samedi 14 juillet 2012

Tu fais chier Jacques, tu vas me manquer Jacquouille...

Je ne pensais pas avoir le temps de venir par ici ce week-end. Surchargé. Et puis le truc m'est arrivé en pleine tronche, ce soir, vers 19h30. Rien ne se fait impunément: Une soirée totalement délire hier et le retour de bâton aujourd'hui; Jacques est parti. Mon ami Jacques s'en est allé soudainement à 65 ans. Aussi soudainement qu'il était entré dans ma vie en 1988. En Guyane. C'est internet qui m'a prévenu...

( Sur le Newport Clipper en 1988 )
J'ai rencontré Jacques en 1988, à Kourou, il était alors barman en chef sur un bateau de croisière, le Newport Clipper. Un barman fou, un barman à cocktail... cocktails en tous genres, classiques ou inavouables. Depuis ce jour-là, kilomètres ou pas, de près ou de loin, on ne s'est jamais quittés.  Plus tard, tu fus LE barman du Métro, LE bar de Cayenne: le TG²V, Téquila, Gin, Get, Vodka, j'te jette tout ça dans le même verre... Secouez-moi, secouons-nous.

Il y avait du Tati dans ce Jacques: de la folie, de la gentillesse, de la déjante, du loufoque, du très grand. On a, à cette époque, souvent pris le train ensemble, des rails et des rails. On a fait des fêtes à se mettre la tête à l'envers. Tu te souviens, mon pote, de ces petits pains en forme de bites que tu avais fait confectionner pour ce dîner d'anthologie, route des Plages. Tu te souviens, de là où tu es, de la Belle Époque, soirs de concert au Polygone: Goldman, Nougaro. P'tain de Nougaro, il l'avait mis à sac le resto, on s'était joint à lui. Jacques, un beau jour, avait décidé de " construire " sur la route de camp Caïman, une petite bicoque sympa, un carbet au bout de la piste en latérite. Elle est goudronnée maintenant. Tu t'étais fait rouler par les proprios parce que t'étais trop couillon pour faire confiance autrement qu'en se tapant la pogne, comme les maquignons. Alors, t'étais rentré sur Cayenne, reprendre le boulot et finir de dilapider ton héritage, ses merveilleux diamants.

On est parti au Vénezuela avec Jacques, mon, pardon, notre Jacquouille, c'est comme cela que quasiment tout le monde le surnommait; quelles vacances, quelle folie, quelle démesure. Buick et palace. Avec la Jacqueline et l'autre, ce fou furieux de chercheur d'or, Benoit ou Bruno, je ne sais plus.

Et la vie a suivi son cours, avec des hauts et des bas. Comme moi, t'es rentré en métropole.  On a laissé la forêt, la rivière, la Guyane, on lui a tourné le dos sans jamais l'oublier. Et on a continué à refaire le monde. Tu t'es retrouvé à Accous, moi à Paris.  Comment s'appelait-il ce bar  de la rue Saint-Denis où tout le monde te connaissait ?  Le N° 1, le Club ?  Ces soirées foldingues; celle à tout casser avec un  mec et sa gonzesse, peu trop connus du grand public en ce temps-là, David et Cathy Guetta... Et puis pour toi les Pyrénées, le fin fond des Pyrénées, avec ta douzaine de chats, tes fleurs, tes plantes et tes petits larcins en proche Espagne pour arrondir tes fins de mois; et moi qui continuait de voyager.

( Accous, 2006 ou 2007 )
Par deux ou trois fois, je suis venu te voir là-bas. Ce furent toujours de bons moments, de grands et de précieux moments. Et par téléphone, par emails, par facebook interposés, on a toujours gardé le lien.  Je te rappelle, mon Jacquouille, que je devais aller te voir à Toulouse puis à Accous, cet été, ce putain d'été pluvieux hollandais; on en avait parlé, il y a à peine 3 semaines. Sauf que, Jacques, t'es un putain d'enculé de ta race, t'es parti sans prévenir. En lousdé. Sans rien dire. C'est pas réglo, ça. C'est peut-être bien la seule fois en 24 ans où je t'en veux. Tu fais chier Jacquouille, c'est pas un âge pour partir. Sans crier garde ou au secours.

Tu vas me manquer Jacquouille. Vraiment.

Folie passagère 1258.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

16 commentaires:

  1. Texte émouvant. Je comprends. Ou j'imagine comprendre. Toutes mes condoléances, Corto !

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  2. On as tous un Jacques ou on aimerai en avoir connu 1 le mien m as quitte mais il est toujours présent ,ferons dignement son départ en contant ces histoires a bientôt Jacques .....

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  3. Il y a des 14 juillet plus pénibles que d'autres. Cette année, c'était votre tour…

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  4. le départ d'un ami est toujours quelque chose de terrible, on en a si peu de vrai ! il sait, là où il va, qu'il laisse derrière lui quelqu'un qui l'aimait, il a donc eu une belle vie puisqu'il a eu de l'amour et de l'amitié
    les gens ne meurent pas tant que quelqu'un pense à eux
    je t'evoie pleins de gros bisous

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  5. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.


    Rassembler les images du passé
    Etaler sur le coeur celles ci ,toutes
    Garder les plus belles plein de rire
    Rejeter les autres trop de pleur
    Essayer malgré la douleur présente
    Toujours de les regarder une à une
    Souvenirs de notre route ensemble

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  6. Avis!: merci à tous. jacques était vraiment un mec peu ordinaire.

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  7. Bonjour Corto,

    Tel que vous décrivez votre ami, il me semble qu'il aurait aimé ce texte peu connu me semble t-il, de Georges Brassens. Jacques semblait appartenir à la catégorie de ces " fils de la chimère, assoiffés d'azur, poètes, fous...." si bien mis en scène dans cette chanson.


    "LES OISEAUX DE PASSAGE
    de Georges Brassens

    Ô vie heureuse des bourgeois Qu'avril bourgeonne
    Ou que décembre gèle, Ils sont fiers et contents
    Ce pigeon est aimé, Trois jours par sa pigeonne
    Ça lui suffit il sait Que l'amour n'a qu'un temps

    Ce dindon a toujours Béni sa destinée
    Et quand vient le moment De mourir il faut voir
    Cette jeune oie en pleurs C'est la que je suis née
    Je meurs près de ma mère Et je fais mon devoir

    Elle a fait son devoir C'est a dire que Onques
    Elle n'eut de souhait Impossible elle n'eut
    Aucun rêve de lune Aucun désir de jonque
    L'emportant sans rameurs Sur un fleuve inconnu

    Et tous sont ainsi faits Vivre la même vie
    Toujours pour ces gens là Cela n'est point hideux
    Ce canard n'a qu'un bec Et n'eut jamais envie
    Ou de n'en plus avoir Ou bien d'en avoir deux

    Ils n'ont aucun besoin De baiser sur les lèvres
    Et loin des songes vains Loin des soucis cuisants
    Possèdent pour tout cœur Un viscère sans fièvre
    Un coucou régulier Et garanti dix ans

    Ô les gens bien heureux Tout à coup dans l'espace
    Si haut qu'ils semblent aller Lentement en grand vol
    En forme de triangle Arrivent planent, et passent
    Où vont ils? qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol

    Regardez les passer, eux Ce sont les sauvages
    Ils vont où leur desir Le veut par dessus monts
    Et bois, et mers, et vents Et loin des esclavages
    L'air qu'ils boivent Ferait éclater vos poumons

    Regardez les avant D'atteindre sa chimère
    Plus d'un l'aile rompue Et du sang plein les yeux
    Mourra. Ces pauvres gens Ont aussi femme et mère
    Et savent les aimer Aussi bien que vous, mieux

    Pour choyer cette femme Et nourrir cette mère
    Ils pouvaient devenir Volailles comme vous
    Mais ils sont avant tout Des fils de la chimère
    Des assoiffés d'azur Des poètes des fous

    Regardez les vieux coqs Jeune Oie édifiante
    Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu'eux
    Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu'eux
    Et le peu qui viendra d'eux à vous
    C'est leur fiente Les bourgeois sont troublés
    De voir passer les gueux"

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    1. Ce texte est de Jean Richepin, mis en musique par Brassens.

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    2. Après vérification, je dois reconnaître que vous avez raison. Rendons à Richepin ce qui n'appartient pas à Brassens. Je me suis laissée abuser par le nom du site sur lequel j'ai pris ces paroles de chanson : "BRASSENS PAROLES ET MUSIQUES".

      Quoiqu'il en soit j'aime beaucoup ce texte et dans le contexte j'avais envie de le faire partager.

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    3. @cyrielle: merci, joli texte effectivement. J aime beaucoup.
      Jacques n'était ni un bourgeois, ni un gueux, peut -etre bien un fils de la chimère, un assoiffé d'azur, ça c'est sûr, un poète à sa façon, un fou surement.
      Merci

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  8. Désolée pour le départ prématuré de votre ami...
    Restera le bonheur de l'avoir connu et de lui avoir permis d'enrichir votre vie.
    Cordialement

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  9. quel bonheur de savoir écrire , ce texte correspond à mon sentiment quand j'ai perdu dans un putain de ravin en Crête mon frère mon ami de toujours , merci corto

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  10. Grâce à toi on le connait aussi un petit peu ton ami, dit toi que tu as eu de la chance de le rencontrer et de l'accompagner, ça prend aux tripes tout ce que tu dis,je t'embrasse.

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L’église byzantine Saint-Louis de Paimbœuf, en Loire-Atlantique