mardi 8 juillet 2014

Les curieuses méthodes de l'association AIDES


Je suis gare de Lyon à attendre un train qui n'en finit pas d'être en retard. Et comme il me faut patienter, je suis à l'extérieur de la dite gare, je fume, observe, écoute. Deux jeunes hommes fort agréables à regarder, de sweat-shirt rouge vêtus, arrêtent les passants pour causer. Ils n'arrêtent pas tout le monde: uniquement ceux qui ressemblent à des touristes ou bien des hommes en costumes cravates, des femmes biens mises, des hommes ou femmes "simplement" habillés; jamais des jeunes, des extravertis, des fashion victimes ou des personnes in en apparence. Pour six ou huit personnes interpellées, ils arrivent à en coincer une pour discuter, pour dire ce qu'ils font, pour dire qui ils sont. Les deux gars ont l'air cool, sympas, ouverts: ils ont la tchatche et la manière.

Je les ai reconnu, forcément, avec leurs sweats rouges et le badge en bandoulière qui les identifient et les autorisent en un tel lieu à arrêter les passants. Un moment d'accalmie, moins de passage, ils m'ont vu, on s'est souri, ils viennent donc m'aborder.

Ils se présentent et déroulent leur argumentaire. ils sont de l'association AIDES. (Qui m'a rencontré sait que je n'ai rien en apparence qui peut laisser penser que j'en suis). Alors, ils y vont. Ils m'expliquent qu'ils font partie d'une association qui s'occupe d'apporter de l'aide aux personnes en difficulté, malades ou "touchés dans leur chair". Qu'ils sont à l'écoute des gens dans la détresse, seuls, isolés. Que leur association procure aussi une éventuelle aide juridique aux individus que les vicissitudes de la vie mettent en délicatesse vis à vis de leurs employeurs ou de leurs propriétaires. De bons samaritains, le discours est parfaitement rôdé, ils sont drôles, charmants-charmeurs ils ont la gueule adéquate pour plaire: Ils sont parfaits. Ils me parlent, vite fait, de l'hépatite ou du don de sang que certaines catégories de la population ne peuvent faire, etc... Peu importe, ils sont là, à l'écoute si "on" se retrouve dans la merde. Ils me disent aussi que leur association organise régulièrement des événements: ateliers, fêtes et autres joyeusetés. Je suis poli, nous discutons, mieux, nous "échangeons", je fais celui qui est intéressé, je salue leur altruisme et blablabla... 

Au bout d 'un moment, ils me font comprendre que leur association ne vit pas que d'amour et d'eau fraîche et que si j'ai été convaincu par l'utilité de celle-ci, je peux verser mon écot. En versant quelques sous, en adhérant ou en m’abonnant à Dieu sait quoi. J'ai le sourire du mec séduit...

C'est à cet instant, au bout de dix bonnes minutes, donc, que je leur demande pourquoi à aucun moment, je dis bien aucun, ils n'ont prononcé les mots qui logiquement vont parfaitement avec leur argumentaire, pourquoi à aucun moment ils n'ont parlé de Sida, de dépistage, d'homosexualité, de trans, de LGBT, de tri-thérapies, de prévention,  de maladies sexuellement transmissibles, de bare back, de capotes, d'homophobies et de tout ce qui, normalement, préoccupe AIDES, pourquoi? Je leur demande pourquoi quand ils me parlent d’événements organisés par leur association ils ne me parlent pas de la quinzaine des Sexualités qu'ils viennent pourtant d'animer (Je l'avais évoqué, sans l'approuver, dans un précédent billet) non sans un certain succès... Et histoire de leur porter l'estocade, je leur avoue que je suis gay et que je connais parfaitement leur association. Alors pourquoi, leur dis-je, dans votre discours, tout ce qui fait "l'âme" de votre association n’apparaît pas ? Seriez-vous honteux de ce dont vous êtes supposés faire la prévention? Ou n'êtes-vous là que pour encaisser les thunes que le lambda moyen charmé par votre activisme et votre altruisme (de façade ?) vous donnera, peut-être satisfait d'avoir ainsi accompli sa B-A ?

Silence, pirouettes et embarras. Et la question qui tue: Mais pourquoi ne pas nous avoir dit que vous étiez gay, ce n'est pas vous que nous sommes chargés d'interpeller (sic)?

Enfin, le train que j'attends est annoncé, je les salue et m'en vais en m'interrogeant sur le nombre de personnes qu'ils auront ponctionné dans la journée sans que ces dernières sachent vraiment à quoi/ à qui elles avaient à faire...

Folie passagère 2365.
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

33 commentaires:

  1. Robert Marchenoir8 juil. 2014 à 00:33:00

    Bravo Corto. C'est rare l'honnêteté.

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    1. @marchenoir: je le prends comme un compliment

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    2. Entièrement d'accord avec Marchenoir. Et j'irais même plus loin : La "communauté gay" (je déteste cette expression) se porterais infiniment mieux si elle était composée de plus de gens comme vous !

      bravo !

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  2. Bravo Aides, le ciblage et la dissimulation, y'a que çà de vrai ;)

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    1. @Djefbernier: du beau boulot en effet, combien se font avoir et donnent sans savoir pourquoi et à qu ils donnent ?

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  3. Il ne faut affoler le bon peuple.

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    1. @Grandpas: là je crois qu il ne s agit même pas d affoler , tout simplement de prendre du pognon en évitant de parler de ce qui pourrait freiner le chaland

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  4. Rien de nouveau! Encore une "association" d'arnaqueurs.

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    1. @Pangloss: ils ont fait et font encore du bon boulot lorsqu il s agit de faire de la prévention le pb étant qu ils ont l air d en faire de moins en moins et par contre de courir de plus en plus après le pognon.
      Parce que tout de même, arriver à faire raquer des gens dans la rue, se présenter comme faisant partie de Aides et pas une fois prononcer le mot SIDA, faut le faire !

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  5. Des racoleurs il y en a tous les jours pour tout , c'est lassant et énervant , par téléphone cela me donne quelques distractions en en les tenants 10 bonnes minutes à raconter des fadaises .

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    1. @Claude Henri: ah mais attention, là il ne s agit as seulement d une boite qui démarche ou qui fait de la pub comme on a 4 à 5 fois par jour au téléphone. La il s agit d une association qui a pignon sur rue , qui est censée "lutter" contre le Sida et toussa et qui pas une fois pdt l entretien n évoque le Sida qui est pourtant l objet principal de la dite association, avoue qu il faut le faire , c'est un peu comme si on parlait des restaus du coeur sans parler de Coluche ! :)

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    2. @corto Bien qu'étant hétéro j'ai pas mal d'amis qui sont partis à cause de ce virus et j'ai très bien compris ta com , la quête perpétuelle lasse les gens , on parle tellement des homos en ce moment que je comprends presque ceux qui t'ont abordé , ce gvt à tout fait pour créer des barrières .

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  6. Boh, tout le monde sait que les jeunes dans la rue qui font de la retape pour des associations sont des salariés d'une boite privée en charge de récolter des fonds pour leurs clients (Aides, WWF, MSF, UNICEF). Ils ont une ou deux journées de formation sur l'assoc qu'ils sont censés représenter mais ils n'en font pas parti, ni cautionnent obligatoirement la cause. Ils sont juste là pour faire rentrer du fric. Le but étant de vous faire signer un prélèvement bancaire mensuel de 10-15 euros.
    Et fatalement, sur cette somme, la moitié va à la boite privée, et probablement que l'autre moitié sert à financer le train de vie du gourou qui gère l'assoc.



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    1. @Piotr: possible que ces 2 gars étaient salariés d une boite de marketing direct, mais dans ce cas , chapeau à la formation, assez balaise les mecs. mais je ne crois pas que cela ait été le cas. Car, par ex., quand j ai évoqué la quinzaine des sexualités, ils savaient très bine de quoi ils parlaient, connaissaient les différents ateliers et les visuels de "l opération", etc... non je crois qu ils étaient vraiment membres d Aides

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  7. Même constat l'an dernier à Metz. J'ai fait comprendre à l'intéressé que suite aux propos criminels de Pierre BERGE je ne refilerais plus un centimes d'Euros ni au Sidaction ni à Aides. Il y a d'autres associations et laboratoires qui ont besoin de notre aide et qui respectent les homos pas gays qui le font savoir.
    Vous remarquerez d'ailleurs que cette année BERGE est resté en retrait lors du dernier Sidaction laissant à la plus médiatique Line RENAUD faire le boulot.

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    1. Bergé c'est le type qui explique que la GPA (loué son utérus) c'est pareil que bossé au McDo...

      Je suis pour l'euthanasie si c'est pour faire taire ce genre de saloperie...

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    2. @Un Dragon: d autant plus curieux que et dune ds l entretien que nous avons eu, jamais ils n ont évoqué la lutte contre le Sida, la prévention, se présentant plutôt comme des "assistantes sociales" et de deux, lorque je leur ai dit que j étais gay, je ne les intéressais plus, étrange.

      @Skandal et Piotr: Bergé est un vieillard sénile bourré de thunes qui ne sait plus trop ce qu il dit, le pb étant qu il fait encore beaucoup de dégâts avec ses déclarations intempestives et débiles, du genre, que la GPA c'est comme louer ses bras a un patron à l usine ou que pendant La Manif pour Tous, une bombe serait bienvenue...
      Le hic, c'est qu avec son pognon, il finance pas mal de gens et de lobbies dont les LGBT, le Theatre du Rond Point à Paris, etc...

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  8. Voilà qui me conforte dans ma décision, prise il y a longtemps déjà, mon cher Corto, de ne plus donner un centime à toutes ces associations dites d'utilité publique mais qui, en réalité, alimentent des caisses à la gestion opaque pour ne pas dire délictueuse.
    Je crois que le coup de grâce leur a été donné l'année où certaine association de lutte contre le cancer a été trainée devant les tribunaux.
    Pour ma gouverne personnelle : c'est quoi le "bare back" ?

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    1. @marianne: deux coups de grâce leur a été donné. Le premier est celui que vous évoquez, le deuxième c'est le boxon que mis ACT Up sur un plateau TV, lors du deuxième sidaction.

      le Bare-back, pour faire simple, c'est une expression typique du vocabulaire gay " underground" qui chez certains gays veut qu ils aient, en pleine conscience de tous les risques, des pratiques sexuelles avec tout le monde et n importe qui sans protection, sans préservatifs. En clair baiser sans capote pour le plaisir et le gout du risque... de baiser sans capote

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    2. J'ai été obligé de chercher et si j'ai bien compris, cela désigne le fait d'avoir volontairement des rapports (homosexuels ?) non protégés.

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    3. @GG: absolument y compris ( et surtout) avec des personnes que l on ne connait pas.

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    4. Cela me rappelle une anecdote, mon cher Corto.
      Un après-midi, une amie et moi étions occupées à regarder le film qu'il fallait avoir vu : "Les nuits fauves" de Cyril Collard, à la télévision.
      Survient la femme de ménage qui, voyant qu'on ne pouvait s'arracher à notre écran, se plante devant, les deux poings sur les hanches, et se met à regarder le film aussi.
      Et au bout d'un moment, la voilà qui s'exclame : "Eh ben, on peut dire que celui-là, il l'a pas volé son sida !"

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    5. Quand c'est en anglais, ça fait vachement plus branché que quand c'est en Français. Ex: bare back au lieu de cul nu.

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    6. @marianne: ah, Les Nuits Fauves ! quel film... à l'époque, un énorme succès en particuliers dans le milieu gay faisant, toujours a l époque de Cyril Collard une véritable icône.
      J ai revu le film il y a pas si longtemps, il a très mal vieilli mais était tout de même très près d une certaine réalité

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  9. Les Témoins de Jéhovah usent du même procédé, peau de mouton sur le blaireau.

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    1. @Catoneo: les T de Jeovah, quand ils sonnent on sait tout de suite a qui on a a faire. là dans le cas d 'Aides c'était plus insidieux puisqu ils se présentaient plus comme une oeuvre caritative venat au secours de la détresse et des gens ds la difficulté que comme une association de lutte contre le SIDA

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  10. Donc, si l'on en est, il convient de le leur dire d'entrée de jeu, histoire de ne pas
    leur faire perdre un temps précieux...ils devraient le signaler eux mêmes au début
    de l'entretien, pour le cas où ça ne sauterait pas aux yeux : pas très professionnels
    ces types!
    Amitiés.

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    1. @nouratin: pas très pro en effet quand ils tombent sur un os :)

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    2. Tiens tiens, comme les sondages commerciaux dans la rue, où l'on fait tester un produit ou soumet le prospect à un questionnaire : il ne faut pas "en être" (de la pubmarketing)

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  11. Il faut de l'argent pour payer les salaires de certains au siège à Paris !
    http://rue89.nouvelobs.com/2014/02/14/12-000-euros-mois-diriger-association-est-melenchon-compatible-249953

    J'ai été témoin des dérives de cette association formée de petits comités. Il y a une dizaine d'années, un petit comité (1 seul département concerné) a embauché un directeur criblé de dettes personnelles. Un homme totalement AIDES-compatible : homosexuel et séropositif (ce n'était pas un secret, c'est tout juste s'il ne l'annonçait pas aux inconnus en guise de bonjour). Ce type, dont l'incompétence n'avait d'égale que son culot, avait obtenu un logement de fonction avec les charges payées par le comité et... une voiture de fonction, carburant compris ! Entre nous, nous appelions cette voiture "la Barbie car", ce qui te donne une idée du genre de véhicule de fonction. Il avait également obtenu un salaire de 2500 € (en 1997) pour 30h/semaine qu'il a très vite transformé en mi-temps thérapeutique payé par la Sécu.
    Un directeur en mi-temps thérapeutique, c'est quand même pas banal, n'est-ce pas ? Ce qui ne l'empêchait pas de partir très souvent en déplacement à Paris pour participer à la réunionite aigüe de la Fédération sur plusieurs jours. Malade, mais pas trop quand même.
    Je n'invente rien. J'ai fait partie du Bureau pendant son contrat après son embauche.

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    1. @Gilly: à vrai dire ce que tu nous racontes ne me surprend guère c'est souvent le cas ds ces associations, il y a tout en bas des militants qui y croient, qui bossent et tout en haut des gens sans doute sincère au départ et qui peu à peu abreuvés du petit pouvoir qu ils ont obtenus et des subventions qui pleuvent chopent la grosse tête et vérolent tout le truc.

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  12. Bonsoir, Corto,
    je trouve ce texte un peu en retard. Merci pour ce témoignage. Je dois t'avouer que je n'ai jamais eu de contact aussi réaliste
    avec quelqu'un comme toi, et j'apprécie le ton avec lequel tu évoques ce monde (j'avais un cousin...mais...c'était avant 68...)
    Je te remercie encore et suis fière de te connaître par l'intermédiaire de ce blog.

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  13. Pour sûr, le procédé est plutôt particulier. Y a-t-il des gens pour donner quand, même, malgré le flou (assez peu artistique) ?

    J'ai quelques difficultés à comprendre pour quoi vous ne les avez pas intéressés.
    A priori, tout le monde est potentiellement concerné, quelles que soient ses orientations sexuelles ; et que ce soit à titre personnel ou dans son entourage.

    Il est vrai qu'on ne peut plus mettre un pied dans la rue sans être sollicité par l'une ou l'autre association. Et qu'on ne peut pas donner à tout le monde... Mais pourquoi avancer "masqué" ?

    Perso, il y a bien longtemps que je ne donne plus rien dans la rue. Je fais ça de chez moi ; après réflexion, car je choisis de préférence des causes souvent peu connues et oubliées, mais tout aussi méritoire.
    Et, depuis mon plus jeune âge où je prenais des sous dans ma tirelire pour donner aux Sauveteurs en Mer (SNSM), je n'ai jamais cesser de les admirer et de les soutenir. Et pourtant, je ne pratique aucun sport nautique (sauf nageoter un peu ;o) )...

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L’église byzantine Saint-Louis de Paimbœuf, en Loire-Atlantique