dimanche 22 juin 2014

Hollande, Valls... la débâcle s'accélère

(1940, la débâcle à vélo)

Les grèves des cheminots, des taxis et des intermittents du spectacle, sur fond de contestation endémique dans les universités et de jacquerie fiscale, sont la face sociale du populisme dont le FN est l'expression politique. Ces mouvements sont autant de maladies opportunistes qui se développent sur le grand corps malade d'une économie exsangue et d'une démocratie à l'agonie. Les corporatismes mettent à profit le vide politique créé par le leadership fantomatique de Hollande pour se disputer le cadavre d'un État en faillite. Ils soulignent l'absurdité de la pseudo-méthode du dialogue social qui consiste à faire dépendre les réformes vitales pour le redressement du pays de syndicats illégitimes autant qu'irresponsables. Pendant les grèves, la débâcle de la France s'accélère, menaçant d'échapper à tout contrôle et de relancer la crise de la zone euro. Elle n'est pas stratégique comme en juin 1940, mais économique et sociale. Elle s'enracine dans un même déni du réel, dans un même refus de s'adapter pour répondre aux transformations du monde, dans une même incapacité chronique à décider et à agir.

Les Hollandenomics sont un désastre sans précédent depuis la déflation Laval de 1935. Sous prétexte de réenchanter le rêve français, François Hollande s'est trompé sur tout : le diagnostic, avec la reprise censée être au coin de la rue ; l'objectif, avec l'inversion de la courbe du chômage grâce aux emplois aidés ; la stratégie, avec un choc fiscal qui, loin de rétablir les finances publiques, a euthanasié la croissance et l'emploi. Le prix à payer par les Français est démesuré. Une croissance bloquée, dont tous les moteurs sont à l'arrêt : consommation et investissement du fait de la hausse des impôts et des prélèvements ; exportations du fait de l'effondrement de la compétitivité des entreprises. Un chômage qui touche 3,6 millions de personnes et qui frappe entre 15 000 et 30 000 salariés supplémentaires chaque mois. Une balance commerciale sinistrée, en déficit de 3 % du PIB quand celle de la zone euro affiche un excédent de 3 % du PIB. Un déficit public structurel de 4 % du PIB qui va conduire la dette au-delà de 100 % du PIB dès 2016.

Aucun secteur de l'économie ou de la société n'échappe au carnage. Au moment où s'affirme le rôle clé des métropoles, Paris est en passe de sortir des dix premières cités mondiales en raison d'une attractivité en berne et du blocage de la croissance : le PIB par habitant n'y a progressé que de 0,8 % par an depuis dix ans contre 2,7 % pour Londres. Le CAC 40, qui constitue la bouée de sauvetage de l'économie française, ressemble à un immeuble haussmannien en cours de restructuration : derrière la façade intacte, maintenue par des étais, on ne trouve que le vide créé par le départ massif des dirigeants et des états-majors, des centres de décision et de recherche, des investissements et des talents. La nation éclate en une myriade de communautés qui ne partagent plus que la peur et la haine, tandis que la jeunesse se voit offrir pour seul choix le chômage ou l'exil - voire le djihad. Le système éducatif se disloque dans l'indifférence générale, abandonnant sous ses décombres 2 millions de jeunes entre 15 et 25 ans.

La chute libre de la France contraste avec le redressement des autres pays européens, notamment dans la zone euro, qui bénéficie de la clairvoyance de Mario Draghi. La divergence avec l'Allemagne est explosive : croissance qui devrait être, d'après les dernières études, de 0,8 % en France contre 2,3 % en Allemagne ; valeur ajoutée de l'industrie limitée à 10 % du PIB contre 22,4 % ; taux de chômage de 10,4 % contre 5,2 % ; taux de chômage des jeunes de 23,2 % contre 7,9 % ; exportations réduites à 23 % du PIB contre 52 % ; dette publique de 97 % du PIB contre 77 %.

Politiquement, la percée du Front national ne relève ni de l'accident ni de la surprise : elle est le résultat logique des échecs de François Hollande, aggravés par l'implosion de l'opposition. Cette poussée de l'extrême droite, s'ajoutant à la mise en place d'une fiscalité confiscatoire et de mesures protectionnistes, achève de discréditer la France sur la scène internationale. Absente de la gestion des crises ouvertes en Ukraine et au Moyen-Orient, la France se trouve écartée des négociations sur la reconfiguration de l'Europe, qui, comme pour le budget de l'Union, se déroulent entre Angela Merkel et David Cameron.

François Hollande a perdu toute crédibilité auprès des Français comme auprès des dirigeants étrangers. Il est à lui seul un facteur d'incertitude majeur qui renforce la crise nationale. Le hollandisme, c'est l'ivresse des mots et l'inanité des décisions, le poids de l'idéologie et le vide de l'action.

Or François Hollande est en train de contaminer Manuel Valls, qui constituait l'unique chance de sauver son quinquennat. Non content de diriger un gouvernement de coalition hétéroclite et de n'être soutenu que par une majorité très relative, le Premier ministre est aspiré par le nihilisme élyséen. Tout est annoncé, rien n'est réalisé. Le bien mal nommé pacte de responsabilité reste dans les limbes avec des baisses de charges et de dépenses toujours inconnues ; le big bang territorial a été dynamité par une carte des régions aussi improvisée qu'absurde et par une usine à gaz départementale qui va générer des dépenses supplémentaires.

Le mal français et ses remèdes sont désormais parfaitement connus. Ils ont été analysés et détaillés par le FMI, l'Union européenne, les sages allemands, la Cour des comptes. La France doit arrêter une stratégie de redressement originale qui lui permette de valoriser ses nombreux atouts au lieu de les stériliser ou de les mettre à la disposition de ses concurrents. Elle relève d'une thérapie de choc à travers cinq pactes. Un pacte productif fondé sur la baisse des prélèvements sur les entreprises et sur un effort d'investissement et d'innovation. Un pacte social assurant la sortie des 35 heures et la flexibilité du marché du travail. Un pacte budgétaire prévoyant de diminuer de 100 milliards les 1 150 milliards d'euros de dépenses publiques en cinq ans. Un pacte citoyen réintégrant les jeunes et les immigrés dans la communauté nationale. Un pacte européen avec l'Allemagne impulsant une spirale vertueuse entre réformes structurelles et intégration renforcée de la zone euro.

Aujourd'hui, de deux choses l'une. Soit le couple exécutif est capable d'appliquer rapidement ce programme de redressement en réunissant une majorité solide pour le soutenir. Soit il sera balayé par la colère des Français, qui devance désormais la pression des marchés et de nos partenaires européens. Il n'est plus temps de parler, il faut délivrer. La France et les Français ne sont pas d'humeur à attendre les réformes comme on attend Godot chez Beckett.

Nicolas Baverez pour Le Point - 19 juin 2014.

D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

23 commentaires:

  1. Je serais fort curieux de savoir en quoi précisément pourrait consister ce "pacte citoyen réintégrant les jeunes et les immigrés dans la communauté nationale", quant au "pacte européen" pour encore plus d'intégration, on reconnait là l'européisme inguérissable de Nicolas Baverez pour qui les mots "liberté politique" semblent dépourvus de sens.
    Pour le reste il a évidemment raison, nous courrons vers l'abîme et les remèdes sont connus depuis longtemps. Sans que personne ose les appliquer, droite et gauche confondues.

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    1. @Aristide: je me doutais bien que cette phrase sur les immigrés ferait tiquer. mais il n a pas tort. Dans ce paragraphe, il émet des idées pour sortir la France de la merde. Or chacun, hormis SOS Racisme et autres couillons du genre, sait bien que la population immigrée et d origine immigrée pose problème et est un point de crispation de la société française sur lequel le Fn prospère.. On ne peut donc pas évacuer le sujet: il faut un pacte ( mot hélas galvaudé par la Socialie) sur ce sujet, quelque soit ce pacte: ou on intègre, on " ré-intègre" ou on va au clash: Au choix.

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  2. Toujours aussi Français? Si tu veux changer la politique vis-à-vis des immigrés, il faut remettre l'UE en question. Toujours pas compris que vous êtes les moutons de Bruxelles qui interdit pas mal de choses.
    jard

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  3. Idéologie ? Même pas. Une idéologie se raccroche à des idées : or il ne s'agit que de restes verbaux reliés à rien de chez rien, à rien de l'humain. Pire : des restes verbaux choisis pour leur effet : produire de la haine pour en tirer profit.

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    1. .. produire de la haine et de la casse humaine pour en tirer profit.

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    2. @Geneviève Boyer: Il y a des reste d'idéologie socialiste chez Hollande dont la principale manifestation est selon moi cette facheuse habitude de tout vouloir niveler par le bas au nom d'une égalité sublimée qui n est rien d autre qu un égalitarisme forcenée pour le plus grand nombre au profit de la caste dirigeante.
      Produire de la haine ? je ne sais pas. Multiplier les facteurs de division assurément.

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    3. C'est l'état actuel de ma réflexion :
      Hollande s'exprimant dans les médias pour plaindre un délinquant victime du "climat français" et scotomisant le viol, à son domicile, d'une femme âgée, le jeune homme découpé en morceaux, celui tué pour son portable, toujours par des groupes similaires à ceux qui ont tabassé "Darius" etc etc .. cela ne ressortit plus de la compassion, mais d'un calcul. D'ailleurs le ton embarrassé de ces déclarations sue le mensonge, mais c'est leur boulot pour que les voix aillent au FN et à eux contre le FN.
      Je peux me tromper, évidemment.

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  4. Ce gvt ressemble à un attelage de chevaux où chacun tire à hue et à dia ,cocher et maitre cocher sont complètement dépassés. Le point de non-retour est amorcé ce qui n'envisage rien de bon dans les semaines à venir .
    Pour les grèves d'été c'est devenu une tradition , faire caguer un maximum de vacanciers, aussi bien français qu'étrangers ,à l'arrivée des beaux jours . Cela fait bien longtemps que pour allez en Corse je ne prend plus ni l'avion ni la SNCM , Corsica ferry déjà plus aimable , à l'heure , sans grève surprise et nettement moins chère . Le TGV j'en ai fait mon deuil 7 h coincé dans une rame m'en a dégouté pour la vie ,

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    1. @Claude Henri: Comme toi, plus ça va, plus je pense que l on va vers des jours sacrément pénibles; je verrais bien cela quelques temps après la rentrée. Quant aux grèves l été, rien de nouveau, les grévistes foutent le bazar et les usagers trinquent . Quoi de mieux que cette période. Regarde les intermittents

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  5. Heureusement, il y a le foot, le foot!

    Mais je m'en tamponne de ces pousseurs de ballon payés des millions.

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    1. @Grandpas: a midi, ils montraient les femmes des joueurs de foot de l'equipe de France. C'est curieux, elles sont toutes plus belles les unes que les autres.

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  6. Il ne faudrait tout de même par réduire ce programme de redressement pour la France au seul problème que pose l'immigration, mon cher Corto.
    Mais contrairement à ce que dit monsieur Baverez, je ne pense pas que ce gouvernement soit capable d'appliquer quelque réforme que ce soit. Ainsi qu'on peut déjà je voir jour après jour, tout ce qu'il entreprendra sera inéluctablement voué à l'échec parce qu'il n'a plus de majorité pour appliquer sa politique.
    Nous sommes face à une crise de régime qui ira en s'accélérant dans la mesure où les politiques, ayant tourné le dos à la volonté populaire, s'accrochent aux institutions de la Vème République, pour imposer au peuple une politique dont il ne veut pas, ce qu'il fait clairement savoir élection après élection, sans que le pouvoir en tienne aucun compte.

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    1. @Marianne: baverez ne dit absolument pas que le GVt soit capable de réformer quoique ce soit, il dit: " soit... soit..."
      Soit le GVT réforme soit il sera "lynché", avec dans le ton rien qui laisse présager qu il croit dans la première solution.

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    2. Si comme vous le suggérez, mon cher Corto, Baverez ne croit pas dans la première solution, il aurait dû l'exprimer plus clairement au lieu de laisser planer un doute en faisant comme s'il y avait une alternative - en écrivant : "soit... soit..." - alors qu'il n'y en a pas.

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  7. En lisant les solutions de Baverez, j'ai pensé à l'expression "It's economic, stupid !".
    Comme d'autres commentaires, je pense que la solution de la France dépasse les moyens d'un premier ministre et sa politique économique.

    Amike

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    1. @Amike: Voie le commentaire que j ai laissé ci-dessus a Marianne. A relire Baverez, peut-on vraiment croire qu il espère de ce GVT et du couple exécutif ? Croit-il aux réformes de hollande ? Non. Ce que propose Baverez est assez simple, réalisable et autrement plus ambitieux que ce que nous propose Hollande et Valls. Volet "pacte immigration " mis a part.

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  8. Je souscrit pleinement à cette analyse si explicite.
    Malheureusement, avec des nullards pareils, je crains fort que, comme chez Beckett, nous ne puissions rien espérer d'autre qu’attendre éternellement Godot.
    Dans le cas présent, il vaudrait même mieux parler de Godillots lourdingues... :-((

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    1. OUPS ! "Je souscris", bien sûr...

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    2. @Franzi: Et pourquoi ne nous contenterions nous pas d attendre ? N'est-ce pas ce que fait Hollande depuis le début et Valls maintenant: Attendre que la croissance revienne !
      Hollande disciple de Beckett ? ou de Dalida: j'attendrai, le jour et la nuit, j'attendrai toujours ton retour" ...

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    3. @ Corto
      Oui, mais eux, ils sont inconscients (et même cons tout court).
      Et franchement Corto, vous vous voyez attendre pendant l'é-ter-ni-té ? Moi, non !... :-(

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  9. Pour que les remèdes que vous décrivez soient applicables et portent leurs fruits, il faut ajouter une condition préalable: des politiques compétents et honnêtes. Ce qui est pour l'instant impossible à trouver. La société française est rongée par les magouilles, népotisme, copinages, privilèges et corruptions diverses. Tant que cette situation durera, il est illusoire d'envisager des solutions efficaces.
    Et puis "réintégrer les immigrés" me semble un vœux pieux dans l'air du temps. Certes, il faut conserver les immigrés qui se sont intégrés et si possible assimilés et avoir le courage de dire (pour faire ensuite) que ceux qui ne se sont pas intégrés souvent parce qu'ils n'en avaient ni la possibilité ni la volonté, n'ont pas leur place en France.

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    1. @Pa,gloss: absolument d accord avec toi aun bémol près: non, tous les politiques ne sont pas pourris

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  10. Ceux qui ne le sont pas acceptent de rester dans le parti de ceux qui le sont. Ou bien on exclut les pourris ou bien on quitte le parti. Sinon, on est complice.

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L’église byzantine Saint-Louis de Paimbœuf, en Loire-Atlantique