vendredi 20 janvier 2012

Retour sur la mort de Gilles Jacquier. Quelle vérité ?


Hier soir, il y avait dans Envoyé Spécial un poignant reportage sur le déroulé et les circonstances de la mort de Gilles Jacquier en Syrie. Les images étaient crues, brutales parce que bien réelles, prises sur le vif par ceux-là même qui étaient aux côtés de Gilles Jacquier. Dans le feu de l'action. A l'instant où.

Nous avons tous été émus lorsque nous avons appris la mort de ce journaliste présenté à juste titre comme très professionnel. Et l'on comprend aisément, puisque nous ressentons un peu la même chose, l'émotion des équipes de France 2 et de la profession. Un journaliste qui part c'est un peu de liberté d'expression et d'informer qui meurt. Le reportage est à charge, férocement à charge contre le régime de Bachir El Assad. Celui-ci, sans vergogne et avec cynisme, zigouille depuis plus d'un an quiconque ne marche pas dans les clous.  Plus de 5000 morts, dit-on. Dans une quasi indifférence de la communauté internationale, voire avec le soutien ignoble de certains.

Le reportage nous explique comment tout cela s'est passé. L'escorte curieuse des journalistes, les visas accordés, le plan de route, les lieux, le contexte; et puis, la 1ère, la 2ème, la 3ème et la 4ème explosion, fatale celle-ci. Les voitures qui arrivent, la panique, le taxi qui emmène Gilles... Photos et films à l'appui, le reportage essaie de mettre en évidence que le crime a été presque minutieusement préparé. Rien ne serait le fruit du hasard, tout serait à mettre sur le compte de soldats-gendarmes-barbouzes-bodyguards à la solde de Bachar et de son régime. L'impact de l'obus de mortier sur le sol devant l'immeuble pourrait le prouver.

Et je regarde ce reportage, scotché, impressionné, tendu. Le drame, en "léger différé" me sidère. Nous ne sommes pas au cinéma. Et honnêtement, je pense à Gilles, à sa famille, ses jumelles, ses collègues; j'ai de la peine. Mais je regarde. Et plus je regarde, écoute et examine les images et plus je me dis que quelque chose ne colle pas. Les explications fournies ne sont pas convaincantes. On  voudrait, on y croirait presque, que les forces de Bachir soient responsables de ce meurtre odieux. Mais, rien ne me convaincs, une impression, rien de véritablement tangible. Pas de preuves formelles. Je suis géné, j'aimerai tellement que cela soit: que l'on puisse prouver que Bachir et ses sbires soient coupables.

Mais malgré toute l'énergie mise dans ce reportage, malgré la colère naturelle et compréhensible des auteurs et la tentative d'accuser le régime, ceux-ci ne réussissent pas à prouver ce qu'ils s'évertuent à démontrer depuis le début du film. Le décalage, tel qu'il m'apparaît, entre ce qui s'est passé et ce que l'on voudrait qu'il se soit passé. Le reportage se termine sur un commentaire en voix off: Nous ne pouvons bien évidemment pas privilégier telle hypothèse, nous ne pouvons justifier d'aucune thèse. Un terrible aveu "d'impuissance ". Malgré tout ce qu'on a vu, rien ne permet de dire, tel qu'on nous le rabâche depuis le drame, que Bachir et ses sicaires soient responsables du drame. Cette voix off conforte mon malaise. On aurait aimé mais on ne peut confirmer.

Et puis ce soir, au hasard de mes lectures, je tombe sur cet article avec ce titre: " Jacquier aurait été victime d'une bavure des insurgés ! "

Alors, je me suis dit que malgré nos envies et notre empressement, la vérité n'était, peut-être pas, parfois, celle que nous eussions aimé voir éclater. Toujours se méfier des à priori et des jugements à l'émotion.

Il n'empêche Gille Jacquier n'est plus et il y a hélas fort à parier que nous ne saurons jamais, avec certitude, pourquoi.

Folie passagère 1017.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

4 commentaires:

  1. Je n'ai pas vu l'émission dont vous parlez, mon cher Corto, mais effectivement pourquoi orienter toute l'émission dans le sens d'une thèse, pour finir par admettre qu'on ne peut rien prouver ?
    Hier à la cérémonie des obsèques de Gilles Jacquier, monsieur Pflimlin a déclaré qu'une plainte avait été déposée et qu'il ferait tout pour que la lumière soit faite.

    RépondreSupprimer
  2. @marianne: oui ce reportage était très curieux dans son cheminement. Plus on avançait et moins j étais persuadé que la thèse défendue par les auteurs était plausible. Pour le moins contreproductif. Et cette conclusion presque pour se dédouaner de n'avoir pu prouver ce qu ils avaient mis 1h a essayer de prouver? Très curieux

    RépondreSupprimer
  3. Réponses
    1. Aussi les supporter de Bachar El-Assad que la rébellion qui finira par afficher ses préférence islamistes, aucun ne mérite quoi que ce soit de la part de l'occident.

      Ne rentrons pas dans un conflit qui n'est pas le notre, laissons les s'entre-tuer.

      Supprimer

Les commentaires " anonyme " seront systématiquement rejetés. La modération des commentaires étant activée, leur parution peut prendre quelques temps. Les commentaires hors-sujet ne seront pas validés.

L’église byzantine Saint-Louis de Paimbœuf, en Loire-Atlantique