mercredi 21 mai 2014

" Je m’insurge contre les poisons de l’âme "


Il y a tout juste un an, un mois après l'adoption définitive par l'Assemblée de la loi Taubira, Dominique Venner choisissait de partir. La veille, il publiait le message suivant:

« Je suis sain de corps et d’esprit, et suis comblé d’amour par ma femme et mes enfants. J’aime la vie et n’attend rien au-delà, sinon la perpétuation de ma race et de mon esprit. Pourtant, au soir de cette vie, devant des périls immenses pour ma patrie française et européenne, je me sens le devoir d’agir tant que j’en ai encore la force. 
Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable. J’offre ce qui me reste de vie dans une intention de protestation et de fondation. Je choisis un lieu hautement symbolique, la cathédrale Notre Dame de Paris que je respecte et admire, elle qui fut édifiée par le génie de mes aïeux sur des lieux de cultes plus anciens, rappelant nos origines immémoriales. 
Alors que tant d’hommes se font les esclaves de leur vie, mon geste incarne une éthique de la volonté. Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies. Je m’insurge contre la fatalité. 
Je m’insurge contre les poisons de l’âme et contre les désirs individuels envahissants qui détruisent nos ancrages identitaires et notamment la famille, socle intime de notre civilisation multimillénaire. Alors que je défends l’identité de tous les peuples chez eux, je m’insurge aussi contre le crime visant au remplacement de nos populations. 
Le discours dominant ne pouvant sortir de ses ambiguïtés toxiques, il appartient aux Européens d’en tirer les conséquences. À défaut de posséder une religion identitaire à laquelle nous amarrer, nous avons en partage depuis Homère une mémoire propre, dépôt de toutes les valeurs sur lesquelles refonder notre future renaissance en rupture avec la métaphysique de l’illimité, source néfaste de toutes les dérives modernes. 
Je demande pardon par avance à tous ceux que ma mort fera souffrir, et d’abord à ma femme, à mes enfants et petits-enfants, ainsi qu’à mes amis et fidèles. Mais, une fois estompé le choc de la douleur, je ne doute pas que les uns et les autres comprendront le sens de mon geste et transcenderont leur peine en fierté. Je souhaite que ceux-là se concertent pour durer. Ils trouveront dans mes écrits récents la préfiguration et l’explication de mon geste. »

A quelques jours des élections européennes et alors que l'Assemblée débat à nouveau sur la famille son message a-t-il encore une résonance ? Si tant est qu'il en ait eu une...

Il me plait d'essayer de faire mienne cette phrase de Dominique Venner.

" Comment peut-on être rebelle aujourd’hui ? Je me demande surtout comment on pourrait ne pas l’être ! Exister, c’est combattre ce qui me nie. Être rebelle, ce n’est pas collectionner des livres impies, rêver de complots fantasmagoriques ou de maquis dans les Cévennes. C’est être à soi-même sa propre norme. S’en tenir à soi quoi qu’il en coûte. Veiller à ne jamais guérir de sa jeunesse. Préférer se mettre tout le monde à dos que se mettre à plat ventre. Pratiquer aussi en corsaire et sans vergogne le droit de prise. Piller dans l’époque tout ce que l’on peut convertir à sa norme, sans s’arrêter sur les apparences. Dans les revers, ne jamais se poser la question de l’inutilité d’un combat perdu. ”

NB: Les éditions Pierre-Guillaume de Roux rééditent Le Cœur Rebelle publié initialement en 1994 avec une postface inédite de l'auteur.

Folie passsagère 2293.
Couverture du Coeur Rebelle, éditions Pierre Guillaume de Roux
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

33 commentaires:

  1. J'ignore si les personnes qui mettent fin à leur vie de façon si spectaculaire détiennent une réponse pour qui que ce soit, mon cher Corto.
    Mais ce que je sais, c'est qu'accomplissant ce geste, ils ne se rendent pas compte du véritable séisme qu'ils créent au sein de leur famille.
    Je ne peux en effet m'empêcher de penser que s'ils en avaient la moindre idée, ils ne le feraient pas.

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    1. @marianne: je me doutais bien qu en publiant ce dernier message de Venner vous réagiriez non sur son message mais sur son départ, j ai même hésité à le faire. mais je trouve que son message est tellement d actualité qu il m était difficile de passer outre. J ai découvert Venner à l occasion de son départ et du tumulte qu il avait provoqué ainsi qu en suivant les conseils de Michel Desgranges qui m avait recommandé de lire Le Coeur rebelle. Depuis, j en ai lu 3 ou quatre et considère que Venner est un incontournable au même titre qu un Raspail par exemple.
      Bises à vous

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  2. Hélas ! Le réveil ou l'éveil des consciences n'est pas à la hauteur de l'acte qu'ils ont motivé.

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    1. @Mireille: Une évidence encore que je pense que comme beaucoup je ne me serai sans doute pas intéressé à cet auteur et à sa façon de voir s'il était parti "naturellement".

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  3. Robert Marchenoir21 mai 2014 à 18:44:00

    Je suis sain de corps et d’esprit, et suis comblé d’amour par ma femme et mes enfants. J’aime la vie et n’attend rien au-delà, sinon la perpétuation de ma race et de mon esprit.

    C'est contradictoire avec le fait de se donner la mort à Notre-Dame. Ou alors, c'est une volonté délibérée d'offenser gravement les chrétiens... ce qui est en soi contradictoire avec les convictions proclamées de Dominique Venner, patriotiques, traditionalistes et identitaires.

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    1. @Marchenoir: Son suicide et sa façon de le faire n'est pas l objet de ce billet. Il n'eut pas été correct de ma part d'enlever la première et la dernière phrase.

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  4. "Ne jugez pas un homme sans avoir marché quelques pas dans ses chaussures". Je ne me permettrais pas de juger l'acte de cet homme qui est d'ailleurs passé plus ou moins sous silence, brocardé FN par l'intelligentsia boboïsante. Mais ce texte est criant de vérité. Le suicide auquel je n'adhère pas est aussi un acte de courage que la raison réprouve mais je suppose que cet homme avait tant de colère et de déception en lui qu'il n'a trouvé que ce seul ( et triste ) moyen pour se faire entendre.
    Malheureusement, comme tu le dis, a-t-il été entendu ? On continue notre descente et nous poursuivons ( inexorablement ?) notre reniement aux valeurs de notre pays. Malgré tout ,incorrigible optimiste, je pense que les idées ont leur rythme de diffusion. Faut-il donc arriver à ces extrémités pour avancer ? c'est toute la question. Faut-il détruire pour reconstruire ? Faut-il voter les Extrêmes pour faire entendre raison ?
    Nous verrons ce qu'il en est après le 25 mai et ce que dira le pouvoir qui ne l'aura plus beaucoup. Ceci dit, il ne faut jamais mésestimer l'adversaire et il est bien plus dangereux lorsqu'il est blessé.

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    1. IDEL: Avec son geste , il a donné une audience inespérée à ces idées et convictions et par la même m'a permis de le découvrir. J imagine ne pas etre le seul.
      Ils sont quelques uns comme lui a avoir prédit cette "descente aux enfers" et l on voit avec ces élections européennes que leurs alertes sont au coeur des débats et des divergences. leur demarche était intellectuelle, celle du Fn est populiste , mais quitte a faire...
      On verra comment le GVT mais aussi le PS et l UMP réagiront a cette claque FN. ça va etre chaud.

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  5. c'était un grand auteur et un homme de convictions, je l'écoutais souvent dans sa superbe émission sur l'histoire et nous sommes abonnés depuis le premier numéro à la NRH, sa mort m'a beaucoup touchée

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    1. @Boutfil: Un grand auteur que j ai découvert a l occasion de son suicide. Oui, a lire absolument.

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  6. Je ne sais trop qu'en penser au fond mais je m'incline devant le geste de cet homme
    qui, en tout cas, était des nôtres. Et le profond dégoût que devrait inspirer à tout
    honnête homme la société de cloportes qu'on nous a fabriquée avec plus ou moins
    l'assentiment de chacun, ne saurait inspirer autre chose que la rébellion. Mais à
    vrai dire, en fait de rébellion, ici et maintenant on ne voit rien du tout...ou si peu.
    Amitiés.

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    1. @Nouratin: la rebellion, si peu ? oui, il y a tout de même des signes encourageants

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  7. Sa mort lui aura permis de ne plus regarder, impuissant, la dégringolade qui s'accélère...
    Ceux qui lisent ce qu'il a écrit sont ceux qui ont déjà pris conscience de l'immense danger qui guette notre civilisation...les autres continuent avec leur bonne conscience humaniste et progressiste à participer à sa destruction...

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    1. @nana: Sommes nous si peu nombreux a avoir pris conscience des dangers ?

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  8. "Préférer se mettre tout le monde à dos que se mettre à plat ventre." Chez nos politiques, nous pouvons compter sur les doigts d'une main ceux qui ont ce courage, sans arrières pensées politiciennes. Henri Guaino par exemple ? .

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    1. @mireille: Guaino que j aime beaucoup est à mi-chemin, le jour où il citera Raspail ou Venner, alors là , oui, et plutot deux fois qu une ! :)

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    2. Il me semble Corto, que tu es beaucoup moins exigeant pour les autres ténors de droite qui sont bien en deçà de ce que tu exiges de Guaino.

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    3. @mireille: quels ténors de la droite ? Jupé, Fillon, Raffarin , Copé et compagnie ? Ce ne sont pas pour moi des ténors, ce sont des gens à l égo boursouflé qui ruinent la droite classique. Je n ai aucune exigence vis a vis de ces gens là. Par contre oui, je suis exigeant avec des gens comme Guaino, Sarkozy bien sur, Bruno Le Maire, peut etre Wauqiuez parce que je sais qu on peut être exigeant avec eux parce qu ils le sont avec eux-mêmes, qu ils m inspirent confiance ( je sais, c'est un jugement subjectif). et qu ils ont suffisamment de coucougnettes pour se dégager du politiquement correct qui a tant étouffé la droite ( je sais aussi que je peux me tromper).

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    4. @corto : ça se dessine presque à l'identique pour moi : Guaino (pour sur), Bruno Le Maire (OK), , Wauquiez (OK)
      Quant à Sarkozy (peut-être !!!..) Sans compter que d'ici 2017 il faudra que les batteries de casseroles dégringolent, il devra trouver autre chose que le pic de la Crise, qu'il a certes très bien gérée, pour nous expliquer qu'il n'a pas pu mettre en œuvre ce qu'il aurait voulu.

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  9. Dans le même genre il y a l'écrivain Yukio Mishima , il en reste quoi aujourd'hui . La lutte c'est la vie et Venner je n'en ferais pas mon idole , le suicide pour quelque raison que se soit est égoïste .

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    1. Je dirais que c'est surtout inutile.

      Sauf en faisant le kami kaze (et encore)

      En ce sens Breivik a peut-être été plus "efficace" en tuant comme un s*alaud pour une cause, tout comme Merah ou tout autre taré tuant les autres pour sa cause (et non pas en se tuant seul)..

      Venner est déjà oublié. Pour rien.

      Que ce monsieur repose en paix.

      Vryko

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    2. @Vryko: déjà oublié ? absolument pas la preuve,, j en parle aujourd'hui et d après ce que j ai vu ds les reseaux sociaux, je ne suis pas le seul

      @Claude Henri: peut on dans le cas de Venner parler réellement de suicide tel qu on en parle habituellement, je ne suis pas sur.

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    3. Faut pas charrier non plus.

      On va pas s'ouvrir le bide à la sauce japonaise parce que le mariage est devenu une bouffonnerie...d'ailleurs, soyons honnêtes, quand on sait qu'un mariage sur trois s'achève par un divorce avant les trois révolus du premier enfant, on devrait se poser la vraie question avant d'accuser les homos ou la chute des feuilles sur les rails : le mariage est-il encore adapté à nos modes de vie ou est-il une relique d'une époque qu'on n'a pas connu ?

      Le mariage est à l'image du pétrole : il arrive à son terme mais on ne sait pas par quoi le remplacer, donc on le garde.

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    4. Le mariage est la porte ouverte à PMA et GPA, c'est tout. Il suffit de voir les manifestations violentes des mouvements gay et lesbien pour obtenir ce droit.

      On nous a vendu, le mariage pour tous comme l'acte ultime d'amour entre deux personnes de même sexe mais les homosexuels étant des gens comme les autres, le nombre de divorce sera aussi important que pour le reste des mariés.

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  10. Le Cœur Rebelle et le Camps des Saints
    les deux livres que j'ai le plus offerts

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    1. @balerofr: le camp des saints, j ai du l offrir deux fois et deux fois à des "progressistes".

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  11. Le coeur... du sujet!
    Cher Corto, d'abord je suis un peu déçu car ce que j'aime chez vous d'habitude est que vous appelez un chat un chat; or, ici, vous écrivez qu'il "choisissait de partir", alors qu'il s'est tiré une balle dans la tête dans le choeur d'une cathédrale, "choisissant" sans nul doute de traumatiser gravement ses proches, et de profaner délibérément un lieu de culte chrétien avec son propre sang.
    Tout cela est dans la logique de ses engagements car, et c'est là le coeur du sujet, Dominique Venner était un païen assumé pour qui les cathédrales n'ont de valeur que parce qu'elles ont été édifiées sur d'anciens temples celtes ou gaulois et à une époque que la "nouvelle droite" a toujours paré d'un idéalisme romantique d'ailleurs assez peu conforme à la vérité historique.
    On le sent dans les commentaires: dans ces temps frileux et utilitaristes où nous étouffons, ce sacrifice spectaculaire déclenche une certaine admiration... mêlée de gêne; comme si on sentait bien que quelque-chose ne va pas, sans vraiment savoir quoi...
    Ce qui ne va pas, c'est le mélange:
    - mélange d'une exaspération légitime devant le déclin de nos valeurs... et d'une réaction purement désespérée sur laquelle on ne peut rien fonder;
    - mélange de révérence pour la Cathédrale... et de mépris pour la religion au nom de laquelle on l'a bâtie;
    - mélange de panache... et de réalité sanguinolante;
    - mélange de souci magnanime des générations futures... et d'indifférence honteuse et égoïste face aux traumatismes que ce geste provoquera chez ses descendants.
    Au delà du panache apparent, et sans juger l'homme, manifestement égaré, il convient de juger le geste. Et le geste est mauvais! Le suicide est un non à la vie, un acte de désespoir et la conséquence ultime et logique de la volonté "d'être à soi-même sa propre norme" comme vous le citez si justement.
    Dominique Venner aurait mieux travaillé pour la cause qu'il prétend servir en transmettant avec amour ses idées à ses petits-enfants, et aux autres... Mais peut-être qu'en fait les idées en question ne menaient que là?...

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    1. Je suis assez d'accord avec cette analyse de Brintox.

      J'ajouterais qu'il me semble bien prétentieux de penser qu'en ce donnant la mort dans un lieu hautement symbolique, le cours de l'évolution contestée va changer.

      Non, décidément, cet homme de valeur avait mieux à faire de son vivant et les livres qu'il n'aura pu écrire eurent été autrement plus efficaces pour servir ses convictions.

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    2. @Brintox et Alain Bar:

      Si j écris " il choisissait de partir" c'est bien parce qu il l a choisi, je ne juge ni interprète. Qu il mette ainsi ses proches dans la douleur certes, je n en disconviens pas et pour toutes les contradictions relevées par Brintox, je suis même assez d accord. Ceci étant, c'est par cet acte que d aucuns jugent insensé et par son retentissement que j ai découvert le personnage et ses écrits auxquels j adhère quasi pleinement. Sans cela, je sais que je serais passé à côté d un grand écrivain et d'un intellectuel . En ce qui me concerne donc, par son geste, il n'a pas desservi sa cause puisqu'il a fait un "adepte" de plus et j imagine ne pas être le seul.
      Les livres supplémentaires qu'il aurait pu écrire ? Sans doute sauf que de son vivant, sa production était mise sous le boisseau de la bien pensance et seuls les "avertis" en avaient connaissance. Compte tenu du climat actuel, cette censure se serait sans doute poursuivie ( il n y a qu a voir de quelle façon le dernier livre de Finkielkraut a été reçu).
      Dire de Venner qu'il était "égaré" est stupide si l on entend par là qu il avait l esprit dérangé, placé au coin du bon sens si l on sous entend "perdu" dans un monde qui ne convenait plus à ses convictions. Dans ce deuxième cas, son geste est peut être considéré comme cohérent. Compte tenu du personnage entier qu il était, il ne pouvait en être autrement. Et j acquiesce au commentaire de Grandpas ci-dessous. Son geste n'était-il pas in fine un acte de résistance désespéré ?

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  12. Déjà un an, J'ai connu Dominique Venner par ses ouvrages sur les armes, sur son suicide je ne dirais rien, il avait ses raisons que notre raison ignore.

    Dans la geste occidentale, le suicide est une abomination pourtant dans certaines situation comme des actes de résistance désespérée, on n' évoque plus le mot suicide mais des actes de bravoure insensée et pourtant ne s'agit il pas d'une forme de suicide d'honneur.

    Il est vrai que l'honneur n'est plus de mise de nos jours surtout en socialie.

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    1. @Grandpas: Merci de rappeler ici que le "suicide" n a pas forcément la même signification pour tout le monde.

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  13. Merci, Corto pour ce billet "d'actualité" ...
    Je constate ci-dessus que l'on n'est pas prêt de sortir de nos "emmerdes".

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    1. @crisfi: de rien, on s'est compris , c'est le principal :)

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