jeudi 8 mai 2014

Mali: salades hollandaises et amateurisme

Ce qu'il y a de bien avec la présence de la France au Mali, c'est qu'elle illustre parfaitement l'espèce d'amateurisme avec lequel Président gère les affaires de l'Etat. Suivons donc l'évolution des choses, dates et chiffres ayant leur importance...


Acte 1, 15 janvier 2013: Alors qu'il est en promenade aux Emirats Arabes Unis: Président déclare envoyer des militaires français pour "détruire les terroristes, les faire prisonniers si possible". Il endosse la casquette du chef de guerre, pas de quartier, on flingue d'abord, on détruit et on cause après, si possible. Tout le Sahel commence à trembler car il l'a dit: " Nous sommes confiants sur notre capacité à arrêter les terroristes". Et d'ailleurs, "nous avons les bons matériels dont le Rafale, un très bon avion  dont je n'ose pas dire que l'expérience l'a démontré". Et vous verrez, le problème sera vite réglé: " Nous n'avons pas vocation à rester au Mali". Promesse qu'il renouvellera le 28 janvier.

Acte 2, Président va au Mali le 2 février 2013 pour se faire acclamer car l'opération Serval fonctionne à plein, les méchants ont été repoussés dans le Nord. C'est cool; pour Président, ce jour-là "est la journée la plus importante de ma vie politique" éructe-t-il devant une foule en liesse.

Acte 3, quatre mois plus tard, le 22 avril, l'Assemblée Nationale française vote la prolongation de la mission au Mali dont on nous disait que l'on avait pas vocation à s'y éterniser. La France a déployé près de 4 000 hommes mais comme la chasse aux méchants a donné de bons résultats, on commence à rapatrier 100 militaires et 5 avions Rafale et Mirage 2000 sont désengagés, retour au pays. Le calendrier est fixé par le gouvernement: "Fin juillet, il n'y aura plus que 2 000 soldats Français au Mali, plus que 1 000 en décembre 2013".

Acte 4, mai 2013, Le Drian confirme que la force française ne comptera plus que 1 000 soldats sur le terrain en 2014.

Acte 5, début janvier 2014, les forces françaises déployées au Mali comptent... 2 500 hommes, bien loin des prévision de 1 000 établies en avril et mai 2013.

Acte 6, le 8 mai 2014, jean-Yves Le Drian, le bras armé de Président, déclare: "Nous sommes en train de nous réorganiser pour avoir une conception régionale du contre-terrorisme." En plus des 1 000 soldats français stationnés du côté de Gao, "3 000 autres soldats seront déployés sur une bande sahélo-saharienne. La guerre au Mali est en train de se terminer dans sa phase frontale." Raison de plus, sans nous prendre pour des cons, pour créer un nouveau front qui s'étendra tout du long de la frontière nord du Mali, du Niger et du Tchad. Et Le Drian de finir sa déclaration par "Le nord Mali est une zone de danger, de trafics en tout genre et là, nous resterons le temps qu’il faudra, il n’y a pas de date limite." Le temps qu'il faudra, pas de limite... 

Que disait Président en janvier 2013 ?: "Le retrait est inscrit, il n'y a aucun risque d'enlisement parce que nous avons le soutien de la population, parce que les Africains sont là, parce que les Européens sont présents, parce que nous avons une communauté internationale qui est à l'unisson."

En janvier 2013, le budget de l'opération Serval est estimé à 50 millions d'euros. Fin février 2013, l'Assemblée Nationale française évalue le budget de l'opération à 100 millions. Fin mai, deux députés français l'estime à 250 millions d'euros pour 2013. Le chef d'Etat-Major des Armées évaluera le surcoût de l'opération Serval dans le budget de la défense à 400 millions d'euros pour l'année 2013 quand un rapport parlementaire le fixera définitivement à 650 millions. 

Et bien croyez-le ou pas, le projet de loi de finances 2014 a fixé à seulement 450 millions d'euros le budget total consacré à l'ensemble des opérations extérieures. Tout dépassement, éminemment prévisible ne serait-ce qu'avec les déclarations de Le Drian ce matin, sera pris dans le budget "normal" de la défense. En Centrafrique, certains militaires Français dépensent , selon BFM, jusqu'à un mois de solde, de leur poche, pour "s'équiper mieux que ce que nous fournit l'armée: sacs de couchage, moustiquaires..."

Depuis le début de l'opération Serval au Mali, 8 militaires français ont été tués et 300 autres blessés (statistique arrêtée fin 2013 pour le nombre de blessés). Mais à part ça, nous n'avons pas vocation à rester au Mali, encore moins en Centrafrique...

Folie passagère 2269.

D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

17 commentaires:

  1. Nous avons surtout vocation à mettre des branquignols à la tête de l'Etat.
    Avec des chtarbés de cette envergure je me demande comment on peut
    s'étonner de voir la France dégringoler comme un tas de boîtes de conserve.
    Amitiés.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Nouratin: ah mais tu ne crois pas si bien dire, j ai lu un blogueur de GVt qui,sans rire, déclarait: " Hollande aura plus réformé que tout autre président..". autant dire que les branquignols ne sont pas qu'à la tête de l Etat :)

      Supprimer
  2. Quand on n'a pas la vocation mais qu'on se force, moi j'dis "Respect!". Blague à part, nos soldats vont se retrouver "dans la zone saharo-sahélienn" à crapahuter dans ce chaudron déserto-islamiste. Plaignons-les!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @pangloss: un peu qu on peut les plaindre, mais nous aussi, quelque part et toutes proportions gardées,, puisque tout ce qui n avait pas vocation à durer, dure et qu il faudra donc financer ce qui dure !

      Supprimer
  3. Casser du djihadiste au Mali et les accueillir en France , chercher l'erreur . Peut-être pour faire la guerre moins loin plus tard . Notre chef de guerre a-t-il fait son service militaire , si oui certainement à la corvée de patate .

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Claude Henri: Il a été réformé mais a fait des pieds et des jambes pour le faire quand même, et le fit donc dans des bureaux !

      Supprimer
    2. Il a effectivement servi au 1er RPCM.
      Waouh, 1er régiment parachutiste commando marine?!?
      euh...non. 1er régiment près de chez moi. 71ème régiment du Génie, à Oissel. 6 km de Rouen, chez Popâ et Môman

      Popeye

      Supprimer
    3. Il ne s'agit pas que de les accueillir, claude-henri17. Comme si cela ne suffisait pas, on est prié de les GARDER CHEZ SOI, quand ils n'aspirent qu'à aller s'entre-tuer !

      Supprimer
    4. Et aussi de les payer et de leur donner des droites qu'on refuse aux "desouche" .

      Supprimer
  4. marianne ARNAUD8 mai 2014 à 20:42:00

    J'ai assisté à une conférence de Charles Millon, ancien ministre de la Défense, sur le Mali, en présence de plusieurs Maliens, mon cher Corto.
    A la fin de la conférence j'ai dit à Charles Millon, devant les Maliens, que si la France voulait vraiment faire tout ce dont il avait traité, il y en aurait pour au moins vingt ans. Il ne m'a pas démentie et les Maliens non plus.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @marianne: Charles Millon est donc encore vivant :) Mais que proposait-il pour résoudre, si possible en moins de 20 ans, la crise malienne qui nous coûte un bras chaque mois passant ? Avez vus bien lu les chiffres ci-dessus ?

      Supprimer
    2. marianne ARNAUD8 mai 2014 à 21:24:00

      Ce qu'il expliquait c'est que tout était à faire, si on voulait "gagner" cette guerre. A commencer par construire des routes, car comment acheminer les soldats et le matériel s'il n'y a pas de routes.
      Quand vous avez réussi à pacifier les zones, il faut construire des écoles, des hôpitaux, etc...
      Vous voyez le topo ?

      Supprimer
    3. @marianne: des écoles, des routes, des dispensaires, des voies ferrées, des routes, etc... Charles Millon veut-il au Mali revivre la grande époque: colonisation et Françafrique ? Sacré Millon ! Et puis quoi encore ? De plus, Président a dit que la Françafrique c'était fini !

      Supprimer
  5. Cetter égion est depuis deux mille ans une zone de trafics et de banditisme d'esclavagisme associé au tribalisme ce fut assez calme la France régnante mails si peu de temps

    alors à combien revient le " terroriste " abattu ?? ça fait cher au kilo
    Je pense qu'en les payants comme font nos édiles dans les cité pour devenir animateurs socios culte machins cela nous reviendrait moins cher

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Balerofr: les payer en tant que médiateur ou animateur socio ?? mais y a personne à médiationner ou a animer à part eux mêmes :)

      Supprimer
  6. Seul le décompte des soldats morts et blessés ne peut échapper à la manipulation des chiffres. En me basant sur les coûts réels "opérations extérieures" 2013, je dirais que le chiffre 2014 sera proche du milliard. Vive la France !
    Pour le reste, si l’art consommé de l’adaptation sémantique à l’évolution des choses, suffisent à manipuler l’opinion. ILS auraient tort de ne pas en jouer.
    .
    Sachant que si, ces subtilités n’échappent pas à ta loupe, entre autres Sherlock de la blogosphère, ILS peuvent compter sur la bienveillance des médias, pour que l’immense majorité des français, soit tenue, maintenue (détenue !), dans l’ignorance de ces quelques « détails ».


    " Nous n'avons pas vocation à rester au Mali" Il a menti ? Pas du tout !
    Il avait tout simplement omis de nous préciser le déroulement des phases…
    Son ministre vient de réparer cet oubli en nous indiquant : que la phase frontale contre les groupes jihadistes est en train... de se terminer et que nous sommes entrés dans une « autre phase » Nuance ...pour les crétins que nous sommes.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @mireille: Bien sur qu il dépassera le milliard puisque rien que pour 2013 le Mali a coûté 650 millions et que depuis il y a en plus la Centrafrique et qu au Mali Le drian a annoncé l installation pour le "temps qu il faudra " de 3 000 soldats en plus ! Preuve s il en est que nos parlementaires et le GVT sont des gros nazes en votant "seulement" 450 millions pour 2014 !!

      Supprimer

Les commentaires " anonyme " seront systématiquement rejetés. La modération des commentaires étant activée, leur parution peut prendre quelques temps. Les commentaires hors-sujet ne seront pas validés.

Vivre en Européen