mercredi 2 juillet 2014

Ce pays qu'on abat


" Q'avez vous fait de cette France que je vous ai laissée si brillante? "
(Le Général Bonaparte aux représentants du Directoire, le 18 Brumaire, an VIII)

Un livre qui commence par une citation de Bonaparte et par ces mots...:

" Les corbeaux qui étendirent leur vol noir sur la France il y a soixante-dix ans sont désormais bien loin. On ne les évoque plus que pour jouer la pantomime des "heures sombres de notre histoire" et se draper du courage de ceux qui risquèrent véritablement leur vie pour notre liberté et l'honneur de la France. 

Mais il y a d'autres ballets dans le ciel de notre pays qui l'assombrissent dangereusement, d'autres cris sourds qui s'élèvent. Des tensions et des haines, des radicalisations et des guerres de tranchées. Il y a ces élections où l'abstention est devenue le premier parti de France. Ces mouvements de fond qui voient se réveiller une fange trop longtemps silencieuse de la société française, des gens inquiets, ébranlés, majoritairement pacifiques, mais opportunément assimilés  aux authentiques intégristes homophobes par les partisans de la politique du pire, dont certains logent dans les ministères. Mais aussi ces phénomènes quotidien, ces ravages invisibles du consumérisme grandement distribué et de la publicité martelée à des individus transformés en marionnettes consentantes d'un système économique exsangue, ces preuves quotidiennes de la destruction d'une école autrefois pensée comme un des piliers de la République, ces comportements agressifs condamnant ceux qui les subissent, dans la rue ou les transports en commun, à ravaler leur impuissance et leur indignation; autant de preuves que notre pacte social est un peu plus abîmé, que notre civilisation se meurt un peu plus.

Tous ces phénomènes, observés d'un même œil, au prisme des valeurs qui, depuis le Renaissance, ont peu à peu forgé notre conception de la dignité humaine, nous racontent cette crise économique et politique, mais également culturelle et morale. Ils nous racontent, bien plus encore, que les civilisations sont mortelles et que l'individu libre dans le marché roi, l'individu créancier de ses droits et clamant sa toute-puissance, se réveille toujours entouré d'un champ de ruines et dans le silence infini de la solitude et du non-sens."

... ne peut être qu'un bon livre...

Ce pays qu'on abat, Natacha Polony, chroniques 2009 - 2014. chez Plon.

Ce pays qu'on abat
D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

18 commentaires:

  1. Bonsoir Corto,

    La citation est d'une actualité brûlante et colle parfaitement à la situation présente. On aurait pu également titre "La France qui tombe". La classe politique est d'une nullité crasse et rien de vient à l'horizon pour dissiper le brouillard qui nous entoure. Pour info, l'indice PMI-Market du mois dernier a encore chuté, il est tombé à 48,2 alors qu'il devrait se situer au-dessus de 50 pour indiquer une amélioration (http://chevallier.biz/2014/07/pmi-manufacturier-france-usa-juin-actualisation/). On est mal pour les mois à venir.

    Bonne soirée

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    1. @H.: par delà toutes les affaires et autres matches de foot, c'est bien l état de la France qui est préoccupant; A gauche, c'est la nullité crasse et les renoncements quand à droite, on ne peut pas parler de nullité puisqu'il n y a rien pour l instant. La France qui tombe ? la France qui coule. jusqu à quand ?

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  2. Sur des ruines on peut reconstruire du rêve , des espérances mais avant il faut retirer les gravats .
    Je vais rechercher ce livre avant qu'il ne disparaisse des rayons par la censure .

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    1. @Claude Henri: pas de censure sur ce bouquin puisque personne n'est épargné mais un constat terrible de l etat du pays. Et je n en suis qu à la moitié pour l instant.

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  3. La crise de ce peuple est d'abord morale ; mais cela remonte à plus loin que juin 40 :)
    Peut-être que l'abattage d'un million et trois cent mille courageux dans la boucherie de 14 n'y est pas pour rien.

    Nous sommes gouvernés aujourd'hui par des rastacouères qui n'ont pas la fibre "patrie" au sens strict et qui jouent avec les sujets sociétaux car ils ne gouvernent plus rien d'autre ; ils déroutent les gens, leur font peur, et le peuple français est tout simplement paumé.
    S'ajoute le lest de deux mille milliards de dette d'Etat plus les autres comptes complètement délabrés qui bouffent toute la valeur ajoutée produite par les actifs et qui empêchent l'embellie économique qui adoucirait la dureté des temps.
    Triste et sombre.

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    1. @catoneo: bien plus triste et sombre que tu ne le dis puisque s'agissant de la dette, tous nos "chefs" et médias oublient d incorporer dans celle-ci la retraite des fonctionnaires. Alors tes 2 000 milliards, tu peux les augmenter d'autant.

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  4. Chacun de nous est plus ou moins responsable de ce qui arrive.
    La vraie question, c'est comment agir pour enrayer le mouvement infernal qui entraine la France vers un "trou noir".


    "La meilleure forteresse des tyrans c'est l'inertie des peuples."
    Machiavel

    « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. »
    Einstein


    JPB

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    1. @JPB: Biens ur que nous avons tous une part de responsabilité dans l écroulement de ce pays. Comment nous en sortir ? la bonne question. Si déjà on commençait par arrêter d accepter tout et n importe quoi ?

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  5. bonsoir corto !

    "que notre civilisation se meurt un peu plus"
    Je crois de plus en plus que la république est le stade de la sénilité d'une civilisation
    On ne peut pas à la fois geindre la civilisation qui se meurt et souhaiter consolider la république

    comme catoneo (plus haut) je pense que le début de la décadence est début 1900
    -la laïcité voleuse d'église en 1905
    -la première guerre par laquelle les américains nous vassalisent (encore plus après la seconde)
    -le désir de consommer plus qu'on ne produit (ce qui donne aujourd'hui les dettes à outrance)

    etc !

    cordialement

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    1. Bonsoir jmespe,
      "le désir de consommer plus qu'on ne produit" ...
      Je comprends le principe de tempérance, mais sans le désir de consommer plus (et au départ de vivre mieux), nous serions resté primitifs...
      A ce jour des 2 000 milliards de dettes, nous sommes plutôt dans une situation où la consommation et la production (qui permet de financer...) sont totalement déconnectées pour les français... Ils ne savent plus comment jouer de l'un ou l'autre pour freiner ou accélérer ! Nous sommes en roue libre dans une descente.

      Amike

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    2. bonsoir
      "primitifs" : non ! on peut aller au delà du feu de bois et de la massue quand même !
      où est l'équilibre ? il est assez difficile à sentir, cependant il y a des éléments de réponse :
      Dès que l'on "progresse" trop, il y a délocalisation.
      exemple: voiture :
      4L et 2CV = simple et 100% fab en France.
      Une voiture avec GPS, airbag, autoradio, vitres électriques, (et tout le toutim) = 100% délocalisé

      il y a plein d'autres exemples comme ça
      téléphone portable
      en noir & blanc : on téléphone et on parle = fab en france
      en couleur avec app photo, mégapixel, wifi, internet, 64 Go ... = 100% délocalisé (meme nokia n'a pas résisté, preuve que l'europe ne protège de rien !)

      Je dirai (à la grosse louche) que le basculement c'est les années 80
      Ce qu'il y a avant est fabriquable en 39h/sem; ce qu'il y a après est fabriquable en 50h/sem (chinois quoi !)
      en politique cela se sent avec le changement de discours à gauche (mais oui !)
      ils sont passé de "augmenter le salaire" à "augmenter le pouvoir d'achat"
      La différence est considérable !

      cordialement

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    3. @Jmespe: je pense que tu n a jamais été visiter une usine en Chine: "Ce qu'il y a avant est fabriquable en 39h/sem" soit a peu près deux fois plus de temps que nécessaire aux chinois d aujourd'hui pour fabriquer la même chose !

      et bien vu pour cette hisotire de hausse de salaires et hausse de pouvoir d achat

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  6. Personnellement, mon cher Corto, je fais remonter notre décadence morale à la Révolution qui a perpétré le premier génocide au monde, celui du peuple vendéen.

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    1. @marianne: je n ai pas l Histoire infuse mais je suis d accord avec vous: a partir du moment où les autorités de l'époque pensent que la guillotine est le meilleur moyen d’asseoir leurs pouvoirs, rien de vraiment bon était pour la suite envisageable...

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    2. @ Marianne
      Assez d'accord.
      Même si on oublie régulièrement que le 14 juillet célèbre justement le symbole de ce génocide.
      Symbole important d'une réalité infime : la prison de la Bastille étant déjà désaffectée à cette époque...

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    3. Marianne des génocides il y en a eu des centaines u cours de l'histoire mais on ne leurs donnait pas ce terme là.

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  7. Il en va ainsi des civilisations, elles naissent, grandissent et meurent mais cette fois ci l'ennemi vient de l'intérieur et il n' y a rien de plus dangereux.

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    1. @Grandpas: excellent livre que je te conseille. quant aux ennemis de l intérieur, ben pareil, va dans le bouquin, Polony nous les désignent avec rigueur et honnêteté intellectuelle et personne n est épargné

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