiatement et sans conditions de réformes politiques et démocratiques, 15 milliards de dollars. Le logiciel qui sert de cerveau à Ianoukovitch a vite fait son choix, mal lui en a pris, il est en fuite aujourd'hui et recherché pour "crimes de masse" ( néologisme ?).

Bien ceci étant, et compte tenu du bordel ambiant entre russophiles, russophones, russophobes, nationalistes, pro-Europe, Ukraine riche à l'est (25% des richesses du pays sont produites dans la seule ville de Donetsk), Ukraine pauvre à l'ouest, institutions locales en déliquescence, etc... il serait illusoire de croire que le pays peut s'en sortir par lui-même, encore plus illusoire d'imaginer qu'il puisse trouver seul, si ce n'est par l'opération du Saint Esprit, les 35 milliards (sur deux ans) dont on nous dit aujourd'hui qu'ils seraient indispensables pour éviter la faillite totale et l'effondrement du pays.

Reste donc à savoir qui va payer... Les nouvelles et provisoires autorités ukrainiennes appellent à la tenue rapide d'une conférence de donateurs...

L'Europe ? Elle proposait 600 millions étalés sur plusieurs années. La Russie proposait 15 milliards. Les USA, on ne sait pas trop mais on les imagine bien en embuscade, John Kerry et Mac Cain n'ont pas fait (plusieurs fois) le voyage pour rien. La Chine, silence médias.

Mézavi que la poire va être coupée en trois: Europe, Russie et USA vont mettre au pot au prorata de leurs disponibilités et on en reviendra peu ou prou à la situation de départ.

En ce qui concerne l'Europe, une certitude, l'argent qui sera prêtée-donnée à l'Ukraine viendra de nos poches à tous, préparez la monnaie ! Se pose donc de nouvelles questions: Nous a-t-on demandé ne serait-ce qu'une fois si nous étions d'accord pour aider l'Ukraine ? L'aide prévue a-t-elle été inscrite dans le budget de l'UE (quelqu'un pour répondre?) ? Sur quel budget rognera-t-on pour financer cette aide ? La France qui peine à trouver 50 milliards d'économies va-t-elle s'engager financièrement et indépendamment de l'Union pour aider l'Ukraine ?

L'Europe a annoncé aujourd'hui que son aide à l'Ukraine sera conditionnée par la bonne tenue des élections qui doivent se tenir au mois de mai prochain. Hasard sur le choix de la date, je ne sais pas mais cela tombe bien, c'est à la même période que se tiendront les élections européennes. La question de l'Ukraine doit aussi être un enjeu de cette campagne et chaque liste candidate devra proposer ses solutions. Pourquoi ?

Parce que la photo ci-dessous me reste au travers de la gorge...

Folie passagère 2154.

D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

lundi 24 juin 2013

Montebourg est un idiot... mais un idiot réaliste


Montebourg est-il idiot ou simplement réaliste lorsqu'il déclare: " M. Barroso est le carburant du Front national. Voilà la vérité.(...) Je crois que la principale cause de la montée du Front national est liée à la façon dont l'UE exerce aujourd'hui une pression considérable sur des gouvernements démocratiquement élus.(...) Finalement, l'Union européenne ne bouge pas, elle est immobile, paralytique. Elle ne répond à aucune des aspirations populaires (en Europe), sur le terrain industriel, sur le terrain économique, sur le terrain budgétaire, et finalement, ça donne raison à tous les partis souverainistes, j'allais dire anti-européens, de l'UE. "
 
Et bien, je crois qu'il est en fait totalement idiot
 
Idiot parce qu'il est tout de même savoureux d'entendre l'un des ministres de la République tirer à boulets rouges contre son camp; le PS, comme l'UMP, ne sont-ils pas de fervents défenseurs de la cause européenne ? Idiot parce que si il y a un truc qui n'est pas paralytique et immobile c'est bien la commission européenne qui, fidèle au rôle qu'on lui a donné à jouer depuis des années, ne perd jamais une occasion de prendre le pas sur les gouvernements nationaux. Idiot parce que Montebourg semble oublier, il a tant à faire, que historiquement et encore aujourd'hui, le carburant qui a permis au FN d'être ce qu'il est, c'est Mitterrand et la Socialie qui lui ont fourni. Idiot parce que prétendre que l'Union exerce de terribles pressions sur les gouvernements démocratiquement élus, c'est oublier que ce sont ces mêmes gouvernements qui font l'Union chaque jour. Idiot toujours lorsqu'il dit que l'Union ne répond à aucune des aspirations populaires, comment expliquer dès lors que tous les pays européens, voire d'autres qui ne le sont pas, se bousculent au portillon pour entrer dans l'Union.

Montebourg est donc bien un idiot mais un idiot un tantinet réaliste: Cette Europe, faite de Bric et de blocs totalement hétérogènes, imposant chaque jour de nouvelles normes et règlements, n'en finit pas d'asticoter les peuples dans ce qui leur tient à cœur: leur indépendance. Dès lors que celle-ci est menacée - et elle est menacée - il est naturel, logique que certains se tournent vers ceux qui depuis le début crient " au fou ! "

Folie passagère 1768
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr


lundi 17 juin 2013

L'exception culturelle française n'a pas à être protégée


Nos socialistes ont parait-il obtenu une grande victoire à Bruxelles: Obtenir que la culture ne soit pas intégrée dans le processus de négociation du traité de libre échange entre l'Europe et les USA. Une victoire socialiste, c'est si peu courant depuis un an que je me suis penché sur la question. A vrai dire, je n'y pigeai pas grand chose faute de m'y être intéressé. La lecture de deux notes sur wikipedia suffit à éclairer mes lanternes, peut-être les vôtres.

La première sur l'exception culturelle, en général,
La deuxième sur l'exception culturelle française en particulier.

Prenez le temps de les lire, c'est facilement digérable.

Alors en gros, de quoi s'agit-il ?  Partant du principe que la culture est un bien précieux qui ne saurait être victime des appétits hégémoniques américains, la France et bien d'autres pays ont édicté des tas de règles pour éviter que nos artistes, nos écrivains, nos réalisateurs et tout autre faiseur de culture soient noyés, et donc condamnés à disparaître, par la déferlante essentiellement américaine, déferlante qui comme chacun le sait ne sait produire que des navets littéraires, cinématographiques, télévisuels ou simplement artistiques ( peinture, sculpture,...). La France socialiste des années Mitterrand poussa la réglementation plus loin en imposant des quotas de diffusion d’œuvres françaises à la télévision ou à la radio; de même, sur chaque billet de cinéma que vous achetez un pourcentage est reversé afin d'aider la production cinématographique ou télévisuelle française. La tarification apparente des livres faisait aussi partie du dispositif. 

Bon, sur le principe, cela parait chouette, préserver nos œuvres et nos artistes, les aider à ne pas crever, c'est plein de bons sentiments. Je me pose tout de même la question de savoir si cela n'est pas un peu too much à l'heure ou d'un simple clic vous pouvez acheter, voir ou écouter ce que vous voulez en provenance du monde entier. Et pour pas cher. En tout cas, cela ressemble à du protectionnisme ou à un programme anti-mondialisation paradoxalement réactionnaire. Et par ailleurs, cela peut aussi expliquer l'indigence de certains programmes audio-visuels. 

Alors sans totalement condamner le truc, tout cela me semble soit dangereux soit inutile. Dangereux pour deux raisons. La première serait qu'à trop vouloir protéger, on se prive des innovations et des nouveaux talents extérieurs: sauf à les copier bêtement, à imiter. Le danger serait donc le risque de l'autarcie culturelle. La deuxième raison est bien sûr plus politique: A partir du moment où le processus de protection est piloté par le gouvernement, via le ministère de la culture et les subsides accordés par celui-ci, a-t-on l'assurance qu'une éventuelle censure ne s'applique pas ? A-t-on l'assurance que les subventions sont attribués et répartis en dehors de toutes considérations politiques ? Non. Qui décide, qui juge que tel artiste ou telle oeuvre doivent être aidés-subventionnés-protégés ? La réponse est évidente, ceux et uniquement ceux qui ont le pouvoir d'aider-subventionner-protéger et d'influencer; in fine, le politique. Ainsi,  par exemple, Yamina Benguigui aurait-elle pu s'enrichir ailleurs que sur France 2 ? Pas sûr. Le milieu culturel étant traditionnellement acquis à la gauche, je considère que l'exception culturelle française - on se doit de dire aujourd'hui, diversité culturelle - dans les choix qui y sont fait n'est ni plus ni moins qu'un instrument du pouvoir en place. La prôner et la défendre n'est-il pas faire le jeu de la gauche ? Dès lors, on comprend mieux l'importance de cette victoire acquise à Bruxelles. 

Je ferais donc mienne la façon de voir l'exception culturelle de Jose Maria Aznar: " L’idée de créer une exception culturelle vient des pays dont la culture est en déclin, ceux qui ne connaissent pas ce problème n’ont rien à craindre. (..) L’exception culturelle est le refuge des cultures en déclin. Je ne crois pas en l’exception culturelle européenne et je ne redoute pas la globalisation."  

Ainsi que celle de Mario Vargas Llosa: " La chose la plus importante que j’ai apprise est que les cultures n’ont pas besoin d’être protégées par les bureaucrates et les forces de police, ou placées derrière des barreaux, ou isolées du reste du monde par des barrières douanières pour survivre et rester vigoureuses. Elles doivent vivre à l’air libre, être exposées aux comparaisons constantes avec d’autres cultures qui les renouvellent et les enrichissent, leur permettant de se développer et de s’adapter au flot constant de la vie. La menace qui pèse sur Flaubert et Debussy ne vient pas des dinosaures de Jurassic Park mais de la bande de petits démagogues et chauvinistes qui parlent de la culture française comme s’il s’agissait d’une momie qui ne peut être retirée de sa chambre parce que l’exposition à l’air frais la ferait se désintégrer. "


Folie passagère 1761.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

France, 2019.