mercredi 16 novembre 2011

La peur de la liberté et police de la pensée


" Le propre des crises, les vraies, celles qui atteignent tout le monde, est de réveiller les nostalgies et les ressentiments. Plutôt situées à droite, les nostalgies se portent vers le mythe d'un âge d'or communautaire ; davantage cultivés à gauche, les ressentiments exacerbent en chacun la passion de l'égalité. Des deux côtés, l'accord se fait au moins sur un point : la peur de la liberté, considérée comme l'ennemie d'un ordre que l'on veut transparent et sans conflit. A mesure que la situation de notre pays s'aggrave, il n'est pas impossible que nous voyions renaître, sous d'autres formes, les mêmes pulsions d'intolérance qui opposèrent la droite et la gauche lors de la crise de 1929. Ce qui est sûr en tout cas est que, pour l'individu, le temps tourne à l'orage. Dans l'effort collectif qu'il va falloir produire pour régler les dettes et combler les déficits, beaucoup va dépendre de l'esprit de responsabilité de chacun, de son sens de la solidarité, de sa capacité de prendre ses risques et de les assumer. Or, cet individu, depuis plusieurs décennies, un malin génie s'est employé à l'affaiblir. La « société » a moins sollicité en lui les ressorts de l'altruisme que le besoin d'être protégé.

Une véritable idéologie de la prévention, étayée sur des normes de plus en plus contraignantes, s'est développée sans limites, dans le but de contenir les coûts sociaux et d'éviter les frottements inhérents à l'exercice normal de la liberté. De façon inévitable, la normalisation de la société s'est accompagnée d'une pénalisation des rapports entre les individus, dans l'espace public, et même privé.
Bien avant la loi Gayssot de 1990 sur le négationnisme, qui a servi de modèle, la pensée et la parole, même non publiques, qui, dans une société libre, relèvent de la controverse et du débat, sont exposées par la loi à être déférées devant un juge, dès qu'elles sont considérées comme préjudiciables aux intérêts moraux de minorités ethniques, sexuelles ou religieuses par des associations autorisées à exercer ainsi une véritable police de la pensée. Les ravages exercés par cet ordre moral sur la capacité du citoyen de se faire une opinion et de se prendre en main, on les décrit ici depuis longtemps.

Dans un recueil d'articles qui repose et réactualise ce débat avec une rare puissance, Philippe Nemo s'inquiète d' «une régression intellectuelle» liée à trente ans de censure et de détournement du droit. Nos problèmes, écrit-il, n'ont pas avancé, parce qu'on s'est interdit de les poser. Le débat public a été de plus en plus gravement appauvri et faussé. La question est de savoir quel est le malin génie qui a ainsi désarmé l'individu aux approches d'une redoutable épreuve de vérité. Nemo y reconnaît la trace d'une pensée socialiste qui s'est érigée en gardienne d'une véritable théologie. Il est plus simple d'y reconnaître les réactions en chaîne d'un Etat providence d'autant plus efficace qu'il est anonyme. "

Alain-Gérard Slama, Sale temps pour l'individu, 12 novembre 2011. 


D'accord, pas d'accord: atoilhonneur@voila.fr

3 commentaires:

  1. La nature a horreur du vide, une morale chasse la précédente et se nourrit des erreurs de cette dernière afin de rester plus longtemps en place.

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  2. On ne peut mieux dire, mon cher Corto !
    On a cherché par tous les moyens à nous endormir. Le réveil sera difficile.

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  3. @]grandpas: l'ordre et a morale comme dirait l autre, ne rien dire qui puise choquer la bien pensance

    @marianne: je trouve ce texte extra mais vous fiche mon billet qu'il ne sera guère commenté. Toute vérité n'est pas bonne à lire.
    Le réveil sera difficile, oui je le crains. Le point de rupture dont je parlais hier est atteint et pas uniquement pour des raisons économiques.

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