lundi 26 août 2013

Les aléas de la liberté de conscience

La lecture du lundi qui me va bien...


" Refuser l’objection de conscience face aux réformes sociétales, c’est en revenir au principe totalitaire selon lequel l’État a toujours raison.

Le développement récent des réformes “sociétales” — c’est-à-dire concernant les moeurs, l’éthique, la liberté individuelle, la famille, le couple et les comportements — rend plus légitime encore qu’auparavant un questionnement sur la liberté de conscience et même sur l’objection de conscience. Car tout cela ressort au domaine de l’infiniment discutable, concerne l’intime et les convictions profondes sur ce qu’est un humain, ce qu’il lui faut, ce qu’il doit rechercher.

On peut avoir l’impression que nous sommes justement arrivés au bon moment de l’Histoire pour défendre la liberté de conscience. C’est le nazisme qui en est l’occasion. Voir ces bourreaux qui ont obéi comme des fantassins aveugles à des ordres barbares et qui se trouvaient capables, des dizaines d’années après, de légitimer encore leur allégeance, cela nous a révulsés au point de nous inciter à toujours défendre la conscience individuelle. La hantise du bourreau fidèle aux ordres a même suscité chez nous une méfiance instinctive du côté institutionnel des choses, à ce point que les groupes les plus conformistes se prétendent indépendants d’esprit. Nous vivons à une époque où tout le monde se prend pour Antigone.

Il est donc assez déconcertant de voir les réponses données à ceux qui en appellent à la liberté de conscience, et même à l’objection de conscience, face aux réformes sociétales dont le gouvernement actuel semble s’être fait une spécialité, et particulièrement face au mariage homosexuel. On leur rétorque qu’ils ne sont pas républicains, car allant à l’encontre de l’égalité républicaine, et aussi homophobes, évidemment. Nantis de ces tares rédhibitoires, ils n’ont évidemment pas droit à la décision individuelle, à vrai dire ils n’ont même pas de conscience, puisqu’ils s’opposent à la seule vérité sociopolitique.

Autrement dit, nous retournons subrepticement à ce que le combat antitotalitaire avait réussi à démanteler : le positivisme — c’est-à-dire l’idée selon laquelle l’État a toujours raison, parce qu’il est l’État. Dans notre cas, il faudrait plutôt dire : ce qui est consacré républicain (progressiste, égalitariste, émancipateur) a toujours raison.

Il faut bien rappeler que la conscience personnelle, celle d’Antigone, celle de l’objection de conscience, représente exactement le contraire du positivisme. Elle présuppose, si elle existe ou plutôt si elle est légitimée (car elle existe même si personne ne la reconnaît), qu’aucune instance supérieure ne peut prétendre avoir toujours raison. Et que le dernier mot, toujours particulier et relatif, revient à la conscience personnelle — ce qui suppose évidemment que l’être humain soit une personne et non un individu programmé par l’État, formaté par l’École.

C’est seulement dans ce cadre que la liberté de conscience existe : si l’idéal républicain, passe au second rang, après la conscience personnelle — autrement dit, si l’on imagine que le progressisme tout-puissant peut être jugé ! Faute de quoi nous en revenons au positivisme, qui était la tare principale des deux totalitarismes, donc du nazisme contre lequel nous ne cessons de lutter.

On ne peut pas porter les antifascistes sur le bouclier de la gloire et ne pas permettre aux maires de récuser le mariage gay en leur âme et conscience. Si la conscience d’Antigone existe et si elle doit être révérée, ce n’est pas seulement pour lutter contre le nazisme et contre les dictateurs exotiques. C’est aussi pour juger les croyances de notre République et dénoncer ses excès, ses abandons, ses lois scélérates. La conscience d’Antigone n’est pas un outil qu’on saisit quand cela nous arrange — pour fustiger Papon ou crier haro sur les accusés des tribunaux internationaux, complices de gouvernements criminels. Et qu’on mettrait sous le boisseau, réclamant dès lors l’obéissance absolue, quand cela nous sied — devant l’égalité républicaine, devant la souveraineté de la pensée d’État. Brandir une théorie pour ses adversaires et la décréter inepte dès qu’elle s’applique à soi : c’est la spécialité des imbéciles, et des idéologues. "

Chantal Delsol pour Valeurs Actuelles, le 23 août 2013.

La lecture du lundi,
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

11 commentaires:

  1. "Brandir une théorie pour ses adversaires et la décréter inepte dès qu’elle s’applique à soi : c’est la spécialité des imbéciles, et des idéologues"

    Non, des militants, de surcroit persuadés d'être le Bien. Qu'importe la justesse ou la fausseté de l'argument...

    Amike

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Amike: Plus que tout autre, les gauchistes ont fait le leur l'adage qui voudrait que parce qu'ils ont la majorité , ils ont politiquement raison. Ce qui est d une connerie sans nom. Reste a savoir d'ailleurs si en France ils sont réellement majoritaires. pas sur. mais partant de l adage, ils se croient tout permis et au premier chef ne pas prendre en considération les arguments du camp d en face.

      Supprimer
    2. C'est amusant, c'est exactement la phrase qu'il fallait pour (bien) conclure cet article -un peu indigeste, quand même- et que je plussoie pleinement. Amike, rien n'empêche des militants, de surcroît persuadés d'être le Bien, d'être également des imbéciles, et des idéologues.

      -)

      Supprimer
    3. @Al West: Te revoilà, j étais inquiet !

      Supprimer
    4. Et ouais, me revoilà (j'ai déjà commencé à souffler sur les collines bas-normandes de Jacques Etienne, je me remets doucement, tout douuucement au boulot -))

      Supprimer
  2. Je cède à la force, je n'ai rien à gagner à me rebeller , mais c'est tout le contraire qui va se passer , enfin je l'espère ,de voir et d'entendre l'incommensurable idiotie de ce gvt qui ne représente qu'à peine 30% de sympathisant dont beaucoup issue de la banlieue , je sais que l' intelligence des Français reprendra le dessus sur cette descente politique vers une dictature intellectuelle .

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @claude henri: La rébellion n 'est-elle pas une réaction en partie due au non respect par les uns de la liberté de conscience des autres ?

      C'est assez marrant de voir que fut un temps la liberté et l objection de conscience étaient deux choses brandies comme étendard par les gauchistes. Par ex. pour le service militaire, les pouvoirs publics, moins obtus, moins "totalitaires " qu aujourd'hui avaient considéré que la liberté de conscience était recevable et avait donc créé le statut d objection de conscience.
      En toute logique on aurait pu s'attendre que sur une question comme le mariage zinzin, les socialos accorde la liberté de conscience; holllade s'étaient même avancé la dessus. Et pis paf ! les gènes totalitaire s gauchistes reprirent le dessus.

      Le pb, c'est que l homme n aime pas etre bridé dans ses aspirations et/ou sa foi surtout sur des questions de " sociétés " ou de valeurs. Alors comme tu dis, faudrais pas que les gauchos poussent de trop.

      Supprimer
  3. La Gauche n'en étant pas à une contradiction près, elle continue depuis plus de deux-cents ans à soutenir que "pas de liberté pour les ennemis de la liberté". Cela s'applique en premier lieu à la liberté de conscience, bien entendu. Quant à Antigone elle présente un petit côté facho, elle aurait intérêt à se méfier, à se faire oublier, le mur des cons n'est pas fait pour les chiens...
    Vous avez dit totalitaire?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @Nouratin: Le problème des gauchistes c'est qu ils ont une définition toute particulière de la liberté: la leur. Et elle ne se discute pas.

      Quand je lis ce que nous prépare des idéologies comme peillon ou Taubira, je me dis qu on est en bonne voie pour embastiller Antigone.

      Supprimer
  4. Il y a une quinzaine de jours, mon cher Corto, la même Chantal Delsol écrivait dans Le Figaro un article intitulé "La gauche préfère le sociétal au social" qui se terminait ainsi :

    "Au fond on en revient au débat crucial de la gauche, déjà présent à l'époque de Lénine : la gauche doit-elle servir les revendications du peuple ou servir le bien du peuple, décrit par ses soins, contre le peuple ? On se souvient que Lénine avait opté pour la deuxième réponse et engendré ainsi le totalitarisme. Aujourd'hui, la prise en charge par la gauche des questions sociétales équivaut à une volonté de faire le bien du peuple contre son gré : les bobos sont l'avant-garde et le fer de lance de la révolution des moeurs."

    J'ai peur que bien peu de nos concitoyens ne comprennent ce qui se trame dans leur dos.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @marianne: bien d accord avec vous, bien peu semblent conscient de ce qui se trame. Celui qui " m'a éclairé " le plus, si j ose dire, c'est Peillon. Mais bien peu de gens ont les capacités ou l'envie de comprendre. Le meilleur allié de la gauche, c'est l endormissement du peuple ou tout au moins son repli sur soi. Et je suis sur que nos gauchistes de GVT ont bien saisi cela.

      Supprimer

Les commentaires " anonyme " seront systématiquement rejetés. La modération des commentaires étant activée, leur parution peut prendre quelques temps. Les commentaires hors-sujet ne seront pas validés.

Les larmes du drapeau - FTP