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dimanche 3 juin 2018

Lucas et Pierre, harceleurs de rue...

C'est ainsi qu'à Lille, le Conseil Lillois de la Jeunesse, avec le soutien du Conseil Municipal, décrit le harcèlement de rue !

 


On passera sur le vocabulaire d'jeuns employé... 

Vous noterez que, sans surprise, le harceleur type, comme le fraudeur dans le métro, est forcément un jeune homme blanc de souche et qu'à défaut de s'appeler Jean-Eudes ou Charles-Henri, il se nomme Lucas ou Pierre... En aucun cas, un harceleur ou un empêcheur de tourner en rond ne saurait s'appeler Mohamed ou Mamadou et être une personne perçue comme non blanche...

Aveuglement - Haine de soi- Multiculturalisme - Déni de la réalité - Anti-racisme - Ne pas stigmatiser ...


D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@yahoo.fr

jeudi 26 septembre 2013

Deux femmes, deux gamins et une baignoire à roulettes

Cela fait deux jours que je traîne cette photo dans un coin de ma mémoire. Elle a été prise à Lille, il y a quelques jours, parait-il. Je reconnais l'endroit, j'habitais à proximité entre 1996 et 2000. 


En ce temps, pas si lointain, et pour autant que je m'en souvienne, Lille venait depuis quelques temps de finir la rénovation de sa vieille ville et de son hypercentre, comme on dit aujourd'hui. C'était plutôt pas mal et plutôt safe. Je ne peux compter les nuits où à pas d'heure je rentrais chez moi sans crainte. Je n'ai jamais été agressé, je ne connais personne qui l'ait été. Lille était clean.

C'est pourquoi cette photo m'a interpellé. Jamais, donc, il ne m'a été donné de voir ce type d'instantané "folklorique". En ce temps-là - et encore une fois, ce n'est pas si ancien - on ne me parlait pas d'immigrés à Lille, je ne parlais pas ni n'écrivais sur les roms, les gens du voyage et autres populations à ne pas stigmatiser; d'ailleurs, tout le monde s'en fichait, ça ne nous préoccupait pas. Y en avait-il ? Peut-être, sans doute alors étaient-elles bien cachées. Elles n'étaient pas là?  Possible, je n'en avais jamais vu; pas faute d'avoir traîné mes guêtres pourtant, oiseau de nuit, la nuit, cadre dynamique, le jour.  Que s'est-il donc passé ?

Regardant cette photo, je m'interroge. Sont-ce deux femmes algériennes, kabyles, marocaines, berbères, "arabes", il me semble voir sur leurs têtes de simples fichus, pas des voiles muzz. Sont-ce des romanichel(le)s, des roms, des gens du voyage ? Je ne sais pas trop et à la limite, peu importe. Mais que font-elles, là, à promener leurs gamins dans une baignoire à roulettes. Vous me direz, elles traversent dans les clous, preuve s'il en est qu'elles ont le sens des priorités... Vont-elles puiser de l'eau quelque part, y remplir la baignoire ? Les gamins ne semblent plus tout à fait en âge d'être promenés en poussette, même customisée. Qu'est-ce qui peut pousser deux femmes à exhiber ainsi deux pauvres gamins ?  Enfin quand je dis "exhiber" c'est ainsi que je pense, peut-être prennent-elles la chose bien plus simplement. Elles ne portent pas les habits d'un jour de fête, les enfants non plus, ils ne vont donc pas à une kermesse, à une fête de quartier ou à un concours de baignoires roulantes et flottantes comme il y a, une fois l'an, près de chez moi. N'ont-elles pas la même définition que moi du mot dignité ? Possible; je l'espère même, pour les enfants. Peut-on imaginer une mère bien de chez nous balader ainsi ses enfants ? Sans doute pas sauf pour Carnaval, peut être.

Quel peut être, de près, le regard de ces deux gamins; on voit tout dans un regard. Sont-ils heureux ? Sont-ils conscients de leur humilité, de leur pauvreté ? J'ose espérer que non. De quelle manière, une fois devenus grands, se souviendront-ils de cette exhibition ? En riront-ils ou garderont-ils rancœur et amertume ? Grandiront-ils tout simplement ?

En fin de compte, ces deux femmes me mettent colère et ces deux gamins me feraient pleurer si j'avais la larme facile. Je reconnais ne pas avoir toutes les clés pour comprendre cette photo mais elle me choque, elle me dérange.

Oui, je n'aime pas cette photo et je n'aime pas ces deux femmes parce que je les suppose mères.

Folie passagère 1921.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

France, 2019.